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  • : Ce blog est consacré au fétichisme des tabliers de cuisine de femme, des blouses de femme et des torchons de cuisine. Il s'adresse aux adultes seulement, ayant atteint l'âge de la majorité légale dans le pays. Et tenez les enfants à l'écart, bien sûr.
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Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 09:15

Un texte qui m'a été donné par mon ami Molenbeek, dont vous connaissez déjà le talent, et que je publie par épisodes.


Je riais tout seul dans mon lit.

Dans l'un des romans d'Alban Rivière  –  je ne me souvenais plus lequel  –  l’œil du cyclope était un objectif photographique. Le boxon pour invertis s’appelait Le Cyclope. Au salon, une fresque murale représentait le fameux cyclope en train de pourchasser de mignons petits pâtres, sur fond d’une campagne qui se voulait olympienne. On se conduisait très mal dans ce salon. Le patron faisait chanter ses riches clients.

Chez moi, ou dans un appartement laissé à ma disposition, je pourrais, bien sûr, planquer un Leica quelque part. Et l’actionner à distance avec l’un des systèmes utilisés pour les photos d’animaux sauvages. Je connais des collègues qui l’ont fait. Ça demande une longue et minutieuse préparation. Le repérage des lieux. Le choix de l’angle de prise de vues. L’installation du matériel. Il est aussi arrivé que tout capote parce que celui ou celle qui devait être photographié avait entendu le déclic de l’appareil.

Il n’en était évidemment pas question dans une chambre d’hôpital où les infirmières entrent et sortent sans arrêt, les médecins font leurs tournées, les femmes d’entretien lavent et nettoient, l’électricien vient réparer une prise, la famille débarque aux heures des visites…

Non, l’idée du docteur Pfaff n’était finalement pas mauvaise.

Après une nième biture qui s’était terminée par une bagarre et une nuit au violon, le petit Gaspar Hettisch est en cure de désintoxication forcée. Il a été hospitalisé à Rappenhof sur ordre du maire. Outre un régime diététique, beaucoup d’exercice au grand air, des mouvements respiratoires, des séances d’hydrothérapie, le traitement comprend des lavements fréquents et généreux: 1,5L pour commencer, allant graduellement jusqu’à 2 litres.

On charge Claudia Sgambani d’exécuter ces opérations.
Gaspar, l’ex amant éconduit de Kristine Niedbürh,  érotise à fond sur la domination féminine.
Il est à peu près certain que Claudia va jouer avec lui le jeu qu’elle a joué avec moi. Elle le jouera d’autant plus, et d’autant mieux, qu’avec le petit Gaspar elle trouvera du répondant!!!
Il ne va plus se sentir. Elle non plus.
Selon toute vraisemblance, nous allons avoir un festival de cul en l’air, de doigt ganté enfoncé dans le trou-trou (j’y ai eu droit !), de remontrances et gronderies de toutes sortes quand il se tortillera et fera des manières pour prendre son lavement, de fessée  –   puisque Gaspar ne demande que ça et s’y prêtera avec délectation. En redemandera même.

Le docteur Pfaff et l’infirmière chef seront dans le couloir en train de discuter de détails du service. Pfaff son stéthoscope autour du cou, la chef prenant des notes sur son bordereau. Tous les deux l’air parfaitement innocents.
Au beau milieu de la fessée ils ouvriront brusquement la porte, feront irruption dans la chambre…

Faite aux pattes, la Sgambani!!!

J’avais naturellement raconté à Susanne et Andreas le marché que m’avait proposé Claudia. Tous les deux m’avaient alors poussé à rapporter au docteur Pfaff la façon assez peu professionnelle qu’avait eu envers moi l’aide soignante quand elle était venue irriguer mes boyaux intoxiqués par mon plat de champignons.

–  Hé!! Victor… Réveille-toi, mon vieux. Elle essaye d’abord de dominer sexuellement un patient qu’elle est censée soigner… Voyant que ça ne marche pas, elle te fait du chantage pour te contraindre à te soumettre à ses désirs. C’est une vraie salope, cette bonne femme!! Entre personnes consentantes, je peux le comprendre. Mais pas là… Et surtout pas avec les méthodes dégueulasses qu’elle emploie.
–  Andreas a raison. Tu penses bien que ce qu’elle a fait avec toi, elle l’a aussi fait avec d’autres. Tu n’es ni le premier, ni le dernier. Et quand elle donne des lavements à des jeunes, des ados? C’est un danger public, cette fille!!

Jusqu’à présent je n’en avais pas parlé, ne voulant pas faire de tort à Claudia. Après sa tentative de me courber sous sa férule et faire de moi son esclave impuissant, soumis au régime des fessées et des lavements, tous mes scrupules s’étaient évanouis. Je n’aime pas les coups bas, les traquenards. Mais si l’on emploi ces méthodes déloyales à mon égard, je suis capable de me servir des mêmes armes que l’adversaire et les retourner contre lui. J’en avais fait l’expérience en Chine où, pris entre la fourberie des nationalistes, la perfidie des communistes, l’hypocrisie des Occidentaux et la duplicité des Japonais, j’avais bien été obligé de mettre ma conscience au placard.

Andreas avait invité son vieil ami à déjeuner. Au moment du café, Ambrosius Pfaff avait haussé les épaules en jouant avec son cure-dents.

–  Du point de vue déontologique, mon plan est parfaitement inacceptable. Mais les agissements de cette femme étant tout aussi inacceptables, je pense que nous sommes autorisés à employer certains moyens que la civilité puérile et honnête réprouve. Similia similibus curantur. Ce que vient de me révéler Victor corrobore les plaintes de plusieurs patients. Nous avons exercé une discrète surveillance, sans jamais parvenir à prendre mademoiselle Sgambani « la main dans le sphincter », si j’ose dire. Cette fois, nous allons pouvoir tendre le piège dans lequel elle va tomber.

Il avait pris un morceau de sucre entre deux doigts, l’avait élevé à hauteur de son visage pour le lâcher au dessus de sa tasse.

–  … Tomber comme un chancre tombe sous le bistouri.

Son plan ayant été approuvé à l’unanimité, le piège avait donc été tendu comme convenu.

La chambre de Gaspar Hettisch fut placée sous surveillance plusieurs jours de suite. Quand Claudia y entrait, portant le nécessaire à lavement, Magdalena Holzbanner  –  la Chef  –  exerçait un discret mais constant contrôle dans le couloir. C’était une grande perche de femme, au visage en lame de couteau, aux mains déformées par les rhumatismes. Ses yeux verts, intelligents et expressifs, captaient l’attention. Elle serrait tellement les cordons de ses tabliers qu’elle s’y trouvait moulée comme dans une gaine. Quand Claudia sortait de chez Gaspar, Magdalena était déjà loin à l’autre bout du couloir…

La Chef faisait chaque soir son rapport au docteur Pfaff.

–  Elle lui a encore donné la fessée.
–  Ensuite?
–  Elle lui a administré son lavement.
–  Et après le lavement?
–  Une puissante évacuation.
–  Ah! Excellente chose, ça. Ces ivrognes ont besoin qu’on leur lave les tripes à grande eau. Mon maître à l’université, le regretté professeur Klopstock, préconisait des lavements à l’eau de Javel pour les alcooliques. C’était en 1882… Imaginez si on allait proposer une telle méthode aujourd’hui!! Mademoiselle Sgambani est-elle sortie immédiatement après cette évacuation?
–  Non, docteur.
–  Avez-vous pu entendre quelque chose?

Dans leurs rapports professionnels à l’hôpital, il était convenu qu’ils garderaient leurs distances. Elle l’appelait docteur, ou monsieur, et ils se vouvoyaient. Dans l’intimité, leurs rapports étaient différents.
Les prunelles vertes de la chef s’allumèrent. Elle baissa la voix pour répondre:

–  Pas vraiment des cris… Plutôt des gémissements étouffés… Je n’ose pas en dire plus, docteur?
–  Osez, nurse Holzbanner, osez…
–  Il a dit distinctement: « Plus vite!! »
–  Voyez-vous ça.
–  J’ai pensé au vice solitaire. Mais c’est impossible, puisque le patient n’était pas seul.
–  Nous sommes effectivement devant une énigme.
–  N’est-ce pas, docteur!!
–  Voici ce que nous allons faire, nurse Holzbanner. Demain, je serai dans couloir avec vous. Nous ne bougerons pas pendant la fessée et le lavement. Lorsque nous percevrons ces « gémissements étouffés » que vous avez entendus, nous ouvrirons brusquement la porte et nous entrerons ensemble en criant…
–  Haut les mains!!!
–  Mais non, voyons!… Vous allez trop souvent au cinéma. Nous crierons d’un ton sévère: « Mademoiselle Sgambani, arrêtez ça tout de suite! »

Le piège fonctionna parfaitement. Prise la main sur la queue du petit Gaspar en cours d’éjaculation, se prenant des giclées de sperme gluant plein son tablier, l’aide soignante était résignée lorsque, le soir du « crime », Ambrosius Pfaff nous l’amena dans sa Wolkswagen Coccinelle.

Le salon de l’auberge servit de salle de tribunal.

Claudia ne chercha pas de faux fuyants. Elle n’essaya pas de se disculper.

–  Eh bien? C’est entendu, vous me tenez… Qu’est-ce que vous comptez faire de moi maintenant?
–  Ça va dépendre entièrement de vous, mademoiselle Sgambani.
–  C'est-à-dire?

Le docteur Pfaff aurait fait un excellent magistrat: son attitude à la fois digne et paternaliste; le ton de sa voix; sa façon de regarder la coupable, l’intimidant tout en lui faisant sentir qu’il la comprenait et compatissait à ses souffrances… Tout était parfait.

–  Reconnaissez-vous avoir voulu revoir monsieur Blandt pour exercer sur lui votre domination et le contraindre à accepter de recevoir, de votre main, cinquante coups de fouet?
–  Oui.
–  Quand vous avez constaté son manque de coopération, reconnaissez-vous lui avoir fait du chantage en menaçant de révéler aux nazis la cachette de sa fiancée en Autriche?
–  Oui.
–  Regrettez-vous ces actes?
–  Non.
–  Aimez-vous fouetter les hommes?
–  Oui.
–  Et les femmes?
–  Ça dépend lesquelles.
–  Pouvez-vous expliquer?
–  Les VRAIES FEMMES, bien sûr que non. Ce sont elles les dominatrices et les fouetteuses. Ce sont elles les REINES. Les autres sont de lamentables et méprisables caricatures de femmes. Des servantes aux pieds des hommes, leur léchant les bottes et se faisant fesser quand elles ont fait trop cuire le rôti ou mal fait leur ménage. Pauvres connes!!!
–  Ce sont celles-là que vous prenez plaisir à fouetter?
–  Ah oui alors!!!

Susanne se pencha vers elle pour lui demander:

–  Avez-vous souvent l’occasion d’assouvir votre passion pour la domination?

Claudia haussa les épaules. Ses lèvres se retroussèrent dans un rictus amer qui exprimait à la fois la lassitude et l’écœurement.

–  Je fais partie d’un club de S.M. C’est mieux que rien. Seulement on tourne en rond en vase clos. Toujours les mêmes têtes, toujours les mêmes fantasmes, toujours les mêmes culs… Ça finit par devenir lassant. Alors oui, je l’avoue, je profite de ma position d’aide soignante pour exercer une certaine domination sur les patients à qui je donne des lavements. Celui ou celle qui se fait lavementer est en position d’infériorité. De là à la soumission il n’y a qu’un pas…

Elle se tourna vers Pfaff.

–  Que je sois dominatrice est un fait, docteur. Qui, par ailleurs, ne m’empêche nullement d’exercer mes fonctions à l’hôpital avec toute la compétence dont je suis capable. Je crois faire mon travail consciencieusement. Beaucoup de patients m’offrent des fleurs le jour de leur sortie. Je reçois souvent des remerciements et des félicitations.

Le docteur Pfaff hocha plusieurs fois la tête en signe d’approbation.

–  C’est tout à fait exact, mademoiselle Sgambani. Mis à part ces… Ces écarts, dirons-nous… Vous faites du très bon travail. J’ai parlé à votre directeur, le docteur Marigold. Lui aussi s’inquiète un peu des abus de pouvoir qui lui ont été signalés. Ceci dit, il ne fait que louer vos qualités professionnelles. Où en êtes-vous dans la préparation de votre diplôme d’infirmière?
–  J’y ai beaucoup travaillé. Je pense que je me serais présentée aux examens avec de bonnes chances de succès.

Elle essaya de rire. Ça ressemblait à un crachat.

–  Ce n’est plus la peine d’en parler maintenant. Je vais certainement être radiée de la profession.

Pfaff la regarda longuement. Ses doigts pianotaient sur son genou gauche.

–  Comme je vous l’ai dit tout à l’heure: ça dépend entièrement de vous…
–  Vous m’avez prise en flagrant délit. J’ai fessé le petit Hettisch. Après lui avoir administré son lavement, j’ai introduit mon doigt dans son trou du cul et je lui ai fait une masturbation anale. Puis j’ai pris sa verge dans ma main et je l’ai branlé jusqu’à l’orgasme. J’avais du sperme plein les doigts et partout sur mon tablier. Je ne suis pas idiote. Je connais les sanctions pour ce genre de faute.
–  Et si je vous proposais de racheter cette faute?
–  De toute façon c’est impossible. Même si vous vouliez m’aider, docteur, vous n’étiez pas seul dans la chambre. La chef Holzbanner a vu elle aussi ce que je faisais.

La bouche du médecin avança en ventouse. Il passa plusieurs fois sa langue sur ses lèvres; tira sur sa barbiche; regarda ses pieds comme si le lustre de ses chaussures anglaises le fascinaient.

–  A mon tour de vous faire une confidence. Vous savez tous que mon remariage n’a pas été une réussite. La mésentente s’est installée entre nous dès le début. Plutôt que nous faire la guerre, ce qui est toujours douloureux et sans profit pour personne, nous avons choisi de vivre chacun de notre côté. D’un commun accord, je fais ce que je veux et Sybille aussi. Je sais qu’elle un amant à Berne. Je crois un autre à Zürich… N’étant pas prédisposé à l’ascèse, j’ai moi aussi une maîtresse. Elle s’appelle Magdalena Holzbanner.
–  La chef!! s’exclama Claudia en portant sa main à sa bouche.
–  Oui, c’est elle qui vient conforter ce qui me reste encore de virilité… Magdalena adore se faire baiser en tablier, sur une chaise de cuisine. Mais il ne s’agit pas ici d’étaler notre vie amoureuse. C’est simplement pour vous dire que Magdalena suivra mes instructions. Si je lui dis de témoigner devant le conseil de l’ordre, elle témoignera. Si je lui dis de se taire, elle se taira.
–  Et vous, docteur? Quelle est votre position?
–  Elle est celle que vous choisirez vous-même, mademoiselle Sgambani.
–  Choisir entre quoi et quoi?
–  En fait c’est extrêmement simple. Nous nous taisons, Magdalena et moi: vous passez tranquillement votre diplôme et vous êtes titularisée infirmière l’an prochain, comme si rien ne s’était passé. Je connais plusieurs examinateurs et pourrais éventuellement vous donner un coup de pouce. Nous disons devant le conseil de l’ordre ce que nous avons vu dans la chambre 146 du service de gastro-entérologie: vous êtes renvoyée avec un blâme, ce qui vous ferme l’accès aux carrières médicales pour le restant de votre vie.
–  Bravo!! Comme chantage, on ne fait pas mieux!!
–  Je vous ferai simplement remarquer que ce n’est pas moi qui ai commencé ce petit jeu, mademoiselle. Vous avez fait du chantage à monsieur Blandl. Nous ne faisons que vous renvoyer la balle.

Andreas, visiblement mal à l’aise, alla au bar se verser une bière. Il me fit signe avec la bouteille:

–  Tu en veux une?

Je déclinai son offre en secouant la tête.

–  Pas tout de suite, merci.

Ambrosius Pfaff dessinait des figures géométriques sur le tapis du bout de sa canne en jonc.

–  Quel est le marché? demanda Claudia.
–  Aller chercher la fiancée de monsieur Blandl à Imstersee et la conduire à la frontière.
–  Si je le fais, ni vous ni mademoiselle Holzbanner ne révélerez ce qui s’est passé entre Gaspar Hettisch et moi dans la chambre 146?
–  Je vous en donne ma parole. En plus je vous promets un coup de piston pour votre diplôme, ce qui ne fait jamais de mal.
–  C’est ça que vous appelez un choix, docteur?
–  Tout à fait. Ça vaut le choix que vous avez donné à notre ami Victor Blandl: sa fiancée contre cinquante coups de fouet!!

J’écoutais depuis un moment leur joute verbale. Puis une sorte de vide s’est fait dans ma tête et les conversations ne me parvenaient plus que comme un ronflement sourd, de plus en plus lointain. Même ma vision était brouillée. Le bar en acajou verni… Andreas me proposant une bière… Ambrosius Pfaff posé, logique, sûr de sa force et de son droit… Claudia vaincue mais méprisante, se soumettant sous une contrainte à laquelle elle ne pouvait plus échapper… Échapper… S’échapper de Nankin en flammes… L’ultimatum japonais… Capituler ou mourir. J’eus brusquement envie de vomir.

Certes, la stratégie du docteur Pfaff était intelligente. Et très probablement efficace. Je ne sais pas pourquoi j’ai pété les plombs. À la stupéfaction générale  –  visages ahuris de Pfaff, de Claudia, de Susanne, d’Andreas  –  j’ai lancé un « Non » dont l’écho a roulé comme un coup de tonnerre entre les quatre murs du salon.

–  NON!!!

Susanne vint près de moi.

–  Qu’est-ce que tu as, Victor?
–  J’ai que je ne fais pas de chantage. Mademoiselle Sgambani m’a mis SON marché en mains. Je l’accepte.
–  Es-tu fou, Victor? Nous la tenons. Elle est obligée d’accepter nos conditions.
–  C’est justement ce que je refuse…

Je me suis levé. Je me suis planté devant l’aide soignante, un sourire moqueur aux lèvres.

–  Ta proposition tient toujours, Claudia?
–  Tu veux dire…
–  Recevoir cinquante coups de fouet de ta main pour que tu ailles chercher Leni à Imstersee?
–  Heu…

Je l’avais tellement désarçonnée qu’elle ne savait plus quoi répondre.

Ils me regardaient tous, sidérés.

Claudia a fini par articuler, d’une voix rauque qui venait autant du ventre que du gosier:

–  Oui, Victor. Ma proposition tient toujours.

Je lui ai présenté ma main, la paume ouverte tournée vers le haut.

–  Tope-là!! Dis-moi où et quand tu veux me fouetter.

Susanne tenta encore de me dissuader. Je lui ai ébouriffé les cheveux et l’ai obligée à se rasseoir.

–  Le chantage est l’arme des faibles… C’est donc par excellence l’arme DES FEMMES… Des « FAIBLES FEMMES », comme on dit dans notre civilisation patriarcale… Je veux prouver à mademoiselle Sgambani que JE SUIS UN HOMME.

J’ai avancé ma chaise pour me rapprocher de Claudia. J’ai sorti mon paquet de Gauloise, lui en ai proposé une qu’elle a refusé. Ses yeux, encore plus noirs que d’habitude, reflétaient l’incompréhension, le désarroi. J’ai allumé une cigarette, aspiré une profonde bouffée et rejeté la fumée par le nez.

–  C’est à moi maintenant de te proposer un marché, FILLETTE.

Elle eut un haut le corps.

–  Je vous écoute, MÔÔÔSIEU, persiffla-t-elle.
–  Si, durant la flagellation que tu souhaites m’infliger  –  aussi dure soit-elle  –  je perds contrôle de moi-même, je me mets à pleurer, je te supplie d’arrêter, je serai alors entièrement à toi… TON SOUMIS… TON TOUTOU… TA CHOSE.

Elle avala sa salive. Elle commençait à comprendre.

–  Et si tu supportes cette flagellation sans broncher?

Je lui ai pris le menton entre le pouce et l’index. Je l’ai obligée à me regarder dans les yeux.

–  Alors nous fêterons ce triomphe du PRINCIPE MASCULIN ici même… Ici, dans cette Auberge du chemin de fer à crémaillère où nous sommes réunis aujourd’hui… Susanne nous préparera son cuissot de chevreuil grand veneur… Nous remonterons de la cave plusieurs bouteilles de Tegerfelder bien frais… Andreas prendra une douche pour se débarrasser de ses éternels plâtras et il enlèvera ses habits de maçon pour se mettre sur son trente-et-un… Nous inviterons Magdalena Holzbanner  –  la Chef!! –   et le docteur Pfaff… Et toi, Claudia?
–  Moi?

Sa voix était un grondement rauque.

Ambrosius Pfaff plia sa canne entre ses mains, en fendit l’air pour la faire siffler. Mon visage n’était plus qu’à quelques centimètres de celui de l’aide-soignante. Je tirai sur ma cigarette, lui soufflai la fumée au visage.

–  Toi, ma Claudia chérie, tu nous serviras à table… Tu nous serviras EN TABLIER… Et pas n’importe quel tablier… Oh que non, ma jolie!!… Susanne trouvera pour toi le tablier LE PLUS FÉMININ qu’on puisse trouver… Tu sais, ces tabliers fanfrelucheux que mettent  certaines MÉNAGÈRES SENSUELLES pour faire bander leur mec… Le faire bander pour qu’il les baise… Pour qu’il leur glisse la grosse bite à la cuisine pendant qu’elles mettent le poulet au four… Ces tabliers faits beaucoup plus pour séduire et exciter que pour travailler, comme veut en mettre aux jolies « vixens » dans des films érotiques une cinéaste américain qui s'appelle Russ Meyer, et qui n'a jamais réussi à trouver encore quelqu'un pour financer ses films. Un tablier que porte une FEMELLE pour se trémousser dans sa cuisine parce qu’elle ne tient plus du désir de se faire saillir par le MÂLE. Montre à Claudia de quoi je parle, Susanne.

La femme d’Andreas se leva. Elle monta à l’étage, enjambant les marches deux à deux. Elle revint en tenant drapé devant elle un extravagant tablier de cocktail… de déguisement… de séduction… En tout cas un tablier davantage conçu pour être porté sur une scène de music-hall que dans une cuisine.

–  Une saison, nous avons eu une jeune américaine au pair… Sharon Bradley, de Californie… Charmante, mais un peu trop portée sur l’absinthe distillée dans nos montagnes… Elle avait apporté ce tablier des U.S.A. et le mettait pour servir en salle… Elle avait un succès fou. Plusieurs clientes lui ont demandé de copier le modèle pour le reproduire sur leur machine à coudre. Nous n’avons pas des tabliers aussi sophistiqués en Suisse. Comme je lui en avais fait beaucoup de compliments, elle m’en a fait cadeau quand elle est retournée dans son pays.

Sophistiqué est un euphémisme. La jupe de ce tablier est en satin moiré, évasée en corolle comme une grosse tulipe renversée. La bavette et les bretelles sont en crépon frisé. Jupe virant du rose au grenat, selon l’angle de la lumière. Bavette rouge vif, rapportée sur la jupe et taillée en forme cœur. Bretelles vert acide. Au milieu de la jupe, une poche rapportée, en feutre, représente un ananas avec ses feuilles et ses écailles. La bavette et les bretelles frangées de larges volants froncés. Les cordons presque des écharpes tellement ils sont larges et bouffants. Au milieu du dos, sous les omoplates, une patte transversale, elle aussi frangée de volants, relie entre elles les deux bretelles verticales. La femme qui porte un tel tablier ressemble à colibri posé sur une orchidée.

Tout le monde regardait Claudia.

Elle était livide. Ses lèvres tremblaient.

 

.../... à suivre


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