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  • : Ce blog est consacré au fétichisme des tabliers de cuisine de femme, des blouses de femme et des torchons de cuisine. Il s'adresse aux adultes seulement, ayant atteint l'âge de la majorité légale dans le pays. Et tenez les enfants à l'écart, bien sûr.
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Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 09:18

Un texte qui m'a été donné par mon ami Molenbeek, dont vous connaissez déjà le talent, et que je publie par épisodes.


Imstersee, le 15 août 19 ----

Mon (très) cher Victor.


Voici quelques nouvelles de ta « Fraulein ». Qu’au moins tu saches qu’elle est toujours vivante. Et toujours aussi cinglée!!


Où es-tu? En France, ou reparti pour quelque reportage lointain? Je t’écris cette lettre sans même savoir si elle te parviendra. Et si elle arrive jusqu’à toi… la liras-tu?


Je sais que tu m’as cherchée à Vienne. Je te dois donc des explications sur ma conduite. Au carnaval de Graz, notre nuit à « Tahiti » a été merveilleuse  –  si merveilleuse que, figure toi, je l’ai très mal supportée. La surprise de te retrouver en Autriche a été si subite, si inattendue!!… J’ai un peu perdu la tête, pardonne moi. Quand tu m’a demandé si j’avais un homme dans ma vie, je t’ai répondu non, ce qui était vrai. Oui, j’étais libre. Enfin… ce qu’on appelle être « libre ». En fait j’étais inféodée jusqu’aux moelles, engluée dans mes contradictions, mes ambivalences. Prisonnière de personne, sinon de moi-même. J’étais une vraie girouette à cette époque. Ce que je désirais la veille, je le repoussais le lendemain. Bref, tu l’as compris, je tenais une névrose carabinée.


Durant mon bref passage dans l’armée britannique, j’ai eu une liaison homosexuelle avec une WAAC. La rupture a été très pénible. Je suis retournée avec un homme, sans réel plaisir. Étais-je lesbienne? Hétéro? Bisexuelle? La possibilité m’a été donnée de prendre la nationalité anglaise. Devais-je la prendre par intérêt? L’Angleterre était riche et victorieuse. Mon pauvre pays était dévasté, ruiné, dépecé entre quatre zones d’occupation. Seulement je suis Autrichienne. Même si beaucoup de choses m’ont plu en Grande Bretagne, je ne sentais absolument pas Anglaise. Si je m’étais mariée avec toi, peut-être serais-je devenue Française?  Tu m’as tellement parlé de Paris que j’ai l’impression que je pourrais me diriger dans le métro les yeux fermés. M’emmènerais-tu dîner au Grand Véfour, au Palais-Royal. Ou chez Poccardi, sur les Grands Boulevards ??
Te souviens-tu de ce tablier vert que j’avais acheté dans une boutique pour touristes, sur les quais de la Mur pendant le carnaval?  Un tablier avec Graz Fasching, Österreich, écrit sur la bavette. Ce qui s’est passé est un peu de sa faute. Un ras de marée de souvenirs s’est mis à déferler dans la tête. Toi et moi. Honningerstrasse et le théâtre japonais. Imstersee chez ces religieux sado-maso. Mon passage rocambolesque de la frontière Suisse, sauvée par cette Italienne à la moto, empruntant le train à crémaillère des ouvriers et me faufilant avec ce jeune contrebandier à travers les souterrains des anciennes fortifications. Genève. Notre appartement à Plainpalais. Nos jeux que j’ai tant aimés à un moment de ma vie. Et dont tout à coup je ne voulais plus. Enfin, plus de la manière dont nous les avons joués ensemble. J’avais trop changé.


Sachant que tu chercherais à me retrouver, j’ai demandé, et obtenu, mon transfert en zone britannique d’Allemagne. J’ai été démobilisée au printemps 1947. Rentrée en Autriche, j’y suis retournée. Oui, Victor, tu as bien lu: J’Y SUIS RETOURNÉE. Où ça? À Imstersee, bien sûr. Chez les « Vieux Croyants » Tu connais le dicton: Qui a bu boira!!
Je pense que ma première motivation était la curiosité. Comment la communauté avait-elle traversé les années de guerre? Ma foi plutôt bien. Avec l’élevage et les cultures maraîchères, le domaine se suffisait à lui-même. Ces vallées du Tyrol profond n’avaient guère été touchées par les combats. Seule une petite usine de Feldkirch, travaillant pour les Allemands,  avait été détruite par un bombardement américain. Herr Löwendorfer était mort: une crise cardiaque l’avait emporté pendant son sommeil. J’ai mis des fleurs sur sa tombe. Hedwig Moltke était toujours fidèle au poste. Son visage avait pris quelques rides, mais elle paraissait toujours vaillante à l’ouvrage. Par contre ce qui avait radicalement changé, c’était son comportement. Alors que l’avais connue maîtresse du domaine, régentant hommes, femmes et bêtes, aboyant  des ordres comme un feldwebel dans une cour de caserne et menant le vieux Löwendorfer par le bout du nez, voilà qu’elle n’était plus qu’une servante en blouse bleue et grand tablier à bretelles, dévouée corps et âme au nouveau gourou, un Serbe nommé Maxim Djindjić. A ma grande surprise, mon ancienne ennemie m’accueillit cordialement, je dirai même amicalement. La voyant descendue de son piédestal, humble et soumise, toute idée de me venger des avanies qu’elle m’avait fait subir autrefois s’évanouit. Ma sympathie à son égard s’accrut même considérablement lorsque, quelques jours après mon arrivée, j’appris par la femme en charge de la lingerie que le Père Djindjić punissait Hedwig de ses éventuels accès de colère en lui troussant les cottes et lui donnant le fouet. J’appris aussi que le nouveau directeur avait réintroduit la polygamie chez les « Vieux Croyants ». L’une de ses femmes venait justement d’être répudiée pour ivrognerie. La place serait-elle vacante? J’eus aussitôt envie de mieux connaître ce « Père Max », dont tout le monde parlait avec crainte, déférence et respect.


Hedwig Moltke fit les présentations dans son bureau. Une bouteille de tokay de Hongrie rafraîchissait dans une gargoulette en terre poreuse. Des icônes, des grimoires poussiéreux traînaient un peu partout. Il me déshabilla du regard, puis m’ignora. Il se remit à lire et nous congédia d’un signe.
Je ne revis pas le Père Djindjić avant l’office du dimanche. Sa haute stature, ses yeux gris-bleus, son front immense, sa barbe d’un noir de jais taillée au carré à mi-poitrine, m’en imposèrent immédiatement. Une sorte de magnétisme émanait de toute sa personne. Je ne pus m’empêcher de sourire en comprenant pourquoi la sèche et pincée Fraulein Moltke, notre ancien cerbère, avait relégué sous son tablier ses instincts de dominatrice et filait devant le Maître comme une gamine file au lit après avoir reçu la fessée de son papa sévère…
La robe blanche  –  celle de « l’apôtre Pierre »  –  chère au défunt Löwendorfer, avait disparue, remplacée par une longue lévite noire qui  faisait ressembler le Père Max à un prêtre orthodoxe. De fait, j’appris plus tard qu’il avait été moine en Bosnie-Herzégovine, puis avait combattu avec les partisans yougoslaves du maréchal Tito, finissant la guerre avec le grade de colonel. Ce qui ne l’avait pas empêché de fuir son pays quand les accords de Yalta avaient placé la Yougoslavie dans le bloc communiste.


Il monta au pupitre, ouvrit un gros livre à reliure ouvragée, laissa courir sur les fidèles un regard qui couvrit mes cuisses de chair de poule et fit durcir mes seins. Je portais un dirndl à corsage bleu ciel, jupe bleu marine et tablier rouge.
Le Père Max raconta à l’assemblée des fidèles les étonnantes aventures de Domingo Nuňez de Guzmán, plus connu sous le nom de Saint Dominique. Envoyé par le pape pour accompagner Simon de Montfort dans sa croisade contre les Albigeois, « Frère Dominique », comme on l’appelait en France, laissa libre cours à  ses penchants ouvertement… oui, misogynes, comme on l’interprète un peu trop superficiellement aujourd’hui… en fait profondément fondés sur l’observation scrupuleuse des mœurs de la race humaine et sur une analyse redoutablement  perspicace de la rouerie féminine. C’est ainsi que dans ses prédications restées célèbres, Saint Dominique ne cessait de mettre ses disciples en garde contre la séduction, d’autant plus redoutable qu’elle est insidieuse et masquée, exercée sur les hommes par le sexe opposé: « Il faut toujours se méfier des femmes », leur recommandait-il. « Pour une qui est sage, il en est mille qui sont folles ou possédées par Le Malin. La femme est plus secrète que le chemin où, dans l'eau trouble, se faufile la visqueuse anguille. Comment pourrait-on attendre qu’elle dise la vérité, puisque pour elle la vérité est synonyme de mensonge? » Ce n'est qu'à contrecœur que Saint Dominique accepta de fonder une couvent de femmes, pour y recevoir des jeunes filles cathares converties. En leur imposant toutefois des règles extrêmement sévères et  contraignantes pour les maintenir dans un état d'infériorité et de culpabilité permanente.
Max nous apprit que ce saint avait inventé un martinet aux lanières de longueurs inégales, pour que « la surface châtiée fût uniformément meurtrie et que la correction portât mieux ses fruits »!!
Et allons y du martinet pour expulser le « Malin »! pensai-je en mordant ma lèvre inférieure. Que la femme soit ou non consentante n’a strictement aucune importance, voyons!!… On lui baignera ensuite la croupe dans l’eau bénite pour apaiser la cuisson.


J’aurais assez aimé rencontrer ce macho espagnol, ne serait-ce que pour lui rentrer dans le lard,  plongeant des nuages tête la première, bec aiguisé et griffes dehors. Tu sais: les Harpies… J’aime tout particulièrement la représentation qu’en a fait Félicien Rops.
De deux choses l’une: ou notre cher frère Dominique faisait partie de ce cénacle, vraiment très restreint, des vrais Maîtres; auquel cas je lui aurais offert la bagarre de sa vie, avant de me rouler à ses pieds en tablier de cuisine, présentant mon cul à la fessée. Ou bien il était encore un autre de ces faisans, tout en plumes et rien dans les couilles; auquel cas je te l’aurais châtré vite fait et dans les grandes largeurs…


Ja wohl, mein chatz.


Elle doit te paraître épouvantable, endoctrinée, fanatisée, hein, celle qui, à Genève, aimait faire la vaisselle cul nu, debout devant l’évier avec les pans de son tablier écartés, exhibant son derrière enflé et turgescent, gaufré de boursouflures violacées…
Oui, mon Victor, j’ai aimé ces jeux. Oui, oui  –  Je ne me renie nullement  –  tu m’as énormément fait jouir. Tu es un homme avec qui je ressens beaucoup d’affinités. Simplement je veux toujours plus… PLUS… PLUS… Es-tu capable de comprendre ça? Le signe + + + . Tu m’as aimée, je n’en doute pas. Tu me l’as prouvé. Tu m’as aimée au point de prendre de gros risques pour m’arracher, au nez et à la barbe des Boches, des griffes de la Moltke  –  cette Hedwig qui, ironiquement, est devenue depuis ma meilleure amie et alliée…
Elle est complètement folle, cette pauvre Leni!!!
Je reconnais que c’est d’ailleurs l’une des hypothèses plausibles: je suis peut être folle.
Si c’est le cas, il ne me reste qu’une seule chose à faire: assumer au mieux ma dinguerie, pas vrai?
Toujours est-il que cette lecture du Père Max sur Saint Dominique, mettant l’accent sur la sévérité du saint envers les femmes, me bouleversa au point que je n’en dormis pas de la nuit. Je me tournai et me retournai dans mon lit, énervée, enfiévrée, l’entrejambes humide, mon gros derrière appelant la fessée…
 … que ma tête refusait tout aussi farouchement.


J’ai passé toute la nuit à me battre contre moi-même: « MOI Dominatrice » contre « MOI Soumise ».
Mon « MOI » intellectuel contre mon « MOI » sensuel.
L’image du moine serbe ne cessait de me hanter.
J’aurais adoré fesser Hedwig devant le Père Djindjić. Mais quelle serait ma réaction si le moine barbu, taillé en bûcheron des Carpates, me prenait, MOI, en travers de ses genoux, m’allongeait, MOI, sur sa longue lévite noire et me fessait, MOI, cul nu devant Hedwig?  
Au cours de cette nuit agitée, peuplée des rondes incessantes du petit vélo qui pédalait furieusement à l’intérieur de ma boîte crânienne, je découvris un rouage essentiel de ma composante sado-masochiste: il y a une différence fondamentale entre une femme qui se laisse dominer. Et une femme QUI SAIT QU’ELLE DOIT ÊTRE DOMINÉE.


C’est le jour et la nuit.


Dans le premier cas, elle se sent faible au départ, incapable d’attaquer une situation de front afin de la maîtriser directement. Alors son jeu de séduction  –  de « séduction féminine », cela va sans dire!  –  consiste à berner son mari en le flattant, en admirant sa poitrine velue et ses biceps, en tressant des couronnes de laurier à sa virilité, en lui léchant les bottes, en acceptant de recevoir la fessée quand elle a été « vilaine », en faisant semblant de lui obéir « au doigt et à l’œil », en étant une ménagère modèle, une frotteuse de parquets, un cordon bleu en cuisine, une mère pondeuse et vertueuse… pour mieux le contrôler et l’assujettir. Il est là, le grand mensonge de base. Ces femmes donnent l’impression de se laisser dominer, en donnant l’illusion qu’elles aiment leur soumission. Alors qu’en réalité c’est en jouant habilement de leur « faiblesse » qu’elles prennent le pouvoir et finissent par obtenir de l’homme tout ce qu’elles veulent. Ce jeu, souvent inconscient, est monnaie courante dans les familles de la bourgeoisie catholique autrichienne. L’as-tu observé en France également?


Le deuxième cas relève d’une psychologie totalement différente, inversée pourrait-on dire. Ici la femme se sent forte, capable, volontaire. Osons dire virilisée. Elle sait qu’elle a des tendances à l’agressivité, et même à la domination. Et c’est très exactement ce qui lui fait peur!! N’en étant pas moins une femme biologique, sa personnalité est tiraillée entre ces aspect opposés, apparemment inconciliables. Son côté féminin aspire aux valeurs traditionnelles de douceur, de sensibilité, de tendresse, de dévouement, de maternité. Seulement il lui est impossible de s’y abandonner pleinement, puisque son orgueil refuse ce qui serait considéré comme une capitulation, une défaite. Non ! je ne céderai pas. Non! je ne laisserai pas un homme prendre l’ascendant sur moi. D’abord de quel droit? Je veux avant tout savoir qui il est réellement, ce beau macho qui prétend me dominer? (Il a même osé employer le mot « dresser »). Ne serait-ce pas un tyran domestique de plus? Un de ces lutteurs forains en carton pâte dont la fausse virilité ne sert qu’à cacher leur peur de la femme? Un Napoléon de chambre à coucher dont l’ego boursouflé masque  –  masque mal  –  l’infantilisme, la faiblesse de caractère, le manque de confiance en soi?


Tu m’as reconnue dans ces lignes, n’est pas, Victor?


C’est moi ça. Je n’ai plus envie de jouer à la domination/soumission, comprends-tu? Je n’en ai plus envie parce que cela ne me satisfait pas. Je n’y trouve pas mon compte. Laisse-moi te raconter…
Max, Hedwig et moi, nous étions allés à un haras des environs, pour prendre rendez-vous et conduire l’une de nos juments à la saillie. Nous avons visité l’établissement, admiré les magnifiques étalons: Anglo-normands fins et racés… Arabes nerveux… Mecklembourgeois énormes et puissants… Percherons aux pattes éléphantesques…
Le manège et les pistes d’entraînement se trouvaient un peu plus loin, à la lisière d’un petit bois. Un homme, en bottes boueuses et chandail avachi, était en train d’y dresser un cheval. Un jeune alezan doré de toute beauté. Nous nous sommes approchés pour les regarder travailler. Je n’étais pas la seule que ce spectacle fascinait. Je connais suffisamment Hedwig pour m’être rendue compte que son émotion égalait, sinon dépassait la mienne. Elle haletait littéralement. C’était extraordinaire, incroyable… presque fou!! Un combat, non seulement entre deux forces de la nature, mais aussi entre deux volontés, aussi farouchement obstinées et déterminées l’une que l’autre. La volonté du dresseur d’arriver à ses fins à force de fermeté, d’inflexibilité, de supériorité intelligente et compréhensive. La volonté de l’alezan de ne pas se laisser faire, de refuser l’indignité d’être sellé et bridé, de combattre jusqu’au bout. Ça, Victor, c’était l’exemple parfait de la VRAIE domination/soumission. Pas une pantalonnade destinée à finir sur le lit par une partie de jambes en l’air.
Lorsque la séance a pris fin, nous avons posé quelques questions au dresseur. Ses réponses ont confirmé ce que je pensais. Le fouet a son utilité, nous a-t-il dit. Mais son usage doit rester modéré, et surtout être extrêmement judicieux et approprié. Lorsqu’il a des élèves à former, il voit très vite, dès les premières séances, qui sera un bon dresseur, et qui n’en deviendra jamais un. Celui qui ne compte que sur le fouet n’obtiendra jamais de bons résultats. Sans nier une part d’ascendance physique, c’est l’ascendance morale qu’il convient de renforcer, car c’est là que réside l’essence de la domination. La main qui peut, et doit, de temps en temps faire sentir la morsure du fouet, doit également savoir caresser, flatter, récompenser. Le regard doit se faire tantôt sévère, tantôt enjôleur. La voix parfois dure, grondeuse, parfois tendre et encourageante. Dans le dressage, deux personnalités s’affrontent, deux intelligences, deux volontés se combattent, et pas seulement deux masses de muscles et d’os. Un dressage purement physique peut mater momentanément l’instinct de révolte. Non seulement il ne pourra jamais l’extirper complètement, mais bien souvent il ne fera que le renforcer.


C’était très exactement ce que nous ressentions toutes les deux, Hedwig et moi. Nous n’avions pas besoin de mots pour nous comprendre; nos regards trahissaient nos émotions. Nous aussi nous ressentions un désir farouche de nous cabrer devant l’outrage; de refuser la soumission humiliante; de nous battre jusqu’à épuisement de nos forces. Le cheval sauvage qui n’a jamais connu le harnais sera finalement vaincu, dompté et bridé par son dresseur. Mais il ne cédera qu’à l’issue d’une belle et noble bagarre, ponctuée de ruades, d’un concert de hennissements furieux, d’opposition et de lutte, ses babines moussant de bave, sa robe luisante d’écume. Et un bon dresseur connaissant son travail, connaissant aussi et surtout le partenaire/adversaire avec qui il joute, arrivera, tant SON ASCENDANT MORAL sera devenu irrésistible, à ce que l’animal sauvage lui roule des yeux pleins d’amour, mange dans sa main et vienne lui DEMANDER, par ses regards et attitudes, d’être sellé, bridé, monté… de prendre, au commandement, le pas, le trot ou le galop!!!


Cette ambivalence dévastatrice, c’est tout moi.


La fessée, le martinet, la brosse à cheveux, la claquette en bois ou en cuir… Oui, absolument, ce sont des adjuvants dont je ne nie certes pas l’utilité; je désire effectivement que mon Maître s’en serve durant le long et difficile processus de mon dressage. Le genre de tablier qu’il me fera porter, soit adapté à mes envies et humeurs, soit au contraire destiné à provoquer ma révolte, a également une grande importance. Mon état d’esprit n’est pas le même quand je me trémousse, plumeau en main, ceinte d’un tablier fantaisie en cretonne à fleurs, petite jupe à volants, bavette bien tendue sur mes seins durcis, que quand je lave ma cuisine en grand tablier bleu enveloppant, agenouillée dans l’eau savonneuse, la brosse en chiendent dans une main, la serpillière dans l’autre, mes fesses gonflant outrageusement ma blouse et houlant au rythme du lavage. C’est de toute cette symphonie si subtile, si mystérieuse, que mon Maître doit connaître les moindres nuances et harmonies. J’en ai besoin pour me sentir entièrement et authentiquement dominée. Pas pour « jouer à » être dominée. Sens-tu la différence, Victor?
  … Jouer à la petite fille menteuse… À la lycéenne qui rapporte un mauvais carnet… À la petite femme d’intérieur en retard dans sa lessive et son repassage… À la pute corrigée par son souteneur… À l’élégante femme du monde qui s’est fait pincer par son mari en train de gouiner avec sa meilleure amie… À l’imprudente qui va passer au tribunal pour la troisième fois pour excès de vitesse… À la soubrette qui écoute aux portes et regarde par le trou de la serrure…


Des JEUX de pouvoir.
Alors que je veux VIVRE ET SUBIR CE POUVOIR dans ma vie de tous les jours!!


D’un côté, de la bijouterie fantaisie de pacotille. De l’autre un diamant rare, forçant le respect et l’admiration par sa pureté, sa transparence, son éclat.
La véritable autorité n’a pas à être imposée: elle s'impose d'elle même lorsque le dresseur possède cette qualité en lui, qu’elle fait intrinsèquement partie de sa nature, de son tempérament. Alors la plus forte, la plus rigide, la plus impérieuse des femmes se sent fondre et plie. Fond, parce qu’elle ne peut pas s’en empêcher. Plie, parce qu’elle a ENVIE de plier. Les jeux de pouvoir sont dépassés. Personne n’argumente pour avoir le dernier mot. Tout en étant essentiellement mentale, l’autorité repose sur des lois naturelles biologiques. C’est de ces fondations qu’elle tient toute sa force.
Or s’abandonner à cette merveilleuse, mais affolante, protection que procure la vraie autorité n’est possible qu’avec un Maître naturel. Ce Maître, je l’ai trouvé ici, en la personne de Maxim Djindjić. Max représente pour moi le parfait dresseur, parce qu’il me confronte constamment aux valeurs auxquelles je crois en mon âme et conscience  –  ces valeurs que notre monde déboussolé a perdues. Et c’est parce qu’il les a perdues qu’il court tout droit à sa perte.


Tu m’as souvent dit que, sous mes allures de fille émancipée, de bohème refusant les contraintes, j’étais en réalité une femme à principes. Tu avais tout à fait raison. Chez les « Vieux Croyants » j’ai compris que les principes sont notre loi personnelle à chacun, héritage du long passé de l’humanité, témoignant de ses efforts et expériences, triomphes et échecs, joies ou souffrances. Nos principes sont nos valeurs. Nos guides pour éviter les écueils que nos ancêtres ont balisés à notre intention. Ne pas respecter ses principes, c’est ne pas respecter les lois du monde physique. Par conséquent nous devons nous attendre à des sanctions « divines »  –  ce qui signifie « naturelles »  –  pour toute infraction à ces lois fondamentales.
La seule action de réprimander, de gronder est déjà en soi tout un art. C’est en nous faisant sévèrement gronder, quand il y a la « tactique » et la « manière », que les émotions liées à notre sentiment profond de culpabilité et d’infériorité va se mettre à bouillonner, à faire des bulles dans notre ventre, comme de l’eau gazeuse, bulles explosives qui vont finir par nous tordre les boyaux au point de nous faire perdre le contrôle de nos sphincters.

Je l’avoue.

Lors d’une sévère réprimande, des mots cinglants de Max m’ont fait perdre tout contrôle et lâcher un lourd et tiède paquet d’infamies dans ma culotte. C’est vrai: mon ventre a lâché, j’ai fait caca sous moi. Je sentis ma culotte brusquement tendue, remplie par ces matières qui, comprimées par le tissus soyeux et vite imprégné, poussaient, progressaient, gagnaient du terrain, s’étalaient en un lent mais irrésistible cataplasme marron et nauséabond jusqu’à la périphérie de mes cuisses. C’était chaud. Agréable. J’aurais adoré qu’un femme dominatrice et maternelle me torche, me lave à l’éponge et à la cuvette, me mette au lit en me grondant… puis en me pardonnant l’horreur de ma faute… me serrant dans ses bras et me couvrant de baisers… elle me cajole, me glisse une tétine dans la bouche, me berce sur son cœur… Le sommeil me gagne. Ma bouche s’engourdit, je suce ma tétine de plus en plus lentement, de plus en plus difficilement. Je m’endors en entendant ma dominatrice me répéter qu’elle m’aime malgré mon indignité, malgré ma saleté qui m’a valu une sévère correction au martinet… m’aime… M’AIME… OUiiiiii!!!

M’AIME!!!

Plus je suis dominée par une force supérieure à la mienne, plus je me sens aimée. Toi, Victor, tu me demandais tout le temps ce qui me faisait jouir. Cela m’agaçait. Tu me prenais dans tes bras et tu me faisais longuement parler sur mes désirs, mes fantasmes. Max, lui, ne me demande jamais rien. Parce qu’il SAIT ce qu’il me faut. Avec lui je baisse les yeux et je me tais. C’est LUI qui parle. Mon dresseur. Mon Maître. Sans qu’un seul mot soit sorti de ma bouche, il a compris ce dont j’ai besoin… Comprenant aussi ce qu’il ne doit pas faire avec moi, parce que ça serait contraire à l’esprit de mon dressage. Max me donne la bouleversante impression d’être unique. Il ne me dresse pas de la même manière qu’il dresse Hedwig. Et il n’agit pas avec Hedwig Moltke comme il agit avec Carla Rust. Et ce qui rend ce dressage encore plus affolant, c’est que nous pouvons le refuser à tout moment. En fin de compte, NOUS SOMMES CONSENTANTES DE NE PAS ÊTRE CONSENTANTES. Cela doit te sembler fou, hein? Je ne sais d’ailleurs pas qui pourrait me comprendre, puisque je ne me comprends pas moi-même.

Un dimanche du mois dernier, Max a fait monter une femme au pupitre.

–  Sœur Grause a une importante communication à nous faire. Veuillez, s’il vous plaît, lui donner toute votre attention.

Mathilda Grause pétrissait nerveusement son tablier à carreaux jaunes et gris. Elle aspira une profonde goulée d’air pour se donner du courage.

–  Je viens vous annoncer que je quitte la communauté…

Elle dut s’interrompre tellement sa voix tremblait.

–  Je vous aime beaucoup, tous autant que vous êtes. J’ai énormément apprécié le climat de sincère chaleur et d’entraide qui unit entre eux les « Vieux Croyants ». Mais, après y avoir mûrement réfléchi, je me rends compte que je n’adhère pas à vos idées. Ma décision n’a pas été prise à la légère, sinon je serais partie tout de suite. Non, il y a des choses que je trouve justes et bonnes dans votre doctrine. Malheureusement, il en est d’autres que je rejette catégoriquement. J’ai écouté avec attention les sermons du Père Max. J’ai participé à vos groupes de discussion dans la salle de conférences. Je crois m’être montrée active et motivée dans le travail en commun.
–  Ah ! ça c’est ben vrai!! J’étais avec sœur Grause quand la foudre elle est tombée dessus not’ poulailler. On a déblayé les décombres ensemble. Je devrais avoir honte de l’dire, mais elle a travaillé plus que moué. Toute la nuit. Sans une plainte. Sans un instant de faiblesse.

C’était Willy Schröder, au cinquième rang.

Mathilda le remercia d’un sourire ému.

–  Oui, j’aime énormément ce fort esprit communautaire que vous semblez avoir tous. C’est si différent de l’indifférence égoïste des gens du dehors. Le chacun pour soi. La course à l’argent. Le mépris des faibles et des laissés pour compte. Ici il y a du cœur. Je pense, comme vous, qu’être chrétien c’est ça. Aujourd’hui, peut-être plus encore qu’hier, nous devons résister à cette société de consommation qui nous éloigne de la spiritualité et risque de nous faire perdre nos âmes. Et puis…

Mathilda se tut un instant. Menton baissé sur la bavette de son tablier, elle cherchait ses mots. Quand elle reprit la parole, son ton s’était raffermi, je dirais même durci. Elle se tenait bien droite sur l’estrade, la tête haute, le regard franc et décidé.

–  Et puis il y a tout ce que je n’accepte pas ici. Votre sexisme, votre misogynie. Je soumets à votre jugement ces quelques notes, prises pendant les prédications de Max, ou relevées au hasard de nos colloques.

Elle sortit une feuille de papier de la poche de son tablier, la déplia et se mit à lire:

Les descendantes d’Ève, tentatrices et pécheresses héréditaires, doivent être réduites en complète servitude; c’est l’unique moyen de les tenir éloignées de leur Maître, qui est Satan.

 L’Époux n’a pas à demander l’avis de sa femme. Dieu a fait l’Homme pour commander; la femme pour lui obéir.

Dieu n’a pas créé la femme spontanément. Dans Son Infinie Sagesse, IL L’A CRÉÉE POUR L’HOMME, et uniquement en fonction de LUI, afin qu’elle soit sa servante, soumise en toutes choses.

Les revendicatrices de l’Égalité des Sexes s’acharnent à détruire le caractère masculin; ce faisant elles se détruisent elles mêmes, puisque le caractère féminin découle directement du premier, auquel il est assujetti par les Lois de la Nature.

L’Époux est le seul Chef Naturel; il règne en Maître sur sa maison; sa parole fait Loi et toute faute commise par les femmes sera disciplinée avec la rigueur nécessaire.

C’est Lucifer qui pousse la femme moderne à usurper la place du Chef Naturel de la Famille, cela au nom d’une « égalité » que Dieu n’a jamais voulue, puisqu’elle est originellement contre nature.

Par nature, les descendantes d’Ève sont des sorcières en puissance. C’est pourquoi les femmes sont une porte d’entrée idéale pour les démons.

Mathilda remit ses notes dans sa poche.

–  Eh bien NON!!!

Elle éclaircit sa voix.

–  J’ai été élevée dans la religion. Mes parents étaient de fervents évangélistes. Un de mes frères est pasteur. Je n’ai jamais cessé de m’intéresser à ces questions, en lisant beaucoup, en fréquentant plusieurs sectes chrétiennes afin d’entendre divers sons de cloche, en allant écouter des prédicateurs renommés, tant catholiques que protestants. Je suis profondément croyante. Et c’est parce que je suis croyante que cet enseignement dénaturé, dont je viens de vous lire quelques passages, m’indigne et me fend le cœur. NON! NON! et NON!!! Jamais des chrétiens ne disent ou pensent des monstruosités pareilles. C’est de l’hérésie pure.

Mathilda se tourna vers notre gourou.

–  Max, j’aimerais que tu sois fou. Parce qu’au moins cela te rendrait irresponsable. Seulement tu ne l’es pas. Oh que non!… Pas fou pour deux sous, notre vénéré Père Maxim Djindjić! Tu sais très bien à qui tu t’adresses; tu regroupes dans ta « Sainte Communauté » des femmes et des hommes qui, dans l’ensemble, sont sensibles à ces discours d’un autre âge ; de braves gens pour la plupart, pleins de bonne volonté, qui croient y retrouver des valeurs morales perdues ou oubliées, et pensent que notre civilisation malade ne pourra être sauvée que par une Église restée attachée à sa « pureté originelle ». Rions, cela vaut mieux que pleurer. En fait de pureté originelle, ton prétendu enseignement n’est qu’une resucée de lieux communs avec lesquels on terrorisait les populations illettrées aux époques des pires obscurantismes. Incubes et succubes… Un diable cornu se cache dans l’utérus de la femme… Les potions magiques avec lesquelles nous enduisions nos organes sexuels pour nous envoler au Sabbat… Lucifer prenant la forme du mari pour venir baiser la bonne femme dans son lit… Tu n’en loupes pas une, Max. Toutes les terreurs de l’An 1000 sont concentrées dans ton grotesque catéchisme. Tu as besoin de ces terreurs. Elles sont tes armes. Simplement la farce est finie pour moi. Terminée. La descendante d’Ève que je suis rend son tablier.

Mathilda dénoua le nœud derrière son dos, fit passer les cordons de la bavette par-dessus sa tête. L’espace d’un instant, je crus qu’elle allait jeter le tablier par terre. Mais non. Elle le plia lentement, soigneusement, le posa délicatement sur le dossier d’une chaise, le lissant une dernière fois du plat de la main pour effacer un pli, d’un geste presque affectueux.

Elle s’apprêtait à descendre de l’estrade, lorsqu’elle se ravisa pour conclure, face à Max:

–  Tu prétends suivre à la lettre les Textes Sacrés. Alors que tu ne fais que les réécrire à ta sauce! Ouvre les donc, ces Évangiles auxquels tu fais constamment référence. Dès son arrivée sur la scène publique, le Christ se lie avec les femmes et tente autant que possible d'élever leur rang à celui des hommes. Ce qui, bien évidemment, lui met à dos les pharisiens et les prêtres. Lorsque les pharisiens lui demandent s'il est permis de répudier sa femme pour n'importe quel motif, Jésus répond: « N'avez-vous pas lu que le Créateur, dès l'origine, les fit HOMME ET FEMME, et qu'il a dit  – ‘Ainsi donc l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme et les deux ne feront qu'une seule chair?’ » Sur le mont Golgotha, tous les disciples, sauf Jean, abandonnent le Seigneur le jour de sa mort. Les femmes demeurent fidèles et veillent au pied de la croix.. Elles vont ensuite garder le tombeau et seront les premiers témoins de la Résurrection. Sur ce point, les quatre Évangiles disent exactement la même chose.  
Mathilda sortit, très droite, sans regarder personne.

Max était blafard.

Nous n’avons plus eu aucune nouvelle de Mathilda Grause.

Moi? Eh bien comme tu peux le constater, je suis possédée par Satan (sans toutefois affirmer qu’il est caché dans mon utérus).

Je suis toujours chez les « Vieux Croyants ». Avec Hedwig Moltke et Carla Rust comme « co-épouses ». Nous faisons des roulements dans le lit de notre très cher « Père Supérieur »: une semaine Hedwig; une semaine Carla; une semaine moi. Je me plais ici. Je n’ai nullement envie de partir.

Cette semaine, c’est Carla qui partage la couche du Maître. Hier soir, j’ai entendu qu’il lui donnait encore la fessée au lit.

Dimanche prochain, à la confession publique, j’avouerai t’avoir envoyé cette lettre.

Je serai fouettée devant toute la communauté.

Prends soin de toi.

Je t’ai beaucoup (BEAUCOUP) aimé, mon Victor.


                                                                                                                                        Ta sorcière: Leni   


FIN


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