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  • : Ce blog est consacré au fétichisme des tabliers de cuisine de femme, des blouses de femme et des torchons de cuisine. Il s'adresse aux adultes seulement, ayant atteint l'âge de la majorité légale dans le pays. Et tenez les enfants à l'écart, bien sûr.
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Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 09:16

Un texte qui m'a été donné par mon ami Molenbeek, dont vous connaissez déjà le talent, et que je publie par épisodes.


Je ne dormais plus. Susanne s'évertuait à me mitonner des petits plats pour m'inciter à manger. Andreas s'évadait dans les travaux manuels  –  toiture, plomberie, électricité, chauffage  –  préparant l'hôtel pour la saison des sports d'hiver qui approchait. Nous téléphonions tous les jours au docteur Pfaff, mais lui aussi était sans nouvelles. Pour arranger les choses, même à Rappenhof le Bruichladdich restait introuvable: il aurait fallu aller en chercher à Saint-Gall ou à Davos…

Claudia avait disparu.

Elle s’était sauvée subrepticement la nuit qui avait suivi sa mise en « jugement » dans le salon de l’auberge, sans rien laisser, pas même une lettre pour expliquer sa fuite. Rien. Partie sans laisser de traces. Impossible même de savoir comment elle était partie. Ni la Volkswagen d’Ambrosius Pfaff, ni la Ford rouge n’avaient été touchées; or Andreas laissait ses clés de voiture accrochées derrière le bar; Claudia pouvait facilement les prendre. Les vélos des enfants Ehringer étaient rangés dans la remise; aucun ne manquait.  Le sol étant sec, nous n’avons pas trouvé de traces de pas.

Notre tentative de chantage avait échoué, aussi bien la mienne que celle du docteur. Les arbres de la vallée perdaient leurs feuilles; seules les forêts de sapins tapissaient encore de noir les pentes du Riswald. Les enfants avaient fait leur rentrée à Zürich où ils étaient pensionnaires; l’aîné préparait l’école hôtelière. J’allais marcher dans la montagne, le regard levé vers les sommets  –  là où il y avait ces anciens forts avec leurs souterrains. Ne connaissant pas ces passages, tenter de m’y aventurer seul aurait été de la pure folie; je n’aurais fait que me perdre dans ce labyrinthe; et peut-être me serais-je fait prendre par une patrouille allemande si j’avais, par je ne sais quel miracle, réussi à sortir sur le versant autrichien.

Je devais pourtant prendre une décision avant les premières chutes de neige.

Passant par la montagne et coupant à travers les alpages, il y avait quinze kilomètres entre la frontière et Imstersee. Comment les aurais-je parcourus? Comment y aurais-je emmené Leni? De quelque côté qu’on retourne la question, les problèmes restaient insurmontables. Car Claudia avait vu juste quand elle m’avait mis en garde contre le réseau nazi de la mère Niedbürth: aucun passeur des cantons de Saint-Gall ou d’Appenzell n’accepterait de se mouiller dans cette évasion, même si je doublais ou triplais le prix du passage. Entre sa vie et des francs suisses, on choisit la vie.

Le juge d’instruction qui suivait l’attaque au chloroforme et l’enlèvement de Claudia à l’hôpital de Rappenhof avait été obligé de relâcher les deux prévenus, Sepp Auerbach et Miloch Zlataric, Claudia Sgambani ne s’étant jamais présentée à ses convocations. En l’absence de victime, l’affaire ne pouvait qu’être classée d’office. On avait revu Auerbach faisant le fier à bras et se vantant de ses exploits dans les bars de Rappenhof. Quand on le mettait en boîte en lui demandant comment ils s’étaient débrouillés, alors qu’ils étaient deux gardiens, pour laisser échapper une femme attachée à un pilier, il haussait les épaules et se présentait sous les traits d’un soldat ayant succombé à l’issue d’une lutte héroïque: « Que pouvions-nous faire? Nous étions en train de jouer aux cartes dans la pièce à côté, Miloch et moi. La porte a volé en éclats. Une douzaine d’hommes armés nous ont entourés. J’avais une mitraillette sous le nez. Des mecs cagoulés. Ils ont libéré la Sgambani sans que je puisse intervenir. Ça n’aurait servi de rien que je me fasse trouer la peau.» Tout le monde rigolait. Sepp Auerbach mentait mal, mais il pouvait être très marrant quand il s’y mettait. D’autant plus qu’il avait de l’argent plein ses poches et payait tournées sur tournées…

Andreas se glissa derrière le bar, sa salopette maculée de peinture, ses longs cheveux éternellement saupoudrés de plâtre. Il décapsula deux bières, m’en tendit une.

–  Qu’est-ce que tu comptes faire, Victor?
–  Le plus sage serait évidemment de jeter l’éponge. De reconnaître que j’ai perdu la partie et rentrer à Paris.
–  Pour te biturer pendant une semaine au Bruichladdich?
–  Entre autres…
–  Mais ce n’est pas cette solution-là que tu choisis?
–  Non. Je ne veux pas… JE NE PEUX PAS LAISSER LENI CHEZ CES CINGLÉS.
–  Elle y est quand même à l’abri.
–  A l’abri jusqu’à quand? Qu’un enfoiré de gradé S.S. veuille se faire mousser et prendre du galon, il fera une descente chez ces « Vieux Croyants » et embarquera toutes les personnes suspectes. Leni ne sera jamais à l’abri tant qu’elle restera en Autriche.
–  Alors quelle solution envisages-tu?
–  Je vais aller à Imstersee par l’autre côté?
–  Par l’Autriche!!
–  Oui. J’ai toujours mon faux passeport suisse. J’irai à Insbruck, de là je descendrai jusqu’à Imstersee où j’essaierai de trouver un passeur.

Andreas vida la moitié de sa canette au goulot, s’étrangla, cracha des bulles.

–  C’est toi qui est cinglé, mon pauv’vieux… Givré à mort!!! Tu es sur la liste noire des nazis. La Gestapo a ton signalement. C’est suicidaire ton truc. A peine arrivé en gare d’Insbruck tu te feras coiffer. Peut-être même avant… Les voyageurs sont contrôlés dans les trains allemands. Ne fais pas cette connerie-là, merde!!!

Susanne apparut à la porte de la cuisine. Elle avait entendu la fin de notre conversation. Elle s’essuyait les mains dans son tablier à carreaux beige et rouge.

–  Andreas a raison, Victor. Tu vas te jeter dans la gueule du loup sans bénéfice pour personne. Ce n’est pas quand tu seras dans un bagne nazi que tu aideras ta fiancée.

J’allumai une Gauloise avec mon briquet d’amadou. Bien que fumant du gris, mes doigts devenaient jaunes. J’en étais presque à fumer mes deux paquets par jour.

Imstersee…

IMSTERSEE!!!

Je suis allé trois fois à la gare de Rappenhof, me renseigner sur les horaires de trains que je connaissais par cœur. Au moment de prendre mon billet je suis resté stupidement planté devant le guichet, hébété, conscient des personnes derrière moi qui m’observaient avec curiosité et se demandaient pourquoi je ne répondais pas à l’employé de Chemins de Fer Helvétiques qui essayait de connaître ma destination. J’avais les mots dans la bouche, mes lèvres refusaient de les prononcer. Après avoir fait le tour du marché, je suis passé à tout hasard au magasin de vins et spiritueux de la Thieresenstrasse, voir si, dans leur dernière livraison de whisky, il ne se serait pas trouvé glissé quelques bouteilles de Bruichladdich. Il n’y en avait pas. Le marchand m’a dit qu’il ne connaissait ce scotch que de nom, moi étant le premier client à lui en avoir jamais demandé. Je suis  –  encore plus stupidement  –  allé lire le menu du restaurant Alte Kanzlei, où nous serions probablement allés ce samedi soir, si Claudia n’avait pas été enlevée par les hommes de main de la mère Niedbürth.

Non seulement je suis allé voir l’hôpital (indécrottable, le pauvre père Blandl!!), mais je suis entré dans le hall d’accueil. J’ai regardé les pancartes indiquant, à droite l’accès aux étages par l’escalier, à gauche la direction des ascenseurs. GASTRO-ENTÉRO  –  2ème ÉTAGE. Dans le parc j’ai refait la promenade que nous avions faite le long de cette allée, quand les jets d’eau arrosaient les massifs floraux.
 

 

–  Attention de ne pas mouiller votre blouse…
–  Vous seriez bien content si je la mouillais, n’est-ce pas?
 

 

Les canards couraient au devant de moi sur la pelouse, espérant que je leur jetterai du pain.

Je me faisais remonter à l’auberge en taxi, ne voulant pas abuser de la gentillesse d’Andreas.

Quand j’avais bu trop de bière au « Café Kiosk »  –  ils ont une superbe dunkel  –  Susanne me grondait.

–  Si tu étais mon homme, Victor, je ne te laisserais pas boire de la bière comme ça.

Elle essayait de me faire les gros yeux et n’y arrivait pas. Elle baissait la tête. Ses doigts pétrissaient l’ourlet de son tablier.

–  Chaque fois que tu rentrerais à la maison dans l’état où tu es ce soir, je te donnerais la fessée.

De mon index, je lui ai chatouillé le bout du nez.

–  Sais-tu que je t’aime beaucoup, Susanne?
–  Je le sais. Et je peux te dire que la réciproque est aussi vraie. Mais ça c’est une question que nous ne devons JAMAIS évoquer entre nous. Tu le sais aussi bien que moi, Victor.

J’acquiesçai d’un signe de tête.

–  Tu as raison d’être sage. Je ne suis pas fait pour tenir une auberge dans une station de sports d’hiver.
–  Pas plus que moi je ne suis faite pour accompagner de guerre en guerre un aventurier ivrogne.

Andreas avait évidemment raison: les trains entrant dans ce qui était autrefois l’Autriche  –  aujourd’hui absorbée dans le Reich allemand  –  étant étroitement surveillés, je n’avais aucune chance. Selon toute vraisemblance je me ferai épingler à la frontière. Et si, par miracle, j’échappais à ce premier contrôle, c’est à Insbruck qu’ils me tomberont dessus. Camp de concentration. Habit rayé de bagnard. Ce n’est pas ça qui fera sortir Leni de sa communauté de dingues…

–  Andreas?

Il se retourna sur son échelle, pinceau en main.

–   … oui, Victor?

–  Par la route… Par Greisheim et le col du Brüneck… Qui tient le poste frontière là haut, des Autrichiens ou des Allemands?
–  Aux dernières nouvelles, ce sont toujours les douaniers et les garde-frontière autrichiens. Mais ça peut changer du jour au lendemain.
–  C’est bien pour ça qu’il n’y a pas de temps à perdre. Je loue une bagnole. Au contrôle du Brüneck les Autrichiens me laisseront entrer.

L’aubergiste fit une grimace en regardant son pinceau. D’épaisses gouttes de peinture bleue tombaient dans le seau, suspendu par un crochet à l’un des barreaux de l’échelle.

–  C’est probable, oui. Ils te laisseront passer. Puis quatre kilomètres plus loin, à l’entrée de Zinrdorf, tu tomberas sur un barrage S.S. Ils vont se poiler comme des baleines quand ils passeront ton passeport aux rayons X.
–  Merci du renseignement, vieux… Je passe le contrôle au Brüneck. Cinq ou six cents mètres après le poste frontière, je laisse la bagnole sur un chemin de traverse. Et je coupe à travers les alpages jusqu’à Imstersee.
–  Admettons. Simplement quand tu auras retrouvé ta Leni, comment vas-tu la ramener?

Je ne pouvais pas lui dire, il m’aurait cru fou. Et peut-être étais-je fou.

Carlo Michelozzi.

Chef de section dans la Brigade Internationale « Garibaldi ». Quand il apprend que son meilleur copain est prisonnier des franquistes, ils rassemble cinq vétérans, des mecs gonflés à bloc, anciens des corps francs… Ils s’introduisent dans Burgos la nuit, ils poignardent les gardiens, libèrent les prisonniers… En s’échappant, pour bonne mesure, ils attaquent le P.C. phalangiste à la grenade: 16 tués et 80 blessés dans le camp ennemi.

Alexis Egorov.

Russe blanc. Capitaine dans l’armée tsariste. Un des premiers pilotes russes formés en Angleterre. Rejoignant, depuis la Mandchourie, l’escadrille des Volontaires Internationaux de Claire Chennault, il commence par se signaler en descendant trois chasseurs ennemis dans la même semaine. Egorov remarque que, si le Zero japonais est plus rapide que leurs Curtiss, les chasseurs américains sont plus agiles, plus maniables. Entraîné par sa vitesse même, le Zero prend mal les virages et ne peut pas réagir vite à une attaque contre son flanc. Il propose alors à Chennault d’équiper les Curtiss de harpons d’acier fixés à l’avant de leur museau. On attend le Zero au passage. On lui fonce dessus au dernier moment et on l’éperonne en plein vol…

QUI OSE VAINCRA.

Pourrais-je?… Oserais-je?… Forcer la frontière en balançant des grenades et arrosant les Boches de rafales de ma sulfateuse, Leni blottie tremblante contre moi, cramponnée à mes treillis camouflés. Comme dans une B.D.?

Rappenhof. Café Kiosk. Bière dunkel. À l’auberge, le téléphone n’arrêtait pas de sonner. Les réservations arrivaient pour la saison de ski. Susanne et Andreas s’affairaient dans l’attente des touristes. Les jeux étaient faits. Cette fois il fallait délier ma bouche. Au guichet de la gare, face à l’employé, il fallait que j’arrive à demander un billet. Soit pour Genève, via Zürich… Soit pour Paris.

Cette retraite, la queue entre les pattes, avait déjà été faite en 1812. Par un gus qui s’appelait Napoléon.

C’est au Café Kiosk, justement, que je suis tombé un soir sur Sepp Auerbach. Il a fait son habituelle entrée triomphale, entouré de son cortège de minets et de paumées, la plupart en dessous de vingt ans. Ses yeux se sont rétrécis quand il m’a aperçu. Il a dit quelques mots au môme le plus proche de lui: un blond décoloré aux yeux maquillés, vêtu d’un ensemble moulant en cuir noir.

Sepp est arrivé droit sur moi. Lentement. Calculant son effet.

–  Où est Hettisch?

J’ai posé ma chope sur le comptoir, essuyé mes lèvres d’un revers de manche.

–  Je n’en ai pas la moindre idée.
–  Pas la moindre idée, hein?
–  Non.
–  Eh bien je vais rafraîchir tes idées de sale franzoze, moi…

Son poing s’est levé. Il me dominait d’au moins quinze centimètres et devait peser 90 kilos par rapport à mes 78.

Ma seule chance était de parer son coup de poing et essayer de lui faire mal.

Je me suis courbé le plus bas possible. Son poing décrivit un arc de cercle, passa au dessus de ma tête et ne fit que heurter mon épaule au passage. Je me suis propulsé en avant, détendant mes jambes, mettant tout mon poids et toute la vitesse dont j’étais capable dans l’effort. Ma tête a percuté de plein fouet son plexus solaire. Sepp a ouvert la bouche, il a articulé un aaagghhh étranglé. La douleur l’a fait se plier en deux. J’en ai profité pour relever ma jambe: et rrrran un coup de genou vachelard en pleine poire!!!

Sepp s’est relevé, son nez pissant le sang, le meurtre dans son regard.

–  Tu vas me la payer celle-là, fumier!!!

Les flics sont  –  heureusement !  –  venus interrompre un pugilat dans lequel je ne pouvais être que perdant. Des les premiers échanges de coups, le patron du Kiosk avait appelé la police. Au commissariat, j’appris (par Sepp qui vociférait et m’accusait) la disparition du petit Gaspar Hettisch. Les policiers me connaissaient. Ils savaient très bien pourquoi j’avais pris pension à la Gasthof  Zahnradbahn. Ils connaissaient aussi Sepp Auerbach. La patron du Kiosk avait témoigné du fait que, à peine entré dans la salle, Auerbarch s’était précipité sur moi et je ne l’avais frappé qu’en légitime défense. Le commissaire m’a demandé si je souhaitais porter plainte?

–  Non, c’est inutile.
–  En prenant un avocat, vous pourriez obtenir des réparations.
–  Sortant de la caisse des nazis? Merci, je ne veux pas de leur fric.

Il jouait avec un règle posée sur son bureau.

–  Monsieur Blandl, connaissiez-vous Gaspar Hettisch?
–  Oui. Enfin… de vue. Je ne lui ai jamais parlé. Je l’ai seulement aperçu chez les Ehringer, un soir où il avait bu un coup de trop.
–  Connaissez-vous Claudia Sgambani?
–  Beaucoup mieux. Quand j’ai été hospitalisé pour une intoxication alimentaire, elle…

Le commissaire leva sa main droite pour m’interrompre.

–  Nous avons les rapports sur votre empoisonnement aux champignons et ses conséquences. Vous pouvez nous aider en nous disant tout ce que vous savez sur mademoiselle Sgambani.

J’ai dit au policier tout ce que je savais sur Claudia.

–  Pensez-vous qu’elle soit capable de commettre un crime?

Je restai un instant figé sur ma chaise.

–  Écoutez, monsieur le commissaire… Comment voulez-vous que je réponde à une telle question? Non… NON!!! Je ne vois pas du tout Claudia en meurtrière… Elle ne m’a pas caché ses tendances à la….
–  … à la domination?
–  Oui, c’est sûr, Claudia est une dominatrice. Mais de là à…
–  Quand vous êtes sorti de l’hôpital, vous a-t-elle fait des propositions de domination?
–  Oui.
–  Vous a-t-elle fait du chantage, vous proposant d’aller délivrer votre fiancée en Autriche en échange d’une séance de S.M.?
–  Oui.
–  A-t-elle dominé Gaspar Hettisch?

J’écartai les bras en signe d’impuissance.

–  Je n’en sais rien, monsieur le commissaire. Comme je vous l’ai dit, je n’ai vu Hettisch qu’une seule fois… Alors qu’il tenait une cuite carabinée à la Gasthof Zahnradbahn.
–  Pensez-vous qu’un lien passionnel ait pu se nouer entre Gaspar Hettisch et Claudia Sgambani?

Deux bonnes minutes s’écoulèrent avant ma réponse. Je frottais mes genoux de pantalon avec mes paumes.

–  C’est évidemment possible, oui. À première vue ces deux-là ont un réel terrain d’entente. Elle est dominatrice. Il est soumis. Simplement…
–  … simplement?
–  Tout le problème est là. Une dominatrice comme Claudia ne veut pas d’un soumis… Il ne l’intéresse pas. Ce qu’elle veut, c’est justement UN HOMME QUI NE SOIT PAS SOUMIS… Afin de pouvoir l’asservir par la force.
–  Autrement dit un homme vous, monsieur Blandl?

Je mis ma main devant ma bouche pour étouffer une quinte de toux.

–  Ça peut se dire comme ça…
–  Est-ce que Verzazca selvaggi vous dit quelque chose?
–  Heu… Verzazca selvaggi… Les sauvages de la Verzazca… Oui, je me souviens que Claudia les a mentionnés dans une de nos conversations. Elle m’a dit que c’était le nom qu’on donnait  aux suisses-italiens habitant les hauts plateaux alpestres, au nord du Tessin… La vallée de la Verzazca… Elle m’a dit qu’elle venait de là, qu’elle y avait encore de la famille… Qu’elle était née et avait grandi parmi ces selvaggi.
–  Une sauvage…
–  Je l’avais pris comme une boutade. Elle m’avait brossé le tableau d’une vallée perdue, à l’écart de la civilisation, peuplée de montagnards hirsutes et illettrés qui passent leur temps à s’entretuer d’un village à l’autre.

Le policier fit « oui » de la tête.

–  Ses deux derniers frères viennent d’être tués dans une vendetta. L’un, Gianfranco Sgambani, était fiché au grand banditisme.
–  Elle s’en est finalement pas mal tirée. Elle aurait certainement réussi son examen d’infirmière et aurait été titularisée l’an prochain.
–  Ce n’est pas son intelligence qui est en cause en ce moment.

Le commissaire pinça sa lèvre supérieure entre le pouce et l’index pour l’étirer.

–  … à moins qu’elle n’ait été, justement, trop intelligente.

Il se tut pendant une longue minute, absorbé dans ses pensées. Il tapotait du bout de sa règle un buvard posé sur son bureau. Ses ongles étaient larges, épais et d’une propreté douteuse. Il releva la tête pour me regarder.

 –  Vous n’avez jamais revu Gaspar Hettisch depuis sa cuite à la Gasthof?
–  Jamais.
–  Par contre vous avez revu plusieurs fois Claudia Sgambani?
–  Oui. On se voyait de temps en temps.
–  Étes-vous son amant?
–  Non. Claudia me plaisait, je ne m’en cache pas. Mais même si elle m’attirait, son côté dominateur me repoussait. Je voyais le piège dans lequel elle voulait me faire tomber. Par conséquent j’ai toujours repoussé ses avances.
–  Est-elle amoureuse de vous?

Mes lèvres gonflèrent. Elles s’allongèrent vers l’avant pour former un grand sourire jovial.

–  Alors là, monsieur le commissaire, je ne vois qu’une seule personne capable de répondre à votre question: Claudia Sgambani elle-même. 
–  Elle ne vous a pas déclaré son amour?
–  Absolument pas!!
–  N’avez-vous jamais eu l’impression que Hettisch était votre rival dans le cœur de mademoiselle Sgambani?

Je me suis redressé sur ma chaise comme piqué par des aiguilles. J’aspirais mes joues en dedans, mes paupières battaient..

–  JAMAIS!!! Qu’est-ce qui peut vous donner une idée pareille, monsieur le commissaire?

Il a posé la règle noire avec laquelle il jouait. Il a poussé le buvard de côté. Il a mis ses deux coudes sur son bureau. Il s’est penché en avant pour me regarder dans les yeux.

–  Gaspar Hettisch a été trouvé mort au fond d’un ravin, à cinq cents mètres de l’auberge où vous habitez.
–  Il a fait une chute?
–  Une mauvaise chute.
–  C’était pourtant un enfant du pays qui connaissait la montagne comme sa poche!!
–  Quand vous vous prenez trois balles de 9mm dans le dos, vous ne pouvez que tomber.

 

.../... à suivre


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