Présentation

  • : Tabliers, blouses et torchons de cuisine
  • Tabliers, blouses et torchons de cuisine
  • : enema
  • : Ce blog est consacré au fétichisme des tabliers de cuisine de femme, des blouses de femme et des torchons de cuisine. Il s'adresse aux adultes seulement, ayant atteint l'âge de la majorité légale dans le pays. Et tenez les enfants à l'écart, bien sûr.
  • Partager ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

Recherche

Derniers Commentaires

Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 09:14

Un texte qui m'a été donné par mon ami Molenbeek, dont vous connaissez déjà le talent, et que je publie par épisodes.


–  Enfin, c'est à peine croyable!!

Je m'énervais.

–  Les nazis sont si puissants que ça en Suisse alémanique?
–  En nombre, non. En force, oui.

Andreas tapa plusieurs fois la canalisation de sa clé à molette. Un son clair et franc nous indiqua qu'elle était débouchée. Assis par terre, le tuyau de fonte solidement maintenu entre mes jambes, j'aidais l'aubergiste à refaire les joints.

–  Le drame de la Suisse est très exactement, à petite échelle, une reproduction fidèle du drame que vivent actuellement les démocraties occidentales. Les nazis sont peu nombreux chez nous : à peine 5% de la population. Seulement ils sont extrêmement actifs et organisés. Ils font du bruit, collent des affiches, parlent à la radio, tempêtent, menacent… Du coup tout le monde courbe l’échine et ferme sa gueule. Passe moi le chatterton, s’il te plaît.

Il enduisit le joint de glue et l’emmaillota.

–  Même chose en France, en Angleterre … Kif-kif en Belgique, Pays-Bas, Danemark. Très peu de gens sont pour Hitler. Mais il leur fout une telle trouille qu’ils se la bouclent et le laissent faire. Vous savez, tous ceux qu’on appelle la « majorité silencieuse »… Des moutons qui savent qu’on va les tondre mais ne réagissent pas. Des veaux se laissant mener à l’abattoir. Une Europe unie, forte et décidée, pourrait facilement stopper ce fou avant qu’il ne soit trop tard. Seulement le spectre de la guerre fait si peur que tout le monde s’écrase.

J’approuvai vigoureusement.

– Tout le monde s’écrase, sans comprendre qu’Hitler compte, précisément, sur nos lâchetés et nos indécisions pour nous envahir sans rencontrer de résistance digne de ce nom. Il fait croire au monde qu’il est l’ogre aux bottes de sept lieues. Alors que, concrètement, statistiquement parlant, il est un pantin que les démocraties pourraient encore abattre si elles faisaient front commun et lui opposaient une politique de fermeté.

Un faucon planait au dessus des alpages, ailes calées dans le vent, cherchant un lapin ou une marmotte.

–  Voyez-vous, Victor, il faut aussi comprendre pourquoi les frontaliers ne veulent pas se mouiller. Si Hitler gagne  –  ce qui semble être le cas pour l’instant  –  ils n’ont pas envie que l’armée allemande fasse cesser leurs trafics. Les contrebandiers sont pour la plupart des petits fermiers pauvres, ou des bergers. La fraude est leur principale source de revenus. L’alcool clandestin aussi. Les forêts sont pleines de distilleries où l’on fait essentiellement de l’absinthe interdite. La montagne fournit à profusion toutes les herbes et plantes nécessaires. Le bois pour chauffer les alambics se trouve partout. Prix de revient à peu près nul. Alors qu’une bouteille d’absinthe se vend 20 shillings de l’autre côté de la frontière, entre 30 et 40 schillings à Vienne. C’est là-dessus que jouent les nazis. Ils leur disent: « Quand nous serons au pouvoir, nous protègerons ceux qui ont été avec nous. Mais nous nous montrerons impitoyables envers les fermiers qui auront soutenu les libéraux ou les communistes. Nous les ruinerons et les forcerons à quitter le pays. » Mettez-vous à la place de ces gens. Vous auriez peur vous aussi.

Je fus bien obligé d’en convenir. Eh oui, bien sûr… Andreas cernait parfaitement le problème.   

Susanne vint nous appeler pour déjeuner. Elle tenait sa cuillère en bois dans la main droite, la gauche enfoncée dans la poche de son tablier à carreaux beige et rouge. En la regardant, je ne pus m’empêcher de me demander quand elle s’était pris la bite: hier soir ou ce matin? Elle dut lire mes pensées car ses joues s’empourprèrent.

N’ayant plus rien à faire à Rappenhof, j’avais pris congé du docteur Pfaff et de sa gouvernante, les remerciant chaleureusement pour l’aide apportée. Si le plan de Susanne avait pu bien se dérouler, c’était en grande partie grâce à la connivence d’Ambrosius Pfaff qui, mis dans le complot, avait joué le jeu et m’avait fait transporter en ambulance à l’hôpital, sachant pertinemment que mon « empoisonnement » était une couverture, destinée à écarter les soupçons de la mère Niedbürh et de son athlétique greluchon.

Pour notre dernière soirée ensemble, frau Lauterbach avait cuisiné en mon honneur des petits perdreaux dodus à la chair fondante, bien dorés par une lente cuisson dans une cocotte en terre et accompagnés de délicieux raisins blancs du Tessin italien qui crevaient sous la dent en vous inondant la bouche de jus chaud et sucré.

Le docteur ne parut pas étonné que Claudia m’ait posé un lapin.

–  C’est une curieuse fille, imprévisible, lunatique. Personnellement je ne m’y fierais pas. A partir du moment où elle fait bien son travail, sa vie privée ne nous regarde pas. Elle est travailleuse, courageuse. Quelques patients se sont plaints de son autoritarisme, mais une infirmière a besoin d’avoir de l’autorité. Elle prépare ses examens, elle sera certainement diplômée l’an prochain. C’est peut-être, justement, parce que vous lui plaisez qu’elle a pris la fuite.

Il m’avait adressé un clin d’œil en riant dans sa barbiche.

–  Sans doute a-t-elle eu peur du beau mais dangereux « Séducteur Parisien »?

Il avait levé son verre pour fredonner, en français:

Dans les salons au temps de Maupassant
Sur Bel Ami chaque femme en passant
Se retournait, espérant la promesse
De son regard doux comme une caresse

Ne tenant nullement rigueur à Claudia de sa défection, je m’étais abstenu de mentionner sa tentative de domination lorsqu’elle m’avait administré mon lavement. Certes, par ses paroles délibérément grondeuses et sévères, par ses attouchements ouvertement sexuels, elle avait dépassé les limites que se permet normalement une infirmière dans l’exercice de ses fonctions. Son regard disait qu’elle ne faisait pas que plaisanter. Étant moi-même branché Dom/Soum depuis mon plus jeune âge, je sais flairer cette tendance chez les autres. Oui, Claudia Sgambani était manifestement une dominatrice. Elle m’avait testé. Probablement avait-elle envisagé une expérience plus ou moins BDSM avec moi. Puis elle avait du abandonner ce projet, estimant que je n’étais pas un partenaire valable pour ce genre de jeux. Peut-être aussi avait-elle éprouvé, brièvement, l’envie d’être soumise, pour rapidement se raviser et faire machine arrière quand sa nature avait repris le dessus? C’était son droit le plus absolu. Quoiqu’il en soit, je ne voulais pas risquer de lui faire du tort à l’hôpital. Je décidai que ce qui s’était passé dans ma chambre devait rester entre nous.

Le lendemain je fumais une Gauloise, assis devant l’auberge sur un banc de bois verni, entre les bordures fleuries et les lauriers roses dans leurs bacs, quand je vis la vieille Ford rouge d’Andreas monter la côte à vive allure, traînant sa remorque qui tanguait dans les virages. L’aubergiste était parti de bonne heure pour acheter des matériaux de construction en ville. Son freinage brutal souleva un nuage de poussière quand les pneus mordirent l’allée gravillonnée. Il sortit de l’auto tout surexcité, brandissant un  journal :

–  Susanne!! Victor!! … Ah! ben ça alors!!!

Il entra en coup de vent dans la cuisine, posa le journal ouvert sur la table, se laissa tomber sur une chaise, s’épongea le front en bégayant :

–  Ça alors!!… Ça alors!!…

Nous nous sommes penchés par-dessus son épaule, Susanne et moi. Nos têtes se frôlaient. Andreas posa son doigt sur un article, à la page des faits divers.

LA JUDOKA TERRASSE SES AGRESSEURS ET LES LIVRE À LA POLICE

Le bref article donnait peu de détails, suffisamment toutefois pour nous faire courir quelques frissons glacés le long de la colonne vertébrale. Deux individus, connus pour leurs sympathies hitlériennes, avaient enlevé une aide soignante à l’hôpital de Rappenhof. La victime, ceinture noire de judo, avait réussi à se libérer de ses liens, avait neutralisé ses assaillants par quelques prises foudroyantes. Quand la police était arrivée, elle n’avait eu qu’à cueillir les deux malfrats, attachés à de gros piliers de ciment et ficelés comme des saucissons.

Sepp Auerbach, du canton de Saint-Gall, et Miloch Zlataric, du canton d’Appenzell, ont été écroués à la maison d’arrêt de Saint-Gall pour association de malfaiteurs, coups et blessures et tentative d’enlèvement.

Nous nous sommes regardés tous les trois. Le silence était si épais qu’on aurait pu le couper au couteau.

–  Tu crois que c’est cette Claudia qui t’a soignée? finit par me demander Susanne.
–  Bien sûr c’est elle!! Qui veux-tu que ce soit d’autre? On l’a fait enlever pour qu’elle ne vienne pas à notre rendez-vous de samedi.
–  Mais pourquoi?
–  Je n’en sais rien. Simplement ça saute aux yeux: quelqu’un ne veut pas que nous nous rencontrions.
–  Sepp?

Andreas avança sa lèvre inférieure et fit « non » de la tête.

–  Sepp n’est, et ne sera jamais qu’un exécutant. Il est incapable de monter un coup de cette envergure par ses propres moyens.
–  Alors la Niedbürh?

Je haussai les épaules en signe d’ignorance.

–  Possible. Mais ça ne m’étonnerait pas que les ordres viennent de beaucoup plus haut. Je suis sur la liste noire des nazis. Ils n’ont jamais digéré mes enquêtes sur le réarmement allemand, sur le rôle de l’aviation allemande en Espagne. Ils pourraient bien se servir de Leni pour m’attirer dans un piège.

Jusqu’à l’année dernière, L’auberge Gasthof Zahnradbahn était trop élevée en altitude pour avoir le téléphone: ce n’est qu’en 1937 que les lignes sont montées au dessus de 1 500 mètres. L’installation, toute neuve, faisait le bonheur des aubergistes qui pouvaient, enfin, donner et recevoir des appels, et surtout prendre par téléphone les réservations de leurs clients, pour la plupart des habitués qui revenaient tous les ans. Andreas a tiré vers lui le gros appareil noir, posé sur le comptoir du bar. Il a fait le 19 à Rappenhof et le standard l’a branché sur le cabinet du docteur Pfaff . Par chance, le docteur y était. Il a pu nous donner une version plus complète et plus détaillée de cet enlèvement dont tout le monde parlait en ville.

Comme j’en avais la certitude, la judoka à la fois victime et victorieuse était bien Claudia Sgambani. Ses agresseurs, habillés en infirmiers, l’avaient poussée dans les toilettes et lui avaient appliqué un tampon de chloroforme sur le visage. Pour l’emporter endormie, ils n’avaient eu qu’à la coucher sur une civière et emprunter le monte-charge. Personne n’avait prêté attention à deux infirmiers roulant une malade à travers les couloirs de l’hôpital…

Claudia est déposée, ligotée et bâillonnée, dans une bergerie en pleine montagne. A force de contorsions, elle parvient à se débarrasser de ses liens, défaisant d’abord les nœuds des poignets avec ses dents, puis libérant ses pieds et ses jambes. Sepp Auerbach et Miloch Zlataric jouent aux cartes dans la pièce à côté. Elle s’embusque derrière la porte et se met à hurler. Ses gardiens se précipitent, ne comprenant pas comment elle a pu enlever son bâillon, prêts à lui administrer une raclée pour la faire taire… Clack, du tranchant de la main… Pluck, du bout de l’ongle sur un point névralgique d’acupuncture… Les deux malfaiteurs neutralisés, non seulement elle les ligote bien serrés, mais elle les attache, debout, aux piliers de la grange, séparés de plusieurs mètres. Elle descend à travers les alpages jusqu’à ce qu’elle aperçoive un village où elle raconte son aventure. Une demi-heure plus tard, la police est sur les lieux.

–  Demandez au docteur où est Claudia? soufflai-je à Andreas.
–  Où est Claudia? demanda-t-il dans le cornet accoustique.
–  Sans doute chez elle. Mais elle n’a pas le téléphone.

Je fis signe à Andreas de me passer l’appareil.

–  Bonjour docteur, c’est Victor… Quand vous aurez l’occasion de voir mademoiselle Sgambani, dites lui s’il vous plaît que je veux la revoir… Après ce qui vient d’arriver, il faut absolument que je lui parle. C’est évidemment pour l’empêcher de venir à notre rendez-vous qu’ils l’ont enlevée.
–  M’autorisez-vous à lui donner votre adresse?
–  Bien entendu!! Gasthof Zahnradbahn… Chez Susanne et Andreas Ehringer.

Je n’eus pas longtemps à attendre.

On était en début ou en milieu d’après-midi. J’étais dans ma chambre, en train d’écrire l’ébauche de mon prochain article sur la réactivation par les Allemands des forts autrichiens du Vorarlberg. Un ronflement grave, devenant graduellement moelleux, modulé à mesure que sa tonalité s’élevait, m’attira à la fenêtre.

Putain… La belle moto!!!

C’était la deuxième que je voyais. Une Della Ferrera « Cantarina » (Chanteuse) ainsi nommée, justement, parce que son moteur « chantait » quand on mettait les gaz, exécutant une véritable mélodie en traversant les divers registres de sonorités, depuis le grave profond du ralenti jusqu’au staccato suraigu des pistons hurlant à 8 000 tours/minute. Dans la « Cantarina », les ingénieurs italiens avaient réussi l’alliance peu évidente d’une superbe mécanique avec le bel canto: basse au démarrage  –  tenor aux accélérations  –  soprano à son régime maxi. Seul le moteur compressé de la Bugatti type 35 pouvait prétendre à une semblable musicalité. Le 14 juillet 1929, j’étais sur le circuit du Nürburgring lorsque Louis Chiron avait remporté le Grand Prix d’Allemagne sur une « 35 ». Après la course je m’étais même assis quelques instants au volant.  

La « Cantarina » qui venait de s’arrêter devant l’auberge était dotée d’un impressionnant carénage aérodynamique rouge éclatant, le long duquel couraient de longues flammes orange et jaune. Sa plaque d’immatriculation était suisse.

Le motard  –  sans doute un touriste  –  la mit sur béquilles et entra dans l’auberge. Il portait une combinaison de cuir noir, des gants à crispins, d’énormes lunettes protectrices et un casque.

Della Ferrara. « LA » moto italienne de prestige. Le top du top. 1394cc en V à soupapes culbutées. La « Cantarina » avait été présentée au Salon de Turin 1931.

–  Victor!!… Quelqu’un te demande en bas.

C’était la voix de Susanne.

–  J’arrive…

Assis jambes croisées dans l’un des fauteuils de l’entrée, le motard avait enlevé ses lunettes et son casque.

C’était Claudia.

Je dus avoir l’air particulièrement idiot car elle éclata de rire en me voyant.
J’étais tellement surpris que je ne sus que dire bêtement:

–  C’est à vous la moto?
–  Après ce que je viens de subir à cause de toi, tu ne crois pas qu’on pourrait se tutoyer?
–  La maison offre le champagne, clama Susanne.

Elle courut à la cave, le nœud de son tablier sautillant sur ses fesses rondes.

–  Vous… Tu… Tu es ceinture noire de judo?
–  Deuxième dan. Heureusement pour moi, sinon je serais encore en train de jouer les donzelles en détresse sur la paille d’une bergerie en montagne.
–  Ils t’ont fait mal?
–  Ben… C’est pas très plaisant de se faire chloroformer, tu sais.

Andreas est venu nous rejoindre. Éternellement en habits blancs de maçon, il avait du ciment dans les cheveux. Claudia a ôté sa lourde combinaison de moto. Dessous elle portait un pantalon de gabardine beige, un maillot en jersey rouille et un collier de corail. Nous nous sommes assis tous les quatre autour d’une table sur la terrasse. Le bouchon de champagne a fait plop!

Claudia a levé sa coupe. Elle m’a regardé fixement, étrangement.

–  Á Leni.

Nous l’avons imitée.

–  Á Leni.

Andreas regardait ses pieds. Suzanne regardait Claudia qui semblait compter les bulles dans sa coupe. Nous avions tous conscience d’un malaise.

Je massai ma nuque raide, encore mal remis de mes émotions.

–  Alors tu sais…??
–  J’en savais déjà certains bouts quand mes agresseurs sont passés à table. Puis le docteur Pfaff a complété les morceaux du puzzle qui me manquaient. Mon enlèvement est de toute évidence lié au sauvetage de ta fiancée. Ils savent que tu veux aller la chercher en Autriche. Mais ils ne savent pas où.
–  Toi, tu sais où est Leni?
–  A Imstersee, chez les « Vieux Croyants ». Le docteur Pfaff me l’a dit.
–  Mais ça tu l’as appris APRÈS ton enlèvement.
–  Oui.
–  Alors pourquoi t’ont-ils enlevée, si ce n’était pas pour te faire parler?
–  Pour m’empêcher de venir à notre rendez-vous de samedi dernier. Ils savent que je vais souvent en Autriche. Ils ont pensé que j’avais le ticket pour toi, que je deviendrais ta maîtresse et que je te proposerai mes services pour aller chercher Leni. J’ai déjà participé à quelques évasions…
 
Elle rit  –  un rire qui me fit penser à une hyène.

–  Ils connaissent aussi mon terrain de chasse…

J’écartai les bras, les paumes tournées vers le haut en signe d’incompréhension.

–  Nous marchions dans le parc de l’hôpital quand je t’ai invitée à dîner. Qui pouvait savoir que je devais passer te prendre à la bibliothèque ce soir là?
–  Je ne me suis pas suffisamment méfiée. Si j’étais un homme je mériterais une bonne déculottée.

Une lueur dangereuse traversa ses yeux noirs.

–  … Seulement je ne suis pas un homme. JE SUIS UNE FEMME!!!

Susanne et Andreas s’échangèrent un regard en coulisse.

– Tu as parlé de notre rendez-vous à tes collègues?
–  L’équipe de nuit prenait le café dans la salle des infirmières. Les filles ont commencé à me mettre en boîte parce que je soignais le « Français »… Pas mal le mec, tu ne trouves pas? … Moi j’peux te dire qu’il me plairait bien… Comment s’est-il comporté quand tu lui as donné son lavement?… Ça fait toujours de l’effet aux hommes quand nous leur mettons la canule dans le cul… Je parie que tu l’as branlé?… Quand tu es sortie de sa chambre, tu as changé de tablier, c’est Helga qui me l’a dit… Où c’est qu’il t’a envoyé son sperme, sur la bavette ou sur la jupe?… C’est pour quand la baise, ma p’tite Claudia?… Une bonne baise à la française… Avec des « chatouilleurs parisiens » tout autour de la verge…

Du dos de sa main droite elle fit le geste de se raser la joue.

–  La barbe de ces connes!! J’en ai eu marre de leurs vannes idiotes. Je leur ai dit oui… Ben oui… OUI… Je plais sûrement au Français puisqu’il m’a invité à souper. NA! Nous allons au restaurant ensemble samedi soir. NA! Je peux aussi vous dire qu’il m’a déjà mis la main à la culotte. NA! Ça leur a rivé leur clou.

Susanne se pencha vers elle, coupe de champagne en main.

–  C’est donc une des femmes présentes cette nuit là qui aura prévenu les nazis.

–  Je sais qui c’est. Louise Regner. Une assistante de réanimation. Kristine Niedbürh a été arrêtée, elle a donné tout son réseau au juge d’instruction.

Susanne lui a fait couler un bain. Avant dîner, je suis allé marcher seul en montagne. Le temps commençait à sérieusement se rafraîchir. A la chapelle Saint-Côme, j’ai suivi le sentier que j’avais pris pour aller aux champignons. Il n’y avait plus une seule girolle dans le bois de conifères. Par contre, les pleurotes orangés formaient de nombreux « cercles de sorcières » à la base des troncs d’arbres.

Quand je suis redescendu, j’ai vu Claudia qui venait à ma rencontre. Elle portait une chemise de bûcheron en épais lainage à carreaux rouges et noirs; un pantalon en loden serré par un large ceinturon; des bottes de travail avachies.

–  Chapeau pour la moto!!… Tu dois être la seule aide soignante en Suisse qui roule en « Cantarina ».
–  Elle était aux enchères dans une saisie des douanes. Elle a six ans et 210 000 kilomètres. J’ai fait un emprunt pour l’acheter.
–  Elle roule bien?
–  Sur du velours. J’ai refait entièrement le moteur moi-même. Je suis allée à l’usine, dans les faubourgs de Turin. Les fabricants ont été très chouettes, ils m’ont donné des plans, des indications, même des pièces. En fait c’est un petit atelier où tout le monde travaille en famille. Tous des amoureux de belle mécanique. Ils m’ont dit que je pouvais revenir quand je voulais, ils seront toujours contents de pouvoir m’aider. Ils sont heureux de savoir que les motos qu’ils ont fabriquées sont aimées et bichonnées par leurs propriétaires.
–  Tu fais des cross? Des rallies?
–  Je ne cherche plus la compétition. Mon plaisir maintenant, c’est de partir seule sur les routes… Voir du pays… Visiter des villes… Découvrir des auberges sympas… Goûter la cuisine régionale… Prendre l’apéro à la terrasse des cafés… Draguer…
–  Des hommes ou des femmes?
–  Les deux, selon mon humeur.
–  Qui es-tu quand tu dragues: le mec ou la fille?

Au lieu de répondre, elle m’a montré une pierre plate en bordure du chemin.

–  Asseyons-nous là un instant. Je crois que tu ne comprends pas très bien…
–  Sans me prendre pour une lumière, je ne pense pas être complètement idiot. Si tu m’expliques, je comprendrai peut-être.
–  Justement!!

Un scarabée doré traversait la pierre. Du bout de son doigt elle l’a retourné sur le dos. L’insecte immobilisé agitait désespérément ses pattes.

–  Justement. Il est bien là le drame… MON drame!! Ce que je voudrais, c’est que tu comprennes sans que j’ai besoin de rien t’expliquer. Que tu comprennes DE TOI-MEME. Mais ça c’est très difficile. Les hommes sont tellement infatués d’eux-mêmes!!

Elle parlait en regardant le scarabée qui se débattait sans parvenir à se remettre sur ses pattes.

–  Tu sais ce que je t’ai fait dans ta chambre d’hôpital, n’est-ce pas Victor?
–  Oui.
–  Dis le. 
–  Tu m’as donné un lavement.

Elle s’est tournée face à moi pour me regarder dans les yeux.

–  Ne chuchote pas entre tes dents, je te prie. Parle distinctement. Redis le à voix haute, que j’entende bien.
–  TU M’AS DONNÉ UN LAVEMENT.
–  Ne t’ai-je pas aussi menacé de quelque chose si tu ne laissais pas sagement lavementer comme un garçon obéissant?
–  Si.
–  De quoi t’ai-je menacé, Victor?
–  D’une fessée.
–  N’est-ce pas précisément en réponse à cette menace que tu t’es mis à bander? Ou bien l’ai-je rêvé?
–  ……………
–  Tu as perdu ta langue, Victor.
–  Tu n’as pas rêvé. Oui, j’ai effectivement bandé. Mais c’était parce que tu avais baissé mon pantalon de pyjama… Parce que je te  montrais mon cul… Parce que tu écartais ma raie poilue et tes doigts frôlaient mes couilles… Parce que tu es une très jolie femme, Claudia… Je te trouvais follement désirable dans ta blouse bleue et ton tablier blanc, coiffée de ton serre-tête… Je voulais te baiser… Là, sur le lit, blouse et tablier troussés… Te mettre ma grosse bite… Te l’enfoncer jusqu’au plus profond de ton ventre… Ton ventre de jolie femme en tablier qui frétille et écarte ses cuisses… Les écarte parce qu’elle veut jouir sous la bite… LÀ… Tu la comprends, celle-là?

Elle a éclaté de rire.

–  Trouve-toi bien des excuses pour protéger ton orgueil de mâle… Vous êtes bien tous les mêmes, les hommes!! Tu me déçois comme beaucoup d’autres avant toi m’ont déçue. Je ne t’en veux pas. Ce n’est pas ta faute si tu es incapable de me comprendre. O.K.… O.K.…

Son ricanement s’est terminé dans un profond soupir. Le buste en avant, les coudes sur ses genoux, la tête pendante, elle avait l’air accablée.

–  O.K. Je vais donc t’expliquer pourquoi je suis venue, Victor. Quand le docteur Pfaff m’a donné ton adresse, j’ai hésité. Tu me plais. Et c’est précisément parce que tu me plaisais que je craignais l’échec. Mais d’un autre côté celui qui ne tente rien n’obtiendra jamais rien, pas vrai? Alors je suis venue. Pour te faire une proposition.
–  Dis.
–  Je peux t’aider à faire passer ta fiancée en Suisse.
–  M’aider comment?
–  D’abord en prenant contact avec elle. La frontière est surveillée, mais elle n’est pas fermée. Je peux aller en Autriche avec mon passeport. J’y vais d’ailleurs assez souvent. Les douaniers et les gardes-frontière me connaissent. Je peux remettre une lettre à Leni. Lui transmettre tes instructions. Le jour convenu, je la prendrai sur ma moto et je l’amènerai jusqu’à un point de passage où tu l’attendras.
–  Quel point?
–  Nous l’étudierons ensemble. La frontière est longue et la montagne est vaste. Ça ne sera pas difficile de trouver un point de ralliement.
–  Tu me remettrais Leni en Autriche ou en Suisse?
–  En Autriche, bien évidemment!! Même si la « Cantarina » était une moto de cross  –  ce qu’elle n’est pas  –  elle ne pourrait ni escalader les rochers ni dévaler les glaciers. Je pourrais conduire Leni de Imstersee à la frontière. Je rentre ensuite par la route, toute seule. Je passe normalement le contrôle, personne n’a aucune raison de me soupçonner. À partir de là, ça sera à toi de jouer.
–  Sur la frontière, dis-tu ?
–  En tout cas tout près. Vous n’auriez plus qu’à traverser.
–  Pourquoi ferais-tu ça pour moi?
–  Pour un prix.
–  Combien?
–  Cinquante.

J’ai cru qu’elle se fichait de moi.

–  Cinquante francs suisses!! Ça couvrira à peine ton essence. Qu’est-ce que c’est que cette histoire?  Quelle couleuvre essaies-tu de me faire avaler?
–  Qui te parle de francs…
–  Alors cinquante quoi?
–  Coups de fouet.
–  HEIN??
–  Tu as très bien entendu.
–  Qu’est-ce qui te prend? Tu déraisonnes ou quoi…
–  Pas plus que toi quand tu joues les caïds en essayant de m’impressionner.
–  Et c’est pour me dire ça que tu es venue à l’auberge?
–  Tout à fait.
–  Cinquante coups de fouet?
–  Pas un de plus, pas un de moins.
–  Elle t’est venue quand cette idée?
–  Quand j’ai appris pourquoi on m’avait enlevée. Tu ne trouveras personne pour faire passer ta Leni, entre toi bien ça dans le crâne. Absolument personne. Ni dans le canton de Saint-Gall, ni dans celui d’Appenzell, ni dans celui des Grisons. Quel que soit le prix que tu payes, ils refuseront tous. Parce que les nazis t’ont mis à l’index. Celui qui travaillerait pour toi verrait ses vaches crever, sa ferme incendiée, sa femme violée ou tuée. Les hitlériens règnent par la terreur, tu le sais bien. Tu es totalement isolé et impuissant ici, Victor. Je suis venue te proposer ce marché, en fin de compte pas plus malhonnête qu’un autre. Á prendre ou à laisser.
–  La main me démange… Me démange…!!!
–  Je le sais. Simplement je la laisserais me démanger si j’étais toi.
–  Pourquoi, je te prie?
–  Pour deux raisons. La première: je suis ceinture noire. Avant même que tu ais levé le bras pour me battre, je t’aurai cassé le poignet, le coude et démis l’omoplate. La deuxième: les nazis ne savent pas où est Leni. Moi je le sais.
–  Du chantage maintenant?
–  La fin justifie les moyens.
–  Tu es une belle garce, Claudia.
–  Tu n’es pas le premier à me le dire.

Elle a posé son pouce sur le scarabée renversé et l’a écrasé.

–  C’est quand tu m’as donné mon lavement que cette envie t’a prise?
–  Oui… Oh oui!!… Tu es macho, arrogant, imbu de ta stupide supériorité de mâle… J’ai tout de suite eu envie de te dominer. Rien qu’en te voyant. Ton corps. Ton physique. Tes épaules. Ta belle petite gueule de maque. Au pied!! Couché!! Au pied et le fouet. C’est ça que je veux te donner. Le fouet. C’est ça qui dégonflera ton ego bouffi de mec à la redresse. LE FOUET. Tout nu. Á poil. Et sais-tu ce que je ferais, Victor, après t’avoir administré cinquante coups de fouet sur ton cul, sur tes reins, sur tes cuisses? Non, tu ne le sais pas? Eh bien je vais te le dire, mon petit Victor… Je mettrai une ceinture autour de ma taille. Un grosse ceinture de cuir, large de huit centimètres, que l’on boucle derrière le dos, au creux des reins. Pourquoi la boucle-t-on par derrière, cette ceinture? As-tu une idée, Victor? Non? Oh, allez… Un peu d’imagination, voyons!! Quelle ignorance de la part d’un homme qui a vu tant de choses, qui a voyagé dans tellement de pays… Cette ceinture se boucle par derrière parce qu’elle est équipé sur le devant par un objet assez volumineux. Quelque chose qui ressemble énormément à un pénis. Oui, un pénis en pleine érection. Une bite qui bande dur… D’autant plus dur qu’elle en buis poli!!! Et qui la portera cette grosse bite bien dure? C’est Claudia. La petite aide soignante du service de gastro-entéro. Quand le beau Victor aura été fouetté comme il mérite de l’être, c'est-à-dire sans faiblesse ni rémission  par sa dominatrice sévère, Claudia lui fera porter un tablier. Un coquet tablier de femme en cretonne à fleurs. La bavette ornée de bouillons. La jupe évasée cerclée d’un grand volant froncé. Le nœud sur les reins ressemblant aux ailes d’un énorme papillon. Victor… Victor FOUETTÉ recevra l’ordre de se courber en avant, la bavette du tablier à plat sur la table. Sa dominatrice sévère viendra se positionner derrière lui. Sa dominatrice QUI BANDE lui écartera la raie du cul. Et elle L’ENCULERA AU GODEMICHÉ en grattant les marques du fouet avec ses ongles.

Ella a essuyé son pouce sur une plaque de mousse.
En bas de la pente tapissée d’herbes folles, constellée de boutons d’or et de gentianes bleues, l’auberge avait l’air d’une maison de poupée. Sur la terrasse, Susanne nous adressait de grands signes pour nous avertir que le dîner était prêt.

Claudia commença à descendre le sentier escarpé. Au bout de quelques pas, elle tourna la tête pour me dire par-dessus son épaule :

–  Viens me donner ta réponse ce soir, dans ma chambre.

Je me suis levé à mon tour.

Sur la pierre, il ne restait que des débris de carapace mordorée et quelques pattes engluées dans une bouillie jaunâtre.

 

.../... à suivre


Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
Retour à l'accueil
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés