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  • : Ce blog est consacré au fétichisme des tabliers de cuisine de femme, des blouses de femme et des torchons de cuisine. Il s'adresse aux adultes seulement, ayant atteint l'âge de la majorité légale dans le pays. Et tenez les enfants à l'écart, bien sûr.
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Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 09:06

Un texte qui m'a été donné par mon ami Molenbeek, dont vous connaissez déjà le talent, et que je publie par épisodes.


ll m’en restait encore un  –  mon  « dernier atout »!!

Cette fois, pourtant, j’avais bon espoir. Je pensais le tenir. Par la faculté de lettres et sciences humaines de Budapest, où il avait enseigné le français, j’ai pu retrouver la trace de Martin Kazinczy, le traducteur des deux bouquins Carrington. Je l’ai retrouvée d’autant plus facilement que le gaillard était connu comme le loup blanc, ayant été chassé de l’université pour « comportements inacceptables ». Ayant connu Leni à la défunte Librairie des curieux et des bibliophiles, peut être était-il resté en rapports avec elle et savait-il ce qu’elle était devenue? Kazinczy habitait Perchtoldsdorf, dans la banlieue sud. Je dis bien habitait… au passé.

La vague brune avait déferlé…

Homosexuel un peu trop flamboyant (j’appris que, convoqué devant le conseil de discipline de son université, il s’était présenté habillé en marquise Louis XV), pilier des bars gays autour de la Bœrningen Platz, il s’était fait épingler vite fait par les représentants de « L’Ordre Nouveau ». Victime d’un accident vasculaire, survenu au cours d’un interrogatoire musclé dans les locaux de la sinistre 3ème Section, il survivait dans un état semi-comateux, inconscient et paraplégique, sur un lit du Neurologischem Zentrum Krankenhaus, dans Wolkersbergenstrasse, à la pointe sud du 11ème arrondissement. Les fenêtres de l’hôpital plongeaient sur le parc de camions des usines Khülnn.

L’infirmière-chef portait une plaquette de bakélite sur l’angle droit de la bavette de son tablier blanc, militairement amidonné et repassé: Gisela Krauss.

–  Oui, je pense que l’expérience vaut d’être tentée. De temps en temps monsieur Kazinczy articule des mots qui semblent être du français. Mais vous comprenez bien que je n’ai aucun pouvoir de décision. Seul le professeur Weyprecht peut prendre cette responsabilité.

Ledit professeur nous a fait poiroter quinze jours. Un petit bonhomme rondouillard à la moustache grisonnante, à la blouse blanche froissée ouverte sur un impeccable costume de flanelle grise à fines rayures. Le pli de son pantalon faisait penser au tranchant d’un couteau. Chaussures anglaises au brillant de miroir. Son épingle de cravate représentait un fer à cheval traversé d’une cravache: l’insigne du très exclusif Jockey Club.

–  Je mentirais en vous disant que j’y crois beaucoup… Mais pourquoi pas? De toute façon il n’y a pas grand chose à perdre. Suivez moi.

Kazinczy était déjà un cadavre.

Je me suis penché.

–  La Chambre Jaune?
–  Ou-ou-ou-ou  ––  iiiiiiiii.
–  Les Flagellants et flagellés de Paris?
–  Ou-ou-Hou-HOU  ––  iiiiiiiiii. 
–  Himmelbauer.
–  Arh… Ahr… Ou-ou-ou-HOU-HOU…
–  Leni Erfürth.

Tout son corps s’est bandé en arc. Il a pu se redresser sur ses coudes.

–  ARH… ARH… OU-OU-OU-OU-OU…

Sa bouche s’ouvrait comme un entonnoir, béante, énorme, montrant un puits noir d’où s’échappait une mousse gluante.

–  ARH… ARH… OU-OU-OU-OU-OU…

L’effort était au dessus de ses forces. Kazinczy est retombé à plat sur son oreiller. Sa narine droite semblait s’être dilatée, montrant un cratère sombre hérissé de poils, alors que la gauche s’était au contraire rétrécie au point d’obstruer complètement le trou. L’une de ses paupières tremblait comme du papier de soie agité par un courant d’air.

Le professeur Weyprecht m’a touché l’épaule.

–  Ça suffit. On en tirera rien de plus.

Dans le couloir, une jeune élève infirmière lavait le linoléum à quatre pattes.

Le taxi qui m’a ramené était conduit par un Russe blanc… Peut-être un ancien grand duc moscovite? La radio passait des tubes à la mode. Nous venions de traverser le Ring. J’allumais une Gauloise avec mon briquet à amadou quand la voix inimitable de Zarah Leander a couvert le bruit du moteur:

Der Wind hat mir ein Lied erzählt von einem Glück,
Unsagbar schön!
Er weiß, was meinem Herzen fehlt, für wen es schlägt und glüht.
Er weiß für wen: Komm, komm.
Ach!
Der Wind hat mir ein Lied erzählt, von einem Herzen, das mir fehlt...

Le vent m'a murmuré une chanson de bonheur,
Terriblement belle!
Il sait ce qui manque à mon cœur pour l’illuminer et le faire rayonner.
Il sait à qui je dis: Viens, viens.
Ah!
Le vent m'a murmuré une chanson, venant d'un coeur éloigné qui me manque tant…

Le vent…

Le vent d’hiver qui prend les rues désertes en enfilade… Qui soulève de hautes vagues grises sur le Danube… Qui fait de temps en temps dégringoler des cheminées vétustes derrière le théâtre japonais…

Est-ce l’une de ses rafales qui m’aurait apporté cette lettre?

Il était neuf heures onze du matin quand le téléphone a sonné dans ma chambre de l’hôtel Sacher. Je le sais parce que ma montre retardait et je venais de prendre l’horloge parlante pour la mettre à l’heure. J’avais à peine raccroché que la sonnerie retentit.

C’était Michel « Jumbo » Bouchard, de notre bureau genevois de l’agence France Presse.

–  Je te réveille, Vic? Il me semble sentir du Bruichladdich dans l’écouteur…
–  Trop tôt, mon frère. Je ne serai pas beurré avant midi.
–  Je t’appelle, vieux, parce que t’as du courrier dans ta boîte. Est-ce que je le garde, ou je te le réexpédie à Vienne?
–  Combien de lettres?
–  Trois.
–  Importantes?

Deux n’étaient pas importantes. La troisième:

–  Elle a voyagé presque autant que toi. Elle est postée de Suisse le 10 octobre 1938, à Oberegg, dans le canton d’Appenzell. Elle a été initialement envoyée à ton adresse à Paris. De là  –  il y a le cachet du bureau de poste de la rue d’Alésia  –  elle a été réexpédiée à Barcelone, pour finalement aboutir chez nous via Tanger. L’écriture sur l’enveloppe n’est pas française.
–  Écrite à la main?
–  Oui.
–  Pas d’adresse au dos?
–  Non, rien… Attends… Si… Il n’y a ni nom ni adresse, mais il y a un tout petit dessin au dos de l’enveloppe.
–  Où ça?
–  Dans le coin, en bas à droite. C’est vraiment minuscule, j’aurais très bien pu ne pas le remarquer. Ça représente une petite fée ailée.  

Un courant électrique m’a traversé de haut en bas. C’est parti du sommet du crâne, vraiment tout en haut, pour m’enrober les tempes, descendre par séries de frissons le long de la nuque… Les épaules, le dos, la colonne vertébrale, les reins… Des picotements nullement désagréables qui semblaient progresser au ralenti et sont allés mourir dans mes pieds. Durant quelques secondes je suis resté paralysé, le combiné téléphonique dans mon poing crispé, incapable de bouger ou de répondre.

–  Tu es là, Vic?
–  Oui.
–  Qu’est-ce que je fais avec ton courrier?
–  Tu ne l’envoies surtout pas en Autriche. Je saute dans le premier train pour Genève et j’arrive.

 

.../... à suivre


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