Présentation

  • : Tabliers, blouses et torchons de cuisine
  • Tabliers, blouses et torchons de cuisine
  • : enema
  • : Ce blog est consacré au fétichisme des tabliers de cuisine de femme, des blouses de femme et des torchons de cuisine. Il s'adresse aux adultes seulement, ayant atteint l'âge de la majorité légale dans le pays. Et tenez les enfants à l'écart, bien sûr.
  • Partager ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

Recherche

Derniers Commentaires

Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 09:04

Un texte qui m'a été donné par mon ami Molenbeek, dont vous connaissez déjà le talent, et que je publie par épisodes.


Le concierge à tête de bouledogue devait être occupé ailleurs car sa loge était vide. Dans l'escalier, pourtant propre, flottait une vague odeur de soupe aux choux et de pipi de chat. Comme dans tous les immeubles des quartiers populaires de Vienne, le palier était à l'allemande, c'est à dire un long couloir coudé bordé de dix à douze portes de chaque côté, les numéros commençant au rez-de-chaussée pour finir sous les combles. Complication: il y a souvent deux couloirs sur un même palier, un partant vers la droite, l'autre vers la gauche. Auquel cas les numéros sont suivis de la lettre R (recht) pour le couloir de droite, de la lettre L (links) pour celui de gauche. Trop d'organisation n'est pas toujours pratique. Alors qu'à Paris il suffit de donner son étage, porte droite ou gauche, à Vienne ou à Berlin c'est « porte n°89R ... n°102L ... »  Ils trouvaient évidemment leur système très supérieur. Je trouvais le nôtre beaucoup plus simple. Affaire de goût. Je crois aussi de mentalités.

Devant le couloir du troisième étage, une fillette de huit ou neuf ans, assise sur les marches,  me présenta fièrement sa poupée.

–  Toi, dis bonjour à Marlène.

Je m’inclinai cérémonieusement.

–  Enchanté de faire votre connaissance, Miss Marlène.

Quel mélange!! Quelles dramatiques confusions!!! La moitié des filles baptisées en Autriche se prénommaient Marlène  –  d’après Marlène Dietrich qui triomphait à Hollywood, dont le dernier film Le Jardin d’Allah avait fait salle comble pendant sept semaines à l’UFA Colisée, le plus grand cinéma d’exclusivité de Vienne.

L’autre moitié étant prénommée Eva  –  d’après Eva Braun, la maîtresse du sinistre Adolf…

Où allons-nous? À une guerre civile, comme en Espagne?

Je demandai à la petite fille:

–  Et toi, comment t’appelles-tu?
–  Annalise.
–  Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grande, Annalise?
–  J’veux être aviatrice.
–  Ah! ça c’est un beau métier!! Aviatrice… Dans l’aéropostale? Ou pour faire des meetings aériens?
–  Non. Pour lancer des bombes et brûler plein de villes.
–  Pourquoi veux-tu brûler toutes ces villes?
–  Parce que Marlène m’a dit de le faire.
–  Ta poupée?
–  Mais non!! Tu comprends rien. Marlène Dietrich.
–  Marlène Dietrich t’a dit qu’il fallait détruire les capitales d’Europe?
–  C’est quoi, les capitales?
–  Tu sais bien… Les grandes villes dans chaque pays, là où se tient le gouvernement, tu as appris ça à l’école… Vienne, où tu habites, est la capitale de l’Autriche… Berlin en Allemagne … Berne, Rome, Paris, Londres, Madrid, Moscou…
– Oui, Marlène me l’a dit. Je dois devenir aviatrice pour les détruire.

D’un mouvement balayant du bras, elle fit le geste de faire table rase.

–  Les détruire toutes!!
–  Tu vois souvent Marlène Dietrich?
– Tous les jours. Elle vient quand je rentre de l’école. Des fois plus tard, après souper. Quand elle a un empêchement elle me fait prévenir par Hitler. Marlène m’aide à faire mes devoirs. Nous buvons ensemble un gin fizz. C’est le dernier drink à la mode à New-York.

Au dessus de la sonnette du 32R-bis, un rectangle de bristol indiquait, en écriture manuelle: Gertrud und Bernhardt Pichler.

Elle m’ouvrit la porte. La cinquantaine, svelte, très bien conservée. A peine quelques légères rides aux coins des paupières. Je reconnus de suite la femme que j’avais vue à sa fenêtre, au moment où elle s’apprêtait à fermer ses volets. Frau Pichler portait un amusant tablier fantaisie, tout en buste et pratiquement sans jupe: la bavette envahissante débordait autour de la poitrine en une débauche de pattes d’épaules festonnées, de plastron arrondi tendu sur une paire de seins bien fermes; la jupe, droite et carrée, était au contraire réduite à son strict minimum, c'est-à-dire ne protégeant que le sexe et ne descendant même pas à mi-cuisses... J’avais vu de ces modèles de tabliers exposés dans la vitrine du grand magasin Hofbauer, sur Langsbergstrasse. C’était la mode avant l’Anschluss. Une mode « dégénérée », voire « parisienne », aux yeux du nouveau régime. Ne serait-ce que par ce détail vestimentaire, Gertrud me fut aussitôt sympathique.

Elle avait préparé en mon honneur une version autrichienne et bâtarde du bœuf en daube: mauvais certes pas; seulement surprenant par une débauche de parfums de l’est: aneth; grande absinthe; vinaigre de betteraves aigres; vodka; champignons aussi bizarres qu’inconnus chez nous…

–  Monsieur…

Mon hôte parlait sans me regarder, le nez baissé sur son assiette.

–  Comment avez-vous pu rentrer en Autriche après l’Anchluss?

Une intuition me donna confiance en eux. J’ai joué cartes sur table.

– Je suis journaliste. Il nous arrive souvent d’avoir à nous infiltrer dans des pays dont un régime totalitaire nous interdit l’accès. Mes relations à Genève m’ont procuré un passeport suisse.

Bernhardt Pringler ne portait plus ses velours côtelés d’ouvrier plombier. Ses mains, déformées par le Dupuytren, ressemblaient à des serres d’oiseau.

–  Comme au Maroc?

J’ai posé mon couteau. Je tenais ma fourchette dressée à la verticale. Gertrud apporta une deuxième bouteille de grüner veltliner, pas tout à fait assez rafraîchi pour mon goût. Elle n’y était pour rien, n’ayant ni cave ni cellier.  

–  Au Maroc?

Un silence. Bernhard regarda sa femme. Qui tirait sur les bretelles de son tablier en s’asseyant en face de moi, son visage visiblement interrogateur.

Il remplit nos trois verres de sa main la plus valide. J’aime ce jaune tirant sur le vert amande du grüner veltliner.

–  Vos reportages sont censurés depuis l’Anschluss. Mais nous connaissons votre remarquable enquête sur les aviateurs allemands et italiens au Maroc espagnol. On s’arrache vos articles au marché noir. C’est alors vrai que…??
–  Que quoi?
–  Qu’Hitler et Mussolini apportent une aide militaire à Franco?

Je repoussai ma chaise en arrière pour les regarder à tour de rôle, verre en main.

–  Mes photos en sont la meilleure preuve, ne croyez-vous pas? Douze Junkers Ju-52 sur l’aérodrome de Tétouan. On voit monter des légionnaires dans les quatre avions de gauche. Ces hommes appartiennent aux 1ère et 2ème compagnies de la 7ème Bandera. Les pilotes allemands vont leur faire traverser le détroit de Gibraltar. De Tétouan je suis passé à Bab Taza, qui est une importante base de Regulares… Peut-être la plus importante base du Maroc espagnol. Ces Regulares, ce sont les troupes indigènes, essentiellement composées de rifains. A Bab Taza c’étaient les Italiens qui les embarquaient, à bord de Savoia-Marchetti « Pipistrello »… « Chauve-souris » en italien… Là aussi j’ai réussi à prendre plusieurs rouleaux de pellicule. Regardez. Il suffit de voir. Les équipages italiens posent en souriant devant plusieurs avions. Sur deux de mes photos, on voit le général Clavidjo, commandant les Regulares, discuter sur la piste d’envol avec les aviateurs en uniforme. Le pont aérien entre le Maroc espagnol et Séville a duré une semaine. Ce sont ces troupes coloniales qui ont permis aux Nationalistes de remporter leurs premières victoires en Andalousie.
–  On a dit que vous avez été censuré en France.

Sur le coup, j’avais eu du mal à avaler la pilule. Puis avec le recul, j’arrivais à en rire… jaune.

–  C’est malheureusement exact. Les journaux anglais, suisses, néerlandais, ont passé mon reportage à la une. En France, seul L’Humanité ne s’est pas dégonflé. Le tirage a été saisi par la police dans les kiosques.
–  Pourtant la République Française?…
–  Parlons-en!! Le gouvernement français n’a aucune sympathie pour les nazis, ça c’est sûr. Seulement Hitler leur fout une telle pétoche que le Parlement et Matignon se déculottent devant lui. J’ai été convoqué au Ministère de l’Intérieur. La guerre!! Avez-vous conscience de vos actes, monsieur Blandt?  Votre reportage est une vraie bombe. L’ambassadeur d’Allemagne est furieux. Vous allez nous attirer la guerre avec l’Allemagne!! Quand je leur ai répondu qu’Hitler préparait déjà l’invasion de la France, ils se sont fâchés et m’ont menacé de prison. C’est pour ça que je suis allé m’installer à Genève. Avec  tous les espions qui grouillent dans cette ville, la police suisse a autre chose à faire qu’à surveiller ma petite personne.
–  Ça n’a pas du être facile d’entrer au Maroc espagnol, avec tous ces mouvements de troupes, ces atterrissages et décollages incessants d’avions…
–  A qui le dites-vous!! Le pays était entièrement bouclé. Les postes frontières fermés. Aucun étranger ne pouvait ni entrer ni sortir.
–  Alors même un faux passeport ne vous était d’aucune utilité…
–  Vrai, faux, du pareil au même… Je suis entré déguisé en bédouin, fondu dans la foule des frontaliers qui vont travailler du côté espagnol. Il n’a pas de photo sur les laissez-passer. Et comme tout le monde s’appelle Mohamed ou Abdelatif, c’est impossible de savoir si c’est lui, son frère, son père, son cousin… Ils sont plusieurs centaines à faire la queue matin et soir au poste de contrôle. Les militaires espagnols regardent à peine leurs laissez-passer, ils les engueulent pour les faire avancer plus vite. C’est un simple formulaire à en-tête de l’Ejército Espaňol de África (Armée Espagnole d’Afrique), valable six mois, le tampon de la gendarmerie faisant foi. J’avais acheté le mien cinq dollars à Tanger. Je m’appelais Mohamed Yassine.

Gertrud me dévisageait comme si j’étais Tyrone Power ou Gary Cooper.

–  Vous êtes entré au Maroc espagnol déguisé en bédouin!! Drapé dans un burnous? Des babouches aux pieds? Et sur la tête vous portiez quoi, une chéchia ou un turban?
–  Un turban, ça cache mieux le visage. Et à la main je tenais un rotin flexible pour corriger les femmes trop curieuses.

Frau Pichler rougit jusqu’au pourtour de ses oreilles.

J’avais cassé la glace. Ce qui ne sembla pas déplaire à Bernhardt. Il fit tourner le vin blanc dans son verre et me regarda en souriant.

–  Je sais que la correction maritale est une tradition solidement ancrée dans les pays du Maghreb. Mais il n’en ont pas le monopole… Absolument pas le monopole, herr Blandt. Tenez, en Autriche  –   ici même, à Vienne  –  la fessée dans les ménages est une pratique assez courante. N’est-ce pas, Gertrud?

Frau Pichler vira au rouge brique. Elle se tortilla dans son tablier, avala trois fois sa salive, gonfla la bavette avec ses seins brusquement durcis. Elle parvint à articuler d’une voix de fausset:

–  C’est tout à fait vrai, mon chéri.
–  Seuls les instruments sont différents. Évidemment… Le rotin, ça ne pousse guère sur les berges du Danube. Oui, au fait… Quel instrument utilise un mari viennois quand, sa femme ayant été de mauvaise humeur, acariâtre ou opposante, il devient évident qu’un solide et nécessaire châtiment corporel s’impose?  As-tu une idée, Gertrud?
–  Il prend la…
–  Je t’écoute.
–  La sch….
–  Oui!!
–  La schla…
–  Tu y es presque.
–  LA SCHLAGUE!!!
–  Bravo, Gertrud. Un grand bravo pour ton courage, je suis fier de toi, ma chérie. Quand une épouse autrichienne s’est montrée, comme nous le disions, grincheuse, opposante, agressive, on lui donne évidemment la schlague. C’est normal. Elle s’y attend, d’ailleurs. Elle serait déçue si elle ne la recevait pas. Elle se poserait alors des questions, se demandant si son mari tient encore à elle. C’est aussi simple que ça. Maintenant, Gertrud, tu vas nous dire en quoi consiste cette « schlague »?… A quoi ressemble-t-elle matériellement?
–  Ce n’est pas forcément la même dans tous les ménages.
–  Tu as tout à fait raison, ma chérie. Merci de nous le faire remarquer. Quels sont les instruments les plus couramment utilisés pour punir les femmes indociles ou rebelles, à ton avis?
–  La ceinture du mari…
–  Effectivement, c’est pratique. On l’a sous la main. Tous les hommes ont une ceinture pour tenir leur pantalon. Ce serait, justement, le reproche que je ferais à la ceinture: c’est un accessoire vestimentaire qui peut éventuellement servir d’instrument de correction, mais qui n’a pas été conçu à cet effet. Vois-tu la nuance, Gertrud?
–  Je la vois parfaitement. Et je suis prête à vous en parler longuement si vous le souhaitez. Simplement je vous demanderai de m’excuser deux minutes. Je pense que nous avons tous envie d’une autre bouteille de grüner veltliner.

Frau Pichler s’enfuit vers sa cuisine, tortillant de la croupe dans l’échancrure de son simulacre de tablier. En plein milieu de ses fesses, un gros nœud bouffant ressemblait à quelque énorme fleur tropicale vaguement obscène.

Je fis le geste de tenir un crayon entre mes doigts et de dessiner dans l’espace.

–  L’immeuble d’en face. Frau Leimmer. C’était bien ça, hein?
–  Oui. Tout s’est enchaîné. Comme par hasard, mais bien sûr il n’y a pas de hasard. Ça me fait tout drôle quand j’y pense. Frau Leimmer m’avait appelé pour déboucher les W.C. dans cinq logements mitoyens. Je lui ai facturé cinq débouchages. Elle est montée sur ses grands chevaux… Oui!!… Vous les artisans on vous connaît… Bande de voleurs… Vous profitez de ce que les gens n’y connaissent rien pour leur facturer n’importe quoi… Ces cinq W.C. sont branchés sur le même tuyau d’écoulement. Par conséquent le débouchage de cet unique tuyau les libère tous. Par conséquent je ne paierai qu’une seule intervention. Ce qui était absurde, professionnellement parlant. A partir du moment où le furet n’avait rencontré aucun bouchon dans la canalisation principale, il fallait bien que j’examine chaque siphon individuellement pour localiser le problème. Je lui ai montré ce que j’avais sorti de ses chiottes: des épingles; des tampax; des capsules de bière; une tétine de biberon; des arrêtes de poisson; une chaussette d’homme; une alliance en toc; un bouchon de Veuve Cliquot; des lentilles germées; un bouton d’uniforme russe; de la pâte à modeler; un manche de côtelette; un tube de rouge à lèvres; des pages déchirées d’une revue porno; une photo de mariage, déchirée elle aussi; des coupures de journaux… Il y avait beaucoup de photos déchirées et de coupures de journaux… Oui, herr Blandt. vous n’imaginez pas ce que nous découvrons dans notre métier. Et les fosses septiques… Ah! les fosses septiques!!! Je n’ai pas toujours habité Vienne, vous savez. J’ai fait mon apprentissage à Hartburg. Un patelin proche de la frontière hongroise. Pas de tout à l’égout. Chaque maison avait sa fosse septique. Nous étions appelés par la mairie pour les vider et les nettoyer, sous surveillance de la police. Putain de merde!!… Si je vous disais ce que nous avons sorti de ces fosses, monsieur, vous ne me croiriez jamais.

Gertrud revint avec sa nouvelle bouteille, qu’elle tendit à son mari pour qu’il la débouche.

–  Vous vouliez donc mon avis sur les instruments les plus utilisés pour corriger les femmes dans notre pays…


Bernhardt l’arrêta d’un geste.

–  Pour intéressante que soit cette conversation, nous la reprendrons une autre fois. Herr Blandt n’est pas ici ce soir pour parler de fessées.

Gertrud cilla des paupières et baissa piteusement la tête.

–  Je le sais. Je vous prie tous deux de m’excuser. Je me suis comportée, une fois de plus, en petite sotte égoïste et futile, réduisant le monde à son ridicule petit nombril. Alors que herr Blandt prend de gros risques pour essayer de sauver sa fiancée.

–  Nous reparlerons de cela plus tard, Gertrud. L’important pour l’instant est, justement, d’aider herr Blandt à retrouver la trace de Leni… Enfin de mademoiselle Erfûrth.

J’avais remarqué son lapsus. Et il savait que je l’avais remarqué.

Je les dévisageai intensément, elle d’abord, lui ensuite.

–  Partons, si vous le voulez bien, de ce dessin que vous m’avez montré à la taverne. Il est incontestablement de Leni. Où est le lien? Comment et pourquoi Leni a-t-elle pu faire ce dessin, extrêmement réaliste et évocateur, vous montrant vous, monsieur Pichler, donnant la fessée à une femme qui est manifestement frau Leimmer, sous le regard d’une autre femme, laquelle est non moins manifestement Leni Erfürth. Comment?  Pourquoi? Tout cela a un sens.

Gertrud vida son verre d’un trait. Elle commençait à accuser les effets du grüner vertlinger.

Un camion de pompiers passa dans la rue, sirènes hurlantes.

Sur le buffet massif, sans doute hérité de famille, il y avait une fouine naturalisée. Ses yeux de verre peu rassurants. Babines retroussées. La gueule ouverte prête à mordre. Là où son pelage mité découvrait des plaques claires, le cuir desséché faisant penser à des taches de lèpre. Si je n’avais craint de choquer mes hôtes, j’aurais levé mon verre bien haut en son honneur : « Salut, noble fouine. T’as saigné combien de poules dans ta vie? Planté tes dents pointues dans leur cou... Bu par longues goulées délicieuses le sang chaud qui giclait… Allez, raconte-moi tes souvenirs… Fouine de mon cœur… Fouine de mon cul… A toi… Cul sec… Prosit!!! »

Le buste incliné en avant, ses coudes sur ses genoux, Bernhardt Pichler regardait ses chaussures. Il releva la tête et se pencha vers moi.

–  Comme je viens de vous le dire, ça s’est fait tout seul, on pourrait dire naturellement. Frau Leimmer m’a fait une scène totalement injustifiée, refusant de payer la somme pourtant correcte que je lui demandais, traitant les artisans de voleurs, piquant une colère, envoyant valser à coups de pied les cochonneries que j’avais retirées de ses chiottes… La moutarde m’est montée au nez. J’ai empoigné Emma  –  Emma Leimmer  –  je l’ai traînée jusqu’à une chaise. Je l’ai basculée en travers de mes genoux et je l’ai fessée.

–  Et Leni l’a appris?

–  Non, elle ne l’a pas appris. Elle a tout vu. Mademoiselle Erfürth était dans sa chambre. Les cris que poussait Emma l’ont attirée et elle est arrivée.

–  Elle est entrée dans la pièce pendant que vous donniez la fessée à frau Leimmer?

–  Exactement. Le dessin qu’elle en a fait, et qu’elle m’a donné par la suite, représente fidèlement la scène. Emma porte son tablier rayé à bretelles qu’elle ne quittait pratiquement jamais. Son visage exprime bien la douleur que ressent une femme quand elle gigote et pleure sous une sévère fessée… Car je peux vous dire que je n’y allais pas de main morte!!!

Gertrud se mit à glousser dans sa bavette. Elle fit une grimace, imitant une gamine au bord des larmes, et se frotta la croupe.

–  Ah ! ça c’est bien vrai… Bernhardt est aussi sérieux pour donner la fessée qu’il l’est pour réparer ses tuyaux. Quand il me corrige, je reste trois jours sans pouvoir m’asseoir!!!

–  C’est ce qu’il faut. Une fessée doit faire mal, sinon elle ne corrige rien du tout. Quand j’ai remis Emma debout, elle hoquetait, sanglotait, toujours troussée, frottant des deux mains ses globes cramoisis, sa culotte enroulée autour des chevilles. Mademoiselle Erfürth n’essayait même pas de cacher son excitation. Pour les personnes qui ont ce goût, les signes sont clairs: votre fiancée est une passionnée de la fessée.

J’acquiesçai.

–  C’est tout à fait vrai.

Les yeux de Gertrud pétillaient comme du vin mousseux.

–  Comme dit Bernhardt, tout s’est enchaîné naturellement. Nous pratiquons la Discipline Domestique. Nous la pratiquons depuis notre mariage… C'est-à-dire depuis bientôt trente ans. La fessée administrée à Emma Leimmer nous a excités autant qu’elle a excitée Leni. Le courant est passé. Nous avons senti de forts  atomes crochus entre nous. Voilà. C’est aussi simple que ça.

–  Après cet incident, Leni s’est mise à vous fréquenter?

–  Oui. Elle est devenue notre amie. Une très bonne amie. Nous l’aimions beaucoup. Je l’invitais souvent quand vous partiez pour faire vos reportages.

Et puis après tout pourquoi pas?… Au point où on était, autant jeter le pavé dans la mare.

Je sortis mon paquet de Gauloises.

–  Vous permettez que je fume?

Gertrud courut chercher un cendrier. Je leur offris à chacun une cigarette, qu’ils refusèrent.

–  Pour moi c’est la pipe. Et le docteur a interdit à Gertrud de fumer.

Pendant qu’il allait prendre sa pipe et sa blague à tabac, sa femme me dit sur un ton de confidence:

–  Moi c’est le tabac blond anglais que j’adore. Parfois il m’arrive de fumer une cigarette en cachette… Bernhardt me fait ouvrir la bouche pour sentir mon haleine. Même de la réglisse ou des pastilles de menthe n’arrivent pas à masquer complètement l’odeur. Je reçois alors l’ordre d’aller chercher la strappe à la cuisine.

–  Pour te la prendre en travers de ton joli cu-cul, rigola Bernhardt qui revenait avec une superbe pipe tyrolienne à fourneau de porcelaine et tuyau recourbé. Tiens, puisque tu en parles… Va donc chercher ta strappe pour la montrer à Herr Blandt.  Nous avons essayé la cravache, la raquette de ping-pong, la canne anglaise… Depuis des années je n’emploie plus que la strappe. C’est ce qui fait le plus d’effet à Gertrud.

Elle revint avec l’instrument qu’elle me présenta sans gêne apparente, preuve que la glace était définitivement rompue entre nous.

Ce qu’ils appelaient une « strappe » était ce que les Écossais appellent la « tawse », largement utilisée dans les familles et les écoles au pays de Walter Scott : une courroie de cuir de vache, large de 10 à 12 centimètres, épaisse de 7 ou 8 millimètres, refendue à l’une de ses extrémités pour former trois gros « doigts » du plus redoutable effet. A l’autre bout, le manche est percé d’un trou pour suspendre l’instrument au mur. Au cours de mes voyages, j’avais pu constater que le martinet est essentiellement utilisé dans les pays de culture latine: Italie; France; Espagne; Portugal. Ni les Anglo-Saxons ni les Allemands ne le connaissent. Pendant de longs siècles, les peuples nordiques ont employé les verges de bouleau ou d’osier pour punir. Puis les arbres et les plantes se raréfiant avec l’urbanisation, tout le monde était passé graduellement au cuir ou à la canne en bambou.

–  Gertrud, dis donc à notre invité où est suspendue ta strappe?
–  Derrière la porte de la cuisine. Elle est accrochée à un clou, avec mes balais, mes chiffons, mes blouses et mes tabliers. De cette façon, j’ai réellement le sentiment que c’est un « ustensile de ménage ». Ce qui n’est d’ailleurs pas faux: un châtiment corporel ne fait-il pas, en quelque sorte, « le ménage » à l’intérieur d’une femme, moralement autant que physiquement? Un plumeau sert à épousseter les meubles. De même la schlague sert à « épousseter » les défauts de Madame. En tout cas c’est notre point de vue, n’est-ce pas Bernhardt?
–  Tout à fait, ma chérie. Une bonne ménagère doit commencer par faire le ménage à l’intérieur d’elle-même. Et pour vraiment nettoyer l’intérieur en profondeur, chasser les mauvaises humeurs et les insubordinations, balayer les sales pensées et les vilains défauts, la punition corporelle est absolument indispensable.

Gertrud hocha vigoureusement la tête en signe d’approbation.

–  Administrée sur les fesses nues, sans faiblesse ni rémission. Quand j’étais jeune mariée je voulais toujours avoir raison, j’étais entêtée, butée. Quand je n’obtenais pas ce que je voulais je faisais ma tête de cochon pendant des journées entières.

Elle rit en me regardant dans les yeux.

–  Quand j’avais mes fesses de la couleur d’une grosse tomate bien mûre, je vous garantis que mes obstinations s’étaient volatilisés et ma tête de cochon avait miraculeusement disparu!!
–  Leni.
–  Oui?
–  Quand vous l’invitiez ici, elle participait?
–  Aux fessées?
–  C’est ce que je vous demande.

Gertrud détourna son regard. Elle baissa le nez sur sa bavette et se remit à tirer sur les bretelles de son tablier. C’était chez elle un signe de nervosité, je l’avais remarqué.

Son mari tira une profonde bouffée sur sa pipe. La bouche arrondie en cul de poule, il lança vers le plafond quatre ou cinq ronds de fumée, d’abord nets et bien formés, s’étirant et se diluant à mesure qu’ils montaient.

–  Hé bien… Il me semble que Gertrud est la mieux placée pour vous répondre. Entre femmes, oui. Mais seulement entre femmes.

Il étira ses jambes qui me parurent immense. Sans doute par un effet d’optique, car ce n’était pas un homme particulièrement grand. Quelque chose semblait l’amuser. En fait il lisait dans mes pensées.

–  Appelons un chat un chat, ça vaudra mieux que de tourner autour du pot. Ce que vous voulez savoir, c’est si j’ai eu des rapports sexuels avec votre fiancée, n’est-ce pas?
–  Entre autres…
–  La réponse est non. Gertrud va vous dire pourquoi.
–  Je vais chercher une autre bouteille…
–  Non. Tu restes ici. Et tu dis la vérité à herr Blandt. Toute la vérité.
–  Ce n’est pas ça qui lui fera retrouver sa fiancée.
–  Sans doute pas. Disons que tu le fais pour moi. Pour me donner bonne conscience.
–  Voyez-vous, nous avons une convention, mon mari et moi.

Cette fois c’était la minuscule jupette de son tablier qu’elle pétrissait.

–  C’est de ne jamais nous tromper. De ne jamais commettre l’adultère. Appelez cela comme vous voudrez: démodé, ringard, peu importe… Nous avons beau être des passionnés de la fessée, nous ne sommes pas  –  et ne voulons pas être  –  un couple échangiste. Nous croyons fermement que la solidité d’un couple est basé sur la fidélité conjugale.

Elle retourna la bouteille vide au dessus de son verre, esquissa une grimace en ne voyant tomber que quelques maigres gouttelettes.

Sur le buffet, la fouine empaillée avait l’air plus féroce que jamais.

–  Un soir Leni est arrivée chez nous au bord de la crise de nerfs. Un contrat d’éditeur sur lequel elle comptait venait de lui échapper. Je ne l’avais jamais vue dans un état pareil. Elle tremblait de tous ses membres, bavait, se griffait les bras et les seins. J’ai voulu lui donner quelque chose à boire. Elle a envoyé valser le verre et le vin d’un revers de main. Je l’ai giflée. Pas dans un mouvement de colère. Seulement pour la ramener sur terre et lui faire retrouver ses esprits. C’était sans doute ce qu’il lui fallait car elle s’est calmée aussitôt. Elle a longtemps pleuré dans mes bras, sa tête blottie au creux de mon épaule, me demandant pardon. Je lui caressais doucement les cheveux, la nuque. Insensiblement, millimètre par millimètre, son visage descendait le long de ma poitrine pour finir encastré entre mes seins. Absolument comme un bébé qui veut téter. J’étais terriblement excitée. Tout à coup l’envie de la dominer s’est emparée de moi. Brusquement. La pulsion est montée comme du lait débordant de la casserole. Je l’ai prise par les épaules pour la secouer en la regardant dans les yeux, les sourcils froncés, la bouche pincée, le regard dur et sévère : « Leni, tu t’es conduite comme une sale gosse et je vais te corriger comme on corrige les sales gosses. » Son regard a chaviré. Son corps est devenu mou entre mes bras. Ses tensions l’abandonnaient. J’ai su que j’étais dans la bonne voie. C’était bien ça le remède dont elle avait besoin. « Je vais te donner une bonne fessée, Leni… La fessée qu’il faut aux vilaines gamines qui font des colères et jettent des objets à travers la pièce… LA FESSÉE… Entièrement déculottée, sur ton cul tout nu… Voilà qui va achever de te calme … Et lorsque tu seras complètement et totalement calmée, tu viendras avec moi à la cuisine, tu mettras une de mes blouses, tu noueras un tablier par-dessus et nous préparerons le dîner ensemble. Comme mère et fille, puisque je pourrais être ta mère. Une vilaine fille que sa maman a été obligée de punir. Une fille qui a été FESSÉE. Et qui va être sage comme une image maintenant que LA FESSÉE a produit son effet salutaire. » Passant de la parole aux actes, je me suis assise sur une chaise, j’ai allongé Leni sur mon tablier, dans la position « à la maman ». Elle portait une robe grenat en jersey moulant. Je la lui a retroussée au dessus de la ceinture, je lui ai baissé sa culotte et donné la fessée. Pendant que mon digne et très cher époux…

Gertrud se leva de table.

–  Cette fois, je vais chercher une autre bouteille. Nous en avons tous besoin. Pendant ce temps, raconte donc à herr Blandt ce que tu faisais pendant que je fessais Leni.
–  Vous pouvez m’appeler Victor, lui dis-je alors qu’elle s’éloignait.

Elle tourna la tête pour m’adresser un sourire radieux par-dessus son épaule.

Bernhardt prit un air mi-songeur, mi-amusé.

–  Je n’ai aucune honte à le dire. Je crois avoir eu une réaction naturelle. Je bandais comme un cerf. Je suis mis derrière leur chaise, assez en retrait, du côté des jambes de Leni afin qu’elle ne puisse pas me voir. Les claques crépitaient comme des grêlons. Le derrière de votre fiancée passait par toutes les nuances du rouge, pour arriver à un pourpre éclatant. Robe grenat, cul grenat. Mama mia, quelle fessée!!! Gertrud tapait comme les lavandières battent leur linge au lavoir. Son bras se levait, descendait, vous auriez cru un piston. Je me demandais si elle allait arrêter de taper un jour… J’ai sorti Popaul hors de sa braguette. Gros comme ça, je n’exagère pas. Je me suis branlé au rythme pétaradant de la correction. Mon éjaculation a été tellement puissante que…

Gertrud revint avec le grüner veltlinger.

–  Dis-lui jusqu’où ma semence est allé gicler.

Il déboucha la bouteille, remplit trois verres, m’en présenta un, l’autre à sa femme. A peine l’eut-elle en main qu’elle en vida la moitié d’un trait. On avait l’impression que sa bavette allait craquer tellement ses seins avaient gonflé.

–  Bernhardt se tenait au moins à trois mètres derrière nous. J’ai reçu les premières giclées dans le dos de ma blouse. Quelques unes encore sur le nœud de mon tablier. Je m’en suis pris plein les doigts quand j’ai voulu le dénouer.

Je sortis une autre cigarette, en tapotai le bout contre la boîte en carton avant de la porter à mes lèvres.

–  Et Leni dans tout ça?
–  Elle était aux anges. Elle s’est comportée exactement comme si elle avait été ma fille  –  ma fille qui aurait été vilaine et que j’aurais été obligée de fesser. Je lui a prêté une blouse. Je l’ai choisie volontairement simple, fonctionnelle, sans ornements ni fioritures: une blouse droite, boutonnée par devant, en cotonnade bleu clair. En fait une blouse de paysanne, que je porte pour me punir d’avoir été coquette ou frivole. Même chose pour le tablier: je lui en ai donné un très long, presque aux pieds, bien enveloppant, en grosse toile grise copieusement délavée, les pans épousant le galbe des fesses et maintenus par des bretelles croisées dans le dos. Elle a épluché les légumes pendant que je préparais la viande. Charmante toute la soirée. Par moments elle faisait d’adorables moues de petite fille. Quand le repas a été prêt, je ne lui ai rien imposé, la laissant libre de garder ou d’ôter son tablier et sa blouse, comme il lui plairait. Elle m’a imitée en les gardant, non seulement à table mais encore après dîner, où elle a insisté pour faire la vaisselle. Bernhardt a accepté qu’elle passe la nuit chez nous. Je lui a fait son lit dans le canapé pliant. Quand je suis venue l’embrasser et lui souhaiter bonne nuit, elle a passé ses bras autour de mon cou, m’a attirée avec une force surprenante pour m’embrasser goulûment, passionnément, à pleine bouche. Son ventre était dur comme du bois. Nos langues se sont mêlées, entrelacées, fureteuses. Elle m’a demandé à l’oreille, d’une toute petite voix: « Mutti (Maman) Gertrud , accepterais-tu de masser mon pauvre derrière avec de la crème adoucissante? J’ai conscience d’avoir pleinement mérité cette fessée que tu as bien voulu m’administrer pour mon bien. Je t’en remercie de tout cœur. Mais maintenant que j’ai reçu mon châtiment c’est fini, je suis pardonnée, n’est-ce pas? J’ai si mal!!  Ça fait comme si j’avais un lit de braises ardentes plaqué sur ma croupe. Je ne vais jamais pouvoir m’endormir. Je t’en supplie, mutti… Apaise, s’il te plaît, la douleur de ta fille fessée en lui passant de la pommade là où ça la brûle si fort. » J’ai eu la faiblesse de céder à sa demande. Elle s’est tellement frottée contre le drap durant le massage qu’elle a eu un premier orgasme pendant que j’appliquais le baume onctueux et parfumé sur ses parties enflammées. Puis… C’est de ma faute, j’en conviens. Moi aussi j’étais échauffée. J’avais les sens à vif. Lui tenant d’une main sa raie écartée, j’ai enfoncé mon index enduit de crème dans son trou-trou. Elle s’est mise à gémir, à articuler des mots incohérents tout en frottant furieusement son ventre et son vagin contre le drap. Je lui ai fait avoir plusieurs fantastiques orgasmes à la file en lui branlant sa rosette. Revenue dans notre chambre, j’étais dans un état d’énervement indescriptible. Ma peau littéralement électrifiée. Des frissons brûlants me couraient le long du ventre et des reins. Mon sexe ruisselait. J’ai demandé à Bernhardt de me fesser et de me sodomiser pour me calmer. Une magistrale et cuisante fessée. Puis en position, à genoux sur le lit, les reins creusés, mon derrière écarlate dressé vers le plafond. Et rrrran!!!… La bite enfoncée à fond dans mon trou palpitant.

Mon regard se porta sur la fenêtre. Le ciel virait à l’orage. Des hirondelles tournoyaient en criant au dessus des toits.

Je hochai la tête en signe de compréhension.

–  Et, bien entendu, Leni ne s’en est pas tenue là. Quand vous vous êtes revus, elle a redemandé ce genre de « services » à sa chère Mutti Gertrud.
–  Si je vous répondais non, mon nez s’allongerait d’un mètre.
–  Et vous, Berhardt, vous êtes toujours resté en dehors de cette relation?
–  C’était notre convention. Je me suis beaucoup masturbé pendant que Gertrud… heu… « massait » Leni Erfürth, ça je ne m’en cache pas. Mais je n’ai jamais eu aucune relation sexuelle, de quelque nature que ce soit, avec votre fiancée.
–  Si vous lui aviez fait des avances, pensez-vous qu’elle aurait accepté?
–  Cette situation ne s’étant jamais présentée, je ne peux pas vous répondre.
–  Votre convention… Elle marche dans les deux sens?
–  Que voulez-vous dire?
–  Gertrud n’a jamais eu, elle non plus, de rapports avec d’autres hommes?

Il se tourna vers sa femme.

–  Réponds toi-même à Victor.
–  Jamais. Je vous le jure, herr Blandt.
–  Victor.
–  Je vous le jure sur ce que j’ai de plus sacré, Victor. Les quelques fois, assez rares, où j’ai éprouvé une attirance sexuelle pour un homme autre que mon mari… Au bal… Pendant une fête bien arrosée… Une fois en bateau sur le Danube… Je l’ai aussitôt avoué à Bernhardt, en lui demandant de me fouetter pour ma lubricité… LE FOUET… Sans pitié, jusqu’au sang… Fouettée comme on fouettait autrefois, à Rome, les vestales qui avaient transgressé leurs vœux de chasteté.

Bernhardt me fit un clin d’œil.

–  Elle a lu Bacchantes fouetteuses, vestales fouettées, par un de vos auteurs français. C’est traduit par… par…

Il se dressa soudain sur sa chaise comme si une guêpe l’avait piqué.

Il fit claquer ses doigts.

–  Vingt dieux!! Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt … La voilà la piste!!!

Il s’est levé, surexcité et fébrile. Est sorti de la salle à manger en courant. Nous nous sommes regardés, Gertrud et moi. La troisième bouteille de grüner vertlicher était presque vide.

Un éclair zébra la fenêtre. Le tonnerre gronda.

Bernhardt est revenu en brandissant triomphalement deux livres.

–  Regardez!!… Léni nous en a donné plusieurs. Ce sont des romans français qu’elle a illustrés. Il y a le nom de l’éditeur et du traducteur. Un des deux saura bien nous dire ce qui est arrivé à votre fiancée.

Du coup, nous étions tous les trois bien réveillés. Si ma tête s’était trouvée légèrement embrumée, les vapeurs de vin venaient de se dissiper en l’espace de quelques secondes.

–  Tenez!!…

Il posa son doigt sur la page de garde.

–  Si nous les retrouvons, ils pourront sûrement nous renseigner.

Les deux bouquins étaient effectivement des traductions de romans déjà anciens, publiés à Paris avant la guerre chez l’éditeur Charles Carrington qui avait ses bureaux, si mes souvenirs sont bons, rue du Faubourg Montmartre, dans le 9ème arrondissement.

L’un s’appelait La Chambre jaune, de Jacques Desroix.

L’autre Les Flagellants et flagellés de Paris, de Charles Virmaître.

Tous les deux illustrés par « Leni Lovewhip » (sic!)

Tous les deux traduits du français par Martin Kazinczy.

Tous les deux des In-16 brochés. Je les feuilletai rapidement, cherchant les illustrations : tous les dessins avaient, en bas de page et à droite, la petite fée ailée de Leni…

Le Charles Virmaître était édité à une adresse fantaisiste: à Nuremberg, « impasse du Foutre-Clair, derrière la tour du Gros-Vit »

Par contre, La Chambre jaune avait une adresse viennoise tout à fait sérieuse et officielle : Librarie des curieux et des bibliophiles, 61 Kalliswodastrasse, Vienne 12.

Il pleuvait à verse dehors.

Gertrud me sauta au cou.

–  On va la retrouver, votre dulcinée.

–  Oui, maintenant ça me revient…

Bernhardt se frappa le front.

–  Leni a mentionné ce Martin Kazinczy au cours de nos conversations. Ils se connaissent. C’est un Hongrois qui a été professeur de français à l’université de Budapest.

Gertrud applaudit.

–  Faut fêter ça … Je vais chercher une autre bouteille!!!                 

 

.../... à suivre


Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
Retour à l'accueil
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés