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  • : Ce blog est consacré au fétichisme des tabliers de cuisine de femme, des blouses de femme et des torchons de cuisine. Il s'adresse aux adultes seulement, ayant atteint l'âge de la majorité légale dans le pays. Et tenez les enfants à l'écart, bien sûr.
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Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 09:12

Un texte qui m'a été donné par mon ami Molenbeek, dont vous connaissez déjà le talent, et que je publie par épisodes.


Tout un mur du « Café Kiosk » était décoré par une haute et longue fresque représentant les vendanges à Oberstammheim, un village pittoresque du Zürcher Weinland   -–  la région viticole au nord de Zürich où les vignes sont essentiellement plantées en Muller-thurgau, un croisement de riesling et de sylvaner qui donne un sympathique petit vin de pays à la robe jaune paille, frais, léger, à consommer jeune. Sans qu’aucune scène sur cette fresque ne soit ouvertement licencieuse, l’artiste a joué sur le registre d’un subtil et charmant libertinage, l’érotisme s’exprimant constamment, mais au second degré. Vendangeurs et vendangeuses portent des costumes régionaux du XIXème siècle. Juché sur la colline, un manoir à pignons et tourelles surplombe le vignoble. Beaucoup d’hommes sont en tabliers blancs ou bleus. Ils portent sur leur dos de lourdes hottes débordant de grappes dorées. Les femmes portent des tabliers de couleur vive. On peut cependant en remarquer quelques unes qui ont noué un grand tablier bleu, en grosse toile résistante, par-dessus leur tablier brodé, jaune, vert ou rouge, fait d’une étoffe plus fine, plus fragile, percale mate ou satin brillant, leurs longs rubans de couleur descendant sur la croupe et même plus bas, le long des cuisses, à l’inverse des cordons du tablier bleu qui sont, eux, ramenés par devant et noués sur le ventre. Pour évoluer plus aisément entre les rangs, certaines vendangeuses se sont retroussé les cottes, retenant jupe et jupons relevés au dessus des genoux par des pinces. La plupart ont des sabots aux pieds, quatre ou cinq sont pieds nus. Les décolletés sont généreux, plongeant parfois jusqu’à la moitié des seins. L’érotisme transpire à travers des baisers furtifs échangés au détour d’une allée… Des sourires coquins… Une main baladeuse… Le rire trop appuyé d’une plantureuse blonde en dirndl qu’un athlétique vendangeur saisit par la taille et attire contre son poitrail en barrique… Des pieds qui dépassent de derrière une vigne, masculins au dessus, les orteils tournés vers le bas, féminins en dessous, orteils en l’air… Le dessin comme le coup de pinceau, sûrs et précis, rendaient cette représentation très suggestive et vivante. La fresque était signée P. Necker.


Sepp  –  un grand et beau gaillard, chasseur de chamois, contrebandier et moniteur de ski pendant la saison  –  buvait une bière au comptoir. Il avait naturellement entendu parler du « Français amoureux »  –  comme presque tout le monde à Rappenhof.
Il broya mes phalanges dans une poignée de main que n’aurait pas désavouée un catcheur professionnel. Il confirma les dires du facteur. Oui, on passe encore. Mais sans doute plus pour longtemps. Le nouveau régime est en train de réactiver les forts autrichiens. Sur l’autre versant, l’Organisation Todd, réputée pour son efficacité, a déjà  posé les rails et remis en service le train à crémaillère qui va monter du matériel et des armes lourdes sur les sommets. Des centaines d’ouvriers sont employés sur ce gigantesque chantier : Italiens, Tchèques, Serbes, Croates… Bulgares, Moldaves, Slovènes, Monténégrins. C’est une vraie Tour de Babel là bas.


A mesure que j’écoutais le récit du grand Sepp, mon cerveau fonctionnait à vive allure. En effet, cette Tour de Babel pourrait éventuellement servir mon plan…


–  Parmi ces ouvriers étrangers, il y a des femmes?
–  Oui. Elles sont moins nombreuses que les hommes. Cependant on en voit un peu partout sur les pentes. Dans le camp elles sont cuisinières, femmes de service, magasinières. Mais même sur les chantiers forestiers il y en a. Les Monténégrines accompagnent leurs maris et les aident à bûcheronner. J’ai vu une Tchèque conduire un engin grumier.


–  Vous pourriez m’emmener là bas?


Il se tut. Le barman nous écoutait tout en rinçant ses verres. Sepp lui tendit sa chope.


–  Remets m’en une, Freddy… Et tires-en aussi une pour monsieur.


Il aspira une profonde goulée d’air, gonfla sa poitrine, étira ses immenses bras.


–  Quelle splendide soirée!! Il faut profiter des derniers beaux jours de l’année… Que diriez-vous si nous allions boire notre bière dehors, confortablement installés sous une tonnelle à admirer le coucher du soleil sur les montagnes?


Je compris son désir de discrétion.


–  Bien sûr… Et vous, meinherr, que diriez-vous, pour accompagner nos bockbiers, d’un assortiment de ces excellentes saucisses grillées qui sont la spécialité du « Kiosk »?


Dans le biergarten, situé derrière la taverne, les consommations étaient apportées par une serveuse en dirndl. Une petite rivière bordait un côté de la guinguette, jalonnée par des pontons pour pêcheurs à la ligne, loués à l’heure, à la demi-journée où à la journée. Sur la douzaine de tables, seulement trois étaient occupées. Deux par des couples d’amoureux. La troisième par six militaires en goguette qui, à en juger par les « cadavres » couchés à leurs pieds, avaient déjà vidé pas mal de bouteilles. Au dessus de nos têtes, une famille de merles se chamaillait dans les feuillages de la tonnelle.
Je piquai un weisswurst du bout de ma fourchette, le trempai dans la coupelle remplie de moutarde bavaroise sucrée.


–  Mmmmm… Fameuses vos saucisses!!! On se croirait à Munich, dans un biergarten des bords de l’Isar.
–  Vous connaissez Munich?
–  Un peu. Une ville magnifique, très attachante. La Pinacothèque; le Jardin Anglais; le palais des rois de Bavière; le mausolée des Martyrs du 9 Novembre; les marchés de Noël autour de la Marienplatz; le musée de l’automobile; les gigantesques halls à bière de la Hofbräuhaus et de Paulaner…

 
De la buée ruisselait sur les parois de nos chopes froides. Sepp y trempa son index, dessina quelques figures géométriques sur la table.


–  Êtes-vous allé prendre un pot au Bürgerbräukeller? demanda-t-il sans me regarder.


J’étais prêt pour une question de ce genre. Je gonflai ma lèvre inférieure et la fit avancer en une moue presque lubrique; alors qu’au contraire je tenais la lèvre du dessus plaquée contre mes dents, comme un chien qui s’apprête à mordre.


–  Bien sûr!!! C’est un lieu historique qu’il est impossible d’ignorer. Personne ne visite Munich sans aller boire au moins un stein (une chope) au Bürgerbräukeller.


C’est dans cette brasserie que, dans la soirée du 8 novembre 1923, Hitler tenta un putsch qui échoua. Pendant toute la journée du lendemain  –  le 9  –  de violents affrontements opposèrent les forces de police aux chemises brunes, faisant seize morts dans les rangs des nazis. Une fois au pouvoir, Hitler décréta que le 9 novembre serait une « journée de deuil national ». Il fit exhumer en grande pompe les « Seize Glorieux Martyrs du National Socialisme » et présida, avec les anciens du putsch et une garde d’honneur S.S., à leur réinhumation dans un grandiose mausolée, baptisé Temple de l’Honneur du Reich, situé sur la Königsplatz.
J’ai levé ma chope à hauteur de mes yeux  –  mes yeux plantés droit dans les siens.


–  Prosit.


Le contrebandier a attendu une bonne minute avant de lever la sienne. Il finit quand même par me sourire en trinquant. Un sourire qui me laissa une drôle d’impression. Peut-être, justement, parce que je ne parvenais pas à le décoder.


–  J’entends dire que vous voudriez faire sortir une femme d’Autriche?
–  C’est exact. Ma fiancée. Pouvez-vous me faire franchir la frontière. Ni vu ni connu?
–  C’est toujours faisable. Sachant quand même qu’on prend des risques.
–  A combien évaluez-vous ces risques?
–  Aller et retour?
–  Oui. Aller pour moi seul. Retour avec la personne que je vais chercher en Autriche.
–  Elle habite près de la frontière?
–  Non, pas du tout… Je vais la chercher à Vienne.


Mon mensonge le fit sursauter.


–  Vienne?… Mais c’est à l’autre bout du pays!!!
–  Pour vous ça ne change rien. Vous me faites traverser, c’est tout. Une fois en Autriche, je me rendrais à Vienne par mes propres moyens.
–  Et le retour?
–  Même chose. Nous conviendrons du jour et du lieu de rendez-vous. Vous nous ramènerez en Suisse et vous toucherez votre argent.
–  Ça me fait faire deux voyage au lieu d’un.
–  Fixez vous-même votre prix.
–  Trois mille. Moitié maintenant, si vous êtes d’accord. Le solde quand je vous aurai ramenés tous les deux.


C’était cher mais correct. M’étant informé à la ronde, j’avais appris qu’un passage clandestin de la frontière coûtait entre 600 et 800 francs suisses. Pour deux aller et retour, mon passeur était dans les normes.
Je n’avais pas une somme aussi importante sur moi. Sepp haussa négligemment les épaules.


–  Aucun problème. Je préfère que vous ne me donniez pas l’argent ici. J’ai une boîte postale au bureau de poste principal, sur  Altengosserstrasse… Mettez les billets dans une enveloppe cachetée et déposez la dans ma boîte. Dès que je l’ai, je vous fixe la date du passage.


Quand nous avons quitté le biergarten, l’un des six soldats suisses était plié en deux sur un ponton de pêcheur, en train de vomir tripes et boyaux dans la rivière. Les autres s’en allaient en titubant, soutenant sur leurs épaules un camarade ivre mort dont les bottes traînaient par terre, traçant deux sillons dans l’allée gravillonnée.


J’ai retiré de l’argent à la banque, glissé trois billets de 500 dans une épaisse et opaque enveloppe en papier kraft. J’ai écrit dessus HERR AUERBACH et je suis allé la déposer dans la boîte postale de Sepp. Fidèle à sa parole, mon guide m’a téléphoné le jour même. Le lendemain il ne pouvait pas. Rendez-vous fut donc pris pour le surlendemain  –  un jeudi.


Départ au lever du jour. Sepp passerait me prendre à l’auberge et nous monterions aux forts par l’ancien tracé de la voie à crémaillère. Une fois là haut, nous devions traverser la frontière une vingtaine de kilomètres au sud du lac de Constance, passant par deux bastions qu’il appelait les 42 et 65 de Leuchen.   
Plus j’y réfléchissais, plus mon plan me paraissait bon. Côté autrichien, fondus dans cette cohorte d’ouvriers de toutes les nationalités, nous avions de bonnes chances de passer inaperçus. Au cas ou on m’interrogerait, je me ferais passer pour un bûcheron italien stupide et illettré. Cela enchanterait les Allemands qui adorent se sentir supérieurs. Et Leni, dans sa tenue de vachère qu’elle m’avait décrite, sale et puante dans son grand tablier rapiécé, ferait une parfaite paysanne croate ou monténégrine.
En cette période de l’année, le jour se levait vers six heures et demi du matin.


Il y a, comme ça, d’étranges coïncidences … Comme des « signes » du destin, incompréhensibles pour notre connaissance limitée d’humains, mais qui n’en ont pas moins d’influence sur nos comportements et nos vies.
Le coucou suisse qui ornait un mur de la salle d’auberge marquait six heures du soir quand entra un homme d’environ vingt-cinq ans, en état d’ébriété avancé. Il s’appuyait aux dossiers des chaises pour ne pas s’écrouler, titubait entre les tables. Son regard était fixe et vitreux. Bouche ouverte, langue pendante, il articulait péniblement, d’une voix pâteuse:


–  Kkkkrissss – tine!!… Kkkkrissss – tine!!!


L’aubergiste et sa femme se regardèrent.
L’ivrogne beugla:


–  Che gommande… Gommande… Che gommande une tournée générale à la santé de Kkkkrissss – tine!!!


Il faillit s’étaler, se raccrocha juste à temps au rebord d’une table.


–  Cognac!!!… Kkkkrissss – tine!!!


Frau Ehinger vint le prendre par le bras. Elle lui parlait doucement, comme à un enfant.


–  Viens, Gaspar… Tu as besoin de te reposer.


–  Rrrr’poser… Moi?… COGNAC!!!… KKKKRISSSSS – TINE!!!!


Le ton de Susanne Ehringer se durcit.


–  Viens avec moi, Gaspar. Tu viens avec moi tout de suite. Sinon ça va mal aller.


Elle lui appliqua une claque ferme sur le fond du pantalon.


–  Tu veux que je te déculotte, dis? Te déculotte ici, en pleine salle? Et que je te donne la fessée devant tout le monde? Vilain garçon!! C’est ça que tu cherches? UNE FESSÉE EN PUBLIC??


Cette menace calma instantanément le poivrot. Il coula vers frau Ehinger un regard larmoyant, chargé d’une tendresse quasi amoureuse. Sa braguette gonfla. Il se laissa emmener vers la porte du fond, conduisant à l’appartement des aubergistes.


Le soir, au dîner, la convivialité habituelle était absente. Toute la famille Ehringer me sembla gênée. Frau Ehringer posa la soupière sur le dessous de plat à musique. La mécanique joua les notes de Ach! du lieber Augustin. Ils baissaient tous le nez dans leurs assiettes. Le repas s’écoula dans un silence lourd. Je remarquai que les enfants des aubergistes, principalement les ainés, m’observaient à la dérobée. Dès la fin du dessert, leur mère les envoya dans leurs chambres, réviser leurs examens. Ils n’étaient dans leur famille que pour quelques jours. Dimanche soir, ils allaient regagner le lycée de Zürich où ils étaient pensionnaires.


–  Andreas.
–  … ma chérie?
–  Nous devons absolument prévenir monsieur Blandt.
–  Je le sais.
–  Alors pourquoi attendre? Faisons le tout de suite.
–  Tu as raison.
–  La relation qu’entretient Kristine Niedbürh avec Sepp Auerbach. Il est de notre devoir de mettre monsieur Blandt au courant.
–  Apportes-nous un bon café, veux-tu, Susanne?
–  Je le fais tout de suite.


L’aubergiste ouvrit un coffret en bois odorant.


–  Un cigare?


Je m’en tiens habituellement à mes Gauloises « caporal  »… Autant j’aime le tabac gris, autant je me méfie de ces cigares allemands ou hollandais, roulés avec du Sumatra à goût de réglisse fermentée. Ne voulant pas désobliger herr Ehinger, je pris un cigare dans sa boîte. Il m’a présenté le couperet annulaire pour en sectionner l’extrémité. Nous les avons sucés ensemble. Nous avons enfoncé d’un même mouvement la tige de bois  –  une allumette taillée  –  formant conduit de cheminée. Sa femme est revenue de la cuisine avec la cafetière et les tasses sur un plateau. Elle avait ôté sa blouse et changé de tablier. Celui qu’elle portait maintenant, par-dessus sa robe, était un tablier taille en imprimé fantaisie, représentant des fraises, des groseilles et des cerises sur un fond beige foncé.


–  Tu lui as dit?


Il sourit, regardant son cigare.


–  Tu vas vite en besogne …
–  Le plus tôt sera le mieux, ne crois-tu pas, Andreas?
–  Sepp Auerbach… Le guide qui doit vous faire passer la frontière.


Il me tendit la flamme de son briquet d’amadou. J’y promenai mon cigare pour le chauffer avant de l’allumer.


–  On aurait jamais pensé qu’il virerait comme ça, n’est-ce pas, Susanne?
–  Ah ça… Certainement pas!! On en fait des gorges chaudes dans tous les villages de la vallée.
–  Un skieur de haut niveau. A failli entrer dans l’équipe nationale suisse. S’est dégonflé au moment des épreuves de saut, alors qu’il était tout à fait capable de les passer. Son instituteur dit que, déjà dans les petites classes, il manquait de confiance en lui. Sepp est aussi un excellent guide de haute montagne, retenu longtemps à l’avance par les alpinistes anglais qui reviennent tous les ans. Et puis il est devenu l’amant…
–  Le gigolo, corrigea Susanne Ehringer.


Son mari esquissa un geste de découragement.


–  Gigolo si tu veux… Tu as en partie raison, puisque Sepp a vingt-huit ans et Kristine bientôt soixante. Je t’arrêtes toutefois sur un point. Un gigolo est un homme qui vit de ses relations avec des femmes plus âgées que lui, les exploitant et leur soutirant de l’argent. Ce n’est absolument pas le cas de Sepp Auerbach. D’une part il est réellement, sincèrement amoureux de Kristine. D’autre part il gagne très bien sa vie et ne dépend pas d’elle.
–  Sauf pour les fessées et les lavements.


Elle me demanda si je voulais du sucre dans mon café.


–  Voilà, on y est en plein, soupira l’aubergiste.
–  Achenhof, Leuben, Au… Brosse lui au moins un tableau d’ensemble. Sinon monsieur Blandt ne pourra rien comprendre à la situation. Tout cela a des racines tellement profondes.


L’aubergiste approuva son épouse par une série de hochements de tête saccadés, le faisant ressembler à une marionnette articulée.


–  C’est sûr, il faut remonter quarante ans, cinquante ans en arrière… Tout cette région où nous sommes était alors le fief de la RWF… « Riswald Waldecksche Forstverwaltung » … « Société d’Exploitation Forestière du Riswald »… C’était une entreprise familiale, dirigée depuis plusieurs générations… certains disent depuis les guerres napoléoniennes… par la famille Niedbürh. Ils étaient les rois ici. Ou plutôt les empereurs. Rien ne se faisait sans l’accord des Niedbürh. Les maires étaient élus par eux. Les gendarmes et les gardes-barrière aussi. Les torrents descendant de la montagne: aux archives du canton, à Saint-Gall, on a des minutes de procès montrant que des ouvriers ont été condamnés au fouet et au pilori pour avoir pêché des truites dans ces ruisseaux. Chasse gardée, propriété des Niedbürh. Ces villages dont vient de vous parler Susanne… Achenhof, Leuben, Au… Ils appartenaient tous à la RWF… Les ouvriers étaient logés dans des maisons de la RWF… Ils étaient payés en bons d’achats uniquement valables dans les coopératives de la RWF… En cas d’accident ou de maladie, ils étaient soignés par un médecin s’appelant Niedbürh, ou marié à une Niedbürh, qui s’arrangeait toujours pour que ce soit la faute de l’ouvrier, et jamais de la compagnie. Encore aujourd’hui, sur la place de Leuben vous pouvez voir une statue en bronze de Gustav-Adolf Niedbürh, l’ancêtre, le fondateur de l’empire industriel. Ils avaient des scieries, des fabriques de meubles, des distilleries d’alcool, des carrières d’ardoise, un chantier naval sur le lac de Constance, une flottille de péniches sur le Rhin. Au château des Niedbürh, à Langstadt, encore en 1900 les domestiques des deux sexes étaient soumis à des châtiments corporels.
–  Maria Boehm, lança Susanne.
–  Entre autres… Elle était servante ici quand nous avons acheté l’auberge. Elle est morte l’an dernier, à quatre-vingt onze ans.
–  Quatre-vingt douze, corrigea sa femme.
–  Elle était entrée à quinze ans au château, comme fille de cuisine. Elle nous a raconté comment se déroulaient les punitions, souvent pour des fautes minimes. Une fois la vieille frau Niedbürh, la mère douairière, lui a fait administrer les verges parce qu’elle avait trouvé une marque de doigt sur son verre en cristal de Bohème. Une autre fois Maria a été fouettée jusqu’au sang, hissée sur les épaules d’un valet de pied, pour avoir mal répondu à la cuisinière. Puis c’était au tour de la cuisinière de recevoir le fouet quand elle avait raté une sauce ou servi une viande trop cuite. C’est dans ce contexte de toute puissance oligarchique…

 

L’aubergiste suça son cigare. Il m’adressa un clin d’œil amusé.


–  Avant de prendre cet hôtel avec ma femme, je préparais une licence de philo à l’université de Saint-Gall. Vous voyez, la philo mène à tout… Eh oui, c’est dans ce terrible contexte de toute puissance oligarchique qu’a grandi Kristine. Elle déraille complètement, je suis bien d’accord. Simplement je ne pense pas que ce soit tout à fait sa faute.
–  Pas sa faute…


Susanne Ehringer se dressa, le regard mauvais, la bouche de travers. Des deux mains elle lissait rageusement son tablier par-dessus sa robe.


–  Quand elle a fait attacher Louis Dross à un arbre et l’a fouetté au fouet de charretier, ce n’était pas sa faute?… Quand elle posait des pièges à loups et riait aux éclats quand un braconnier avait son pied broyé, pas sa faute ?… Quand elle a donné le choix au petit Jürgen Timermann, coupable d’avoir volé des pommes dans son verger, entre la prison et lui servir de bonne pendant six mois, vêtu d’un blouse de femme et d’un tablier à bavette, pas sa faute?
–  Bon, elle a ce vice là. Personne ne cherche à le nier.
–  Les « Cheftaines Hitlériennes »…
–  La polémique est inutile. Je suis entièrement d’accord avec toi, Susanne. Nous savons tous que la mère Niedbürh a un sérieux grain. Admiratrice des nazis, elle essaye de recruter des jeunes filles suisses pour les embrigader dans ses « Cheftaines Hitlériennes ». Pour l’instant elle n’a que deux recrues.
–  Elle a surtout Sepp Auerbach, dont elle a fait sa soubrette.
–  C’est ahurissant quand on voit le physique du gars. Il semble incarner le mâle montagnard à 100%, n’est-ce pas? Cependant elle est parvenue à l’asservir. Il est amoureux fou d’elle. Kristine l’a complètement converti à la domination féminine. Il se roule à ses pieds comme un toutou.


Je les regardai tous les deux, à tour de rôle.


–  Il ne le fait pas par intérêt?


L’aubergiste fit « non » de la tête.


–  Absolument pas. Entre ses clients alpinistes, ses compétitions de ski, ses expéditions de contrebande, son rôle de passeur  –  avant que le réseau juif n’ait pris ses distances  –  Sepp gagne plus que largement sa vie. Comme il ne déclare pas le quart de ses revenus, alors que moi, avec mon hôtel je ne peut rien faire passer à l’as, je suis persuadé qu’en fin d’année c’est lui le gagnant. Non, Kristine ne lui donne pas d’argent.


Susanne ricana:


–  Elle lui donne des lavements. Et pan-pan cu-cul quand il n’a pas été sage. En blouse et tablier sur une chaise de cuisine. Il adore ça. C’est en le dominant qu’elle assure son emprise sur lui. Maintenant parle de Gaspar Hettisch à monsieur Blandt.
–  Gaspar, oui…


Andreas Ehringer secoua la cendre de son cigare dans sa tasse de café vide.
Sa femme lui enleva la tasse des mains. Les lèvres pincées, elle plaça le cendrier à côté de lui.


–  Là, évidemment… La situation n’est plus du tout la même. Sans être à proprement parler efféminé, le fils Hettisch n’a jamais fait preuve de qualités particulièrement viriles. A l’école il était mauvais en sport et en gymnastique… Il partait des journées entières dans la montagne, pour dessiner et peindre…  Il a écrit une pièce de théâtre qui a été jouée lors de la distribution des prix … Il a été objecteur de conscience au moment de son service militaire… C’est un artiste, un poète. Kristine Niedbürh ne s’y est pas trompée. Elle l’a pris sous son aile  –  je devrais dire sous sa coupe  –  et en a fait sa chose.


Susanne approuva.


–  Sa chose, son objet, son joujou. Elle a mis le grappin sur lui quand il avait seize ans. Et elle cinquante-deux. Ils ne pouvaient pas vivre ensemble, Kristine aurait été accusée de détournement de mineur. Dès que Gaspar a atteint sa majorité, il a pu entrer officiellement dans le lit de la mère Niedbürh. Leur liaison a duré un peu plus de quatre ans. Ça a fait un scandale énorme. L’évêque de Constance s’en est mêlé. Puis elle s’est lassée de son mignon, cherchant toujours de nouvelles expériences, de nouveaux frissons.
Elle se pencha vers moi, les doigts croisés dans ses mains serrées.


–  Cet après-midi, vous avez vu …
–  Le jeune homme ivre que vous avez conduit dans vos appartements… C’était lui, Gaspar Hettisch?
–  Oui, c’était Gaspar.
–  Vingt noms!!… Il tenait une sacrée biture!!!
–  C’est pour ça que je l’ai amené dans ma chambre. Je lui ai baissé son pantalon, je l’ai pris en travers de mes genoux et je lui ai mis une magistrale fessée. Il a essayé de me faire des avances sexuelles. Je n’ai guère eu de mal à les repousser. Il ne tenait pas debout et son zizi non plus. Je l’ai laissé sur le lit à cuver son alcool. Je suis allée chercher le fouet à l’écurie. Cette fois je l’ai mis tout nu et je lui ai fait avouer la vérité.


L’aubergiste se concentrait sur son cigare. Il évitait délibérément mon regard.
–  Andreas.
–  Oui, Susanne ?
–  Tu étais là quand j’ai fouetté Gaspar.
–  J’étais là.
–  Tu as entendu ses aveux.
–  J’ai entendu.
–  Alors n’essaye pas  –  selon ta détestable habitude  –  de prendre la tangente et te défiler une fois de plus. Parle. Maintenant. Tout de suite.
–  Gaspar…
–  Vas y, Andreas. Montre que tu es un homme. Un Suisse. Un ami de la France. Fais lui voir que ces guignols de nazis ne nous font pas peur.
–  Gaspar Hettisch en voulait à mort à Kristine de l’avoir congédié et remplacé par le grand Sepp. Bourré comme il l’était, il a suffi de quelques coups de fouet bien appliqués pour lui délier la langue.


L’aubergiste paraissait accablé. Le buste incliné en avant, ses mains croisées sur ses genoux, il regardait ses pieds. La fumée de son cigare montait en une haute colonne, parfois droite et régulière, parfois brouillée et diluée dans l’atmosphère enfumée de la salle.


–  Monsieur Blandt.
–  Oui?
–  N’allez pas en Autriche avec Sepp.


Je ne puis dissimuler ma réaction de surprise.


–  Mais… Nous avons conclu le marché ensemble. Je lui ai payé la moitié du passage.
–  N’y allez pas, monsieur.


L’aubergiste se leva. Il se mit à marcher de long en large, ses mains croisées derrière son dos, son cigare au bec, le dos voûté, ses longs cheveux grisonnants pendouillant dans son cou décharné. Il me faisait penser à un vieux héron malade.
Il regarda les tasses de café vides. Il voulait une bouteille. De ce qu’ils appellent là bas « cognac »: schnaps; genièvre; absinthe. N’importe quoi d’alcoolisé. Et par conséquent anesthésiant. N’en ayant pas à portée de la main, il sortit, le buste rejeté en arrière, raide comme un sergent major à la parade.
Sa femme s’assit en face de moi.


–  Encore un peu de café?
–  Volontiers.


Je lui tendis ma tasse.


–  C’est ça qu’il faut bien comprendre, monsieur. Ici, en Suisse Alémanique, la montée en puissance du parti National Socialiste a eu un retentissement beaucoup plus grand qu’au Welschland (la Suisse romande francophone). Dans les régions frontalières comme la nôtre, les esprits étaient chauffés à blanc. Des haines tenaces ont opposé les partisans d’Hitler aux anti-nazis. Au sein d’une même famille, des gens en sont arrivés à ne plus se parler. Surtout dans les villages de montagne où les rivalités sont souvent violentes. Kristine était connue pour avoir des comportements fantasques. Elle a toujours aimé les armes, les bottes, le cuir, les fouets. Elle a voulu prendre la tête du parti nazi dans le canton de Saint-Gall. Hitler est devenu son dieu, elle a accroché son portrait au dessus de son lit. Elle se faisait tailler des costumes qui ressemblaient aux uniformes des nazis. Un jour elle est même sortie dans la rue avec un brassard à croix gammée à son bras. La police le lui a fait retirer. Ça a été un beau tollé.


Frau Ehringer soupira. Elle écarta ses mains en un geste fataliste.


– Toutes ces démonstrations de force, ces parades, ces musiques militaires, ces bruits de bottes ont de profondes résonances en elle. Ça lui rappelle sans doute son enfance, quand le seul nom de Niedbürh faisait trembler les populations entre l’Appenzell et le lac de Constance. Si Kristine était Allemande, je suis certaine qu’elle aurait couru s’engager dans la Waffen SS. Par amour pour elle, Sepp est devenu sa bonniche, sa maîtresse, son larbin, son toutou. Et quand j’emploie le mot « maîtresse » plutôt qu’ « amant », je sais ce que je dis: c’est elle l’homme et lui la femme. A la maison, Sepp fait le ménage en blouse de femme et tablier à volants pendant que « son mari » lit le journal en fumant un havane. Et s’il reste de la poussière sous les meubles ou des toiles d’araignée au plafond, elle le corrige comme un gamin de dix ans. Ou plus précisément comme une « gamine » de dix ans. Après la fessée il va se mettre au coin les mains croisées sur la tête, sa blouse épinglée au milieu du dos, les pans du tablier écartés de chaque côté, sa culotte rose de femme enroulée autour des chevilles, exhibant ses globes châtiés au pourpre foncé. La vérité, c’est que Sepp n’a aucune volonté. C’est toujours le dernier à parler qui a raison. Kristine déteste bien évidemment la France et les Français. Elle a son réseau d’informateurs. Elle a fait sa petite enquête. Quand elle a su ce que vous êtes venu faire dans nos montagnes, elle a ordonné à Sepp de vous faire passer la frontière. Puis, une fois en Autriche, il a pour mission de vous livrer à la Gestapo.


–  C’est donc ça que Gaspard a avoué quand vous l’avez fouetté?
–  Oui. Kristine Niedbürh voulait être sûre que vous ne reviendriez pas de cette expédition.
–  Pourquoi me hait-elle à ce point  Je ne lui ai jamais rien fait… Je ne la connais même pas.
–  Elle sait très bien qui vous êtes. D’abord un journaliste de gauche, opposé au nazisme. Ensuite ce qu’elle appelle « un cochon de Français ». Si elle pouvait vous envoyer dans les mines de sel de Silésie, elle le ferait.
–  Merci, frau Ehringer… Votre intervention me sauve probablement la vie.
–  Appelez-moi donc Susanne …
–  Un très grand merci à vous, Susanne.
–  Savez-vous ce qui me ferait plaisir?
–  Dites.
–  Des croissants… Ces croissants chauds que vous allez acheter le dimanche matin à Paris… Sortant du four… Dans ces boulangeries autour des halles… Rue… Rue…
–  Rue Montorgueil. À la pâtisserie Stoher.
–  C’est ça!!!
–  Vous connaissez Paris?
–  J’y suis allée une première fois avec ma classe, l’année de mon brevet. Puis ça a été notre voyage de noces, quand j’ai épousé Andreas. Nous étions descendus à l’hôtel Victoria, cité Bergère.
–  Dans le 9ème.
–  Exactement. Les Grands Boulevards… L’Opéra… La gare Saint-Lazare… Nous avons vu une pièce de Feydeau aux Bouffes Parisiens. Elle s’appelait Occupe-toi d’Amélie.  
–  Si mes souvenirs sont bons, il y a une fessée dans cette pièce.
–  Tout à fait. Je ne me souviens plus exactement de l’histoire, il y a tellement de coups de théâtre et de rebondissements dans les vaudevilles de Feydea … Mais je revois parfaitement la fessée que reçoit Amélie pendant sa nuit de noces.
–  M’autorisez-vous à être indiscret, Susanne?


Son visage rosit. Ses lèvres s’ourlèrent en un sourire mutin.


–  Les héroïnes de Feydeau adorent les indiscrétions, vous le savez bien …
–  Aimez-vous la fessée?


Elle baissa les yeux.


–  Oui!!
–  Donneuse ou réceptrice?
–  Les deux.
–  Si j’en juge par la façon dont vous avez châtié Gaspar Hettisch, vous m’avez paru très dominatrice à cette occasion.
–  Avec des hommes comme Gaspar et Sepp, je peux être effectivement très dominatrice. Je déteste qu’un homme soit mou. Ça me donne envie de le coucher sur mon tablier et de le fesser… Fesser… Le fesser comme une mère en colère fesse un sale gosse… Le fesser à toute volée, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus s’asseoir pendant trois jours!!!
–  Et avec un homme autoritaire?
–  Je suis soumise.
–  Andreas…
–  … Andreas ?
–  J’ai eu l’impression que, dans votre couple, l’autorité vient plutôt de votre côté.
–  Oui et non. Andreas n’est pas un dominateur. J’aurais aimé qu’il le soit davantage. Mais là personne n’y peut rien… Il n’a pas ce tempérament et je ne peux pas le changer. Cependant ne vous méprenez pas sur mon mari. Il n’aime pas prendre des décisions, il fuit les responsabilités. Mais nous nous complétons bien tous les deux. C’est souvent moi qui prends les décisions importantes, c’est vrai. Par contre il est extrêmement méticuleux dans ce qu’il fait, il a une capacité de travail absolument ahurissante… Jeunes mariés nous n’étions pas pauvres, mais nous ne disposions d’aucun capital pour monter notre affaire. Quand nous avons pris cette auberge de montagne, ce n’était guère plus qu’un chalet à moitié déglingué. Les cuisines étaient vétustes. Dans les chambres, le papier peint se décollait. Il manquait des lattes aux parquets. Les gouttières bouchées pissaient de partout. La banque, le crédit, les formalités de dossier, c’est moi qui m’en suis occupée. Mais la truelle, le ciment, la pose de gouttières neuves, l’installation d’une cuisine moderne, la réfection  des sols, tout ça a été fait par Andreas. Je l’ai vu travailler douze heures d’affilée sans s’arrêter. Si nous avons aujourd’hui l’une des auberges les plus réputées et les mieux tenues sur le versant suisse du Voralberg, c’est entièrement à mon mari que je le dois.
–  Mais il ne vous fesse pas.
–  Non. Au début de notre vie commune, je lui en ai vaguement parlé. J’ai glissé certaines insinuation, laissant entendre qu’une petite correction maritale, administrée à bon escient, est parfois utile à la bonne marche du ménage… Je me souviens lui avoir fait lire des lettres de femmes fessées, publiées dans le « Courrier du Cœur » de je ne sais plus quelle revue féminine… Il n’a pas mordu à l’hameçon. Par contre…


Elle se mordit la lèvre inférieure.


–  Dites, Susanne …
–  Un jour où son indécision m’avait particulièrement exaspérée, c’est moi qui l’ai fessé.
–  Et alors?
–  J’ai pu constater que ça l’excitait terriblement. A peine remis sur pied, sans même remonter son pantalon, il m’a…
–  C’était bon?
–  Formidable!! Je n’avais jamais été possédée avec une telle fougue, une telle ardeur. Si je n’ai pas été fessée, je peux vous garantir que je me suis pris la trique!!!
–  Une grosse trique?
–  Énorme. Dure comme du bois.
–  L’expérience ayant été concluante, j’imagine que vous avez persévéré dans cette voie.
–  Oui. Seulement j’ai besoin que ce soit une vraie punition, administrée pour un motif valable, à la suite d’une faute réelle. Une fessée « pour s’amuser » ne me produit strictement aucun effet. Par chance Andreas réagit comme moi. Tout comme j’ai envie de punir un coupable, il aime se sentir puni lui aussi. Je pense que, dans ces moments-là, je représente pour lui une image maternelle dont il a gardé au fond de lui une certaine nostalgie: la « Mère sévère », la « Maîtresse femme » qui ne s’en laisse pas conter et, entre sa soupe et sa lessive, mène sa maisonnée tambour battant et à la baguette. Il aime que je porte une blouse et un tablier pour lui donner la fessée. Comme de toute façon c’est ma tenue de base de tous les jours, ça me convient parfaitement. J’alterne: parfois je mets une longue blouse en grosse toile de coton, droite, bleue ou écrue, copieusement usée et avachie, sans aucun ornement; je joue sur l’effet de contraste en nouant par-dessus un tablier fantaisie, au contraire très féminin, en cretonne à fleurs ou à pois, avec tout plein de volants et un gros nœud au sommet des fesses… Ou alors je suis en petite blouse cintrée, à carreaux ou rayée, avec un mignon col claudine, des manches courtes ornées de festons d’une autre couleur que la blouse… Et un gros tablier bleu à poche kangourou, délavé, sentant le poisson ou l’oignon, très enveloppant, les pans croisés sur ma croupe ronde et ferme, les cordons ramenés par devant, noués sur le ventre et se balançant à hauteur de mon sexe, comme pour le fouetter.
–  Vous l’avez fait, n’est-ce pas? Ne détournez pas la tête, Susanne… Regardez-moi en face… Je saurai tout de suite si vous mentez.
–  Oui, je l’ai fait.
–  Racontez-moi.
–  Je m’étais regardée dans la glace après avoir noué mon gros tablier bleu. Les cordons pendant jusque sur mon sexe m’ont brusquement excitée. Ça m’a fait penser aux lanières d’un fouet. J’ai senti une humidité envahir ma culotte. Je me suis trémoussée devant le miroir pour faire sauter et danser ces cordons-lanières. Le fouet!! Oui, c’est tout à fait le châtiment qui convient pour  remettre dans le droit chemin une femme en crise de lascivité… Une femme qui ne sait pas contrôler ses envies honteuses… Qui mouille dans sa culotte en se regardant dans la glace en tablier bleu… J’ai ôté ma culotte mouillée. Je me suis grisée de son odeur. Je me suis assise sur une chaise dans ma cuisine. Jambes tendues et écartées, j’ai relevé mon tablier et ma blouse jusqu’à la taille. J’ai saisi les bouts de cordon qui pendaient le long de mon ventre et je me suis fouettée l’entrejambes avec. Dix coups de cordons de tablier sur mon vagin palpitant… Vingt coups de cordons de tablier pour punir mon sexe gorgé de sève… Trente coups de cordons de tablier pour apprendre à mon mont de Vénus à bien se tenir… L’orgasme a claqué comme un roulement de tonnerre. J’ai crié. Je me suis tordue sur ma chaise en râlant de jouissance.
–  Vous racontez très bien, Susanne. Votre récit est vivant, extrêmement réaliste et imagé… Vous devriez écrire.
–  J’y ai pensé, figurez-vous. J’aimerais écrire. Mais où trouverais-je le temps? Entre l’éducation de mes enfants et m’occuper de l’hôtel, je n’arrête pas. Et puis…


Elle gloussa : un rire étouffé de fillette espiègle.


–  … et puis je ne m’appelle pas Feydeau!!


Elle se fit penaude. Elle me regardait en dessous en suçant son pouce.


–  Vous rendez-vous compte des horreurs que vous me faites dire? Et tout ça partant de la fessée dans Occupe-toi d’Amélie!!
–  Au Bouffes Parisiens.
–  En avril 1924.
–  Eh oui, Susanne… Ça me fait penser que moi aussi je m’apprête à jouer une pièce de théâtre. La mienne s’appelle Occupe-toi de Leni. Et ça risque fort de ne pas être un vaudeville.
–  Je sais, Victor…


Susanne Ehringer débarrassa la table. Au moment de sortir de la salle à manger elle se retourna.


–  Vous aimez les champignons
–  Oui. Une bonne fricassée de girolles, avec beaucoup d’ail et de persil… Je pense bien, j’adore!!


Elle m’adressa un signe de tête approbateur avant de disparaître dans sa cuisine.


Dans mon lit je ne parvenais pas à m’endormir. Le délire mégalo de la mère Niedbürh. Ce réseau nazi tissé comme une toile d’araignée, d’autant plus redoutable qu’elle est invisible. La féminisation et la trahison du grand Sepp. Un plat de champignons.
Plus j’y repensais, plus je trouvais que Suzanne m’avait regardé d’un drôle d’air quand elle m’avait demandé si j’aimais les champignons.
Oui, un air tout à fait bizarre…

 

.../... à suivre


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