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  • : Ce blog est consacré au fétichisme des tabliers de cuisine de femme, des blouses de femme et des torchons de cuisine. Il s'adresse aux adultes seulement, ayant atteint l'âge de la majorité légale dans le pays. Et tenez les enfants à l'écart, bien sûr.
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Dimanche 23 octobre 2011 7 23 /10 /Oct /2011 09:03

Un texte qui m'a été donné par mon ami Molenbeek, dont vous connaissez déjà le talent, et que je publie par épisodes.


Je poussai la porte, tirai d’un coup sec le rideau écarlate de la taverne et restai à me dandiner sur le seuil, les jambes écartées, la respiration oppressée, offrant un singulier spectacle en complet de flanelle grise à fines rayures, mon col de chemise déboutonné, mon nœud de cravate au milieu de la poitrine, les cheveux emmêlés, un indicible chagrin mêlé de rage empreint sur mon visage ravagé.

Dans un angle à côté du comptoir, le gramophone à cornet roulait maintenant du tambour et entonnait un chant guerrier dans lequel Deutschland ist der weltweit führende (L’Allemagne est le phare du monde) et seine strahlung erstreckt sich vom Rhein auf das Schwarze Meer (son rayonnement s’étend depuis le Rhin jusqu’à la mer Noire) revenaient en leitmotiv. Entouré d’un grillage, le comptoir avait l’air d’une cage à poulets. Derrière ces grilles trônait la patronne, une plantureuse matrone en tablier à bretelles d’un gris jaunâtre et d’une propreté douteuse, les cheveux blanchis à l’eau oxygénée, les sourcils épilés et redessinés d’un trait de crayon gras. Contre le mur du fond de la petite salle, une longue table était occupée par un groupe de Casques d’Acier, portant chemises brunes et brassards hitlériens. Leurs yeux larmoyants, leurs visages congestionnés, ou au contraire pâles et défaits, montraient qu’ils avaient déjà éclusé pas mal de chopes de bière  –  de la Ottakinger, si j’en jugeais par les deux plaques émaillées apposées au dessus de la cage-comptoir.

L’une de ces plaques représentait un couple réjoui, elle en drindl, lui en lederhose, trempant leurs lèvres dans la montagne de mousse qui couronnait  leurs énormes chopes en grès: Ottakinger Heller Bock. Sur l’autre plaque, un chevalier teutonique, lance en main, la visière de son casque relevée, s’apprêtait à participer à un tournoi et se donnait du courage en lampant de la bière brune d’une superbe couleur caramel-orangé: Ottakinger Dunkel.   

Je me suis frayé un chemin à travers la fumée dense et les buveurs jusqu’à une table libre. Au milieu du plateau, un cafard buvait dans les gouttes laissées par le verre du précédent consommateur, ce qui ne sembla nullement troubler la patronne. Elle me lança un regard mauvais et se pencha pour grogner:

– Il a l’droit d’vivre lui aussi, HEIN? Toutes les créatures du bon dieu elles ont l’droit d’vivre, HEIN? Vous aussi, meinherr, vous avez l’droit d’vivre, HEIN?

Elle se redressa pour reprendre son souffle et beugler un quatrième « HEIN » à mi chemin entre les reniflements féroces d’un taureau de combat et une sirène de pompiers. Une tache au milieu de son épais tablier formait comme une coulée brillante, argentée. Une pensée saugrenue me vint spontanément à l’esprit: « Grands dieux!! Elle aura branlé un de ces nazis et il lui a éjaculé plein son tablier! » En fait, c’était vraisemblablement du blanc d’œuf coagulé.

Je venais de commander un demi de cette Ottakinger lorsqu’un homme s’approcha, une chope d’un litre à la main.

–  Cette chaise est-elle libre, monsieur?
–  Oui.
–  Vous permettez?
–  Je vous en prie.

Je lui donnais entre soixante et soixante cinq ans. Son costume, en velours à grosses côtes, me fit penser à un charpentier. Il but une gorgée de sa bière, rota avec une évidente satisfaction, et me sourit.

–  Vous devez trouver le quartier bien changé, j’imagine?

La patronne vint me servir. Je n’arrivais pas à quitter des yeux la tache au milieu de son tablier, comme si elle m’hypnotisait. Je me suis même surpris à bander devant ma chope. J’attendis que la bistrotière se fût éloignée de notre table, traversant la salle en houlant d’une croupe aussi plantureuse que musclée. Je regardai alors le nouvel arrivant et acquiesçai d’un signe de tête.

–  Oui. Mais pas seulement ce quartier…

Je baissai la voix en regardant le parquet saupoudré de sciure.

–  Vienne a énormément changé en l’espace de quelques mois.

–  C’est tout à fait exact, monsieur. Notre ville a, comme vous dites, É-NOR-MÉ-MENT changé.

Il désigna le cafard.

–  Nous en avions beaucoup moins avant.

Il m’adressa un sourire ironique en se bouchant les narines.

–  C’est assez rare en Autriche de voir quelqu’un fumer du « caporal gris ».

Il leva sa lourde chope.

–  À la vôtre, monsieur.
–  Vous habitez près d’ici ?
–  Plus loin, vers Mozartgasse. Vous savez où est le théâtre japonais?

Je suis resté un moment sans répondre. La mousse de ma bière descendait à mesure que les bulles crevaient les unes après les autres. Abritée derrière sa cage grillagée, la grosse patronne regardait son reflet dans un verre qu’elle venait de rincer. Elle pressait son nez entre ses deux index pour extraire des points noirs, puis essuyait ses doigts sur son tablier. Sans réfléchir, sans d’ailleurs ressentir la moindre hostilité envers l’homme en velours côtelé, j’attaquai le premier.

Je lui souris d’une oreille à l’autre.

– Vous allez certainement me dire que vous habitez Honningerstrasse… Attendez, laissez-moi deviner… Oui, bien sûr! Vous habitez au numéro 43 de la Honningerstrasse!!

–  Non, monsieur. J’habite au 40, juste en face. Ma femme fermait les volets quand elle vous a vu dans la chambre qu’occupait mademoiselle Erfürth. Elle m’a appelé. Je vous ai tout de suite reconnu. Je connaissais bien Frau Leimmer, la propriétaire. Elle m’appelait quand elle avait des réparations à faire dans ses logements. Je suis plombier chauffagiste. Commencé comme apprenti à quatorze ans. J’avais ma petite entreprise quand j’ai été obligé d’arrêter l’année dernière. Maladie de Dupuytren. Regardez mes mains. Je ne peux même plus serrer un boulon. Je me souviens très bien de vous et de mademoiselle Erfurth. Une bien jolie fraulein, si je puis me permettre. Vraiment très jolie! Et du talent en plus. Certains de ses dessins sont absolument remarquables. Malheureusement ils ont déplu à nos nouveaux maîtres. Comme d’ailleurs les journaux pour lesquels mademoiselle Erfürth travaillait. Interdits, balayés…

Il regarda du coin de l’œil la table des nazis. Ils étaient tous éméchés, parlaient de plus en plus fort et ne risquaient pas d’entendre notre conversation.

–  … balayés par la grande vague brune qui a déferlé sur mon pauvre pays. L’épuration ne fait que commencer, monsieur. Ce que vous avez vu au 43 Honningerstrasse n’est qu’un tout début. D’autres « Pensions de Famille » sont visées par les autorités.
–  Voulez-vous dire que Frau Leimmer a eu des ennuis avec la police?
–  De gros, de très gros ennuis. C’est hélas la vérité, Monsieur.
–  Elle est en prison?

– Heu … pas véritablement en prison, enfin … pas au sens que l’on donnait autrefois au mot prison. Maintenant, voyez-vous, ils préfèrent parler de « camps »… Oui, des camps où l’on enferme les gens qui ne sont pas dans la ligne du pouvoir. Ils prétendent ainsi les rééduquer. Personnellement, je ne vois pas très bien comment on va gagner à sa cause des personnes à qui l’on ne donne à manger qu’une soupe par jour, que l’on fait travailler comme des forçats en les rouant de coups lorsqu’elles sont faibles ou malades. Mais bien sûr l’opinion du vieil idiot que je suis ne compte pas. Si notre vénéré führer affirme que c’est bon pour le peuple, alors il faut bien évidemment croire le führer.
–  Savez-vous si Leni Erfürth a été arrêtée elle aussi?
–  Ça je l’ignore.

Il me glissa un regard en dessous.

– Mademoiselle Erfürth ne venait au 43 Honningerstrasse que pour vous y retrouver. La plupart des femmes qui louaient une chambre chez Frau Leimmer habitaient en fait ailleurs.
–  Voulez-vous dire que Frau Liemmer tenait une maison de rendez-vous?
–  Tout dépend le sens que vous donnez à ce terme. Si c’est une maison de passe, la réponse est non. Catégoriquement non. Frau Leimmer louait des chambres à des femmes, mariées pour la plupart, qui, pour des raisons évidentes, ne pouvaient pas recevoir leur amant chez elles. Ça se faisait beaucoup à Vienne, c’était même une tradition chez nous. Mais maintenant l’Ordre Nouveau est très pointilleux sur la morale. Où plus exactement sur la conception national-socialiste de la morale. On va, paraît-il, rendre les Autrichiennes vertueuses en leur donnant la fessée.

Mes doigts se figèrent sur l’anse de ma petite chope. La buée froide mouilla ma main. Pourquoi amenait-il ce sujet dans la conversation?  Avec les tabliers, c’était justement notre principal intérêt, à Leni et à moi. Rares étaient nos ébats sexuels où ne figuraient pas une forme ou une autre de châtiments corporels, administrés selon des scénarii conçus pour enflammer notre passion mutuelle: Gamine insupportable – papa sévère… Maîtresse flirteuse – amant outragé… Collégienne indisciplinée – professeur inflexible… Chambrière effrontée – maîtresse répressive… Épouse négligente –  mari autoritaire. Nous nous amusions parfois à changer de lieu ou d’époque: comment punissait-on les odalisques dans les sérails de l’Orient? Les marchandes qui avaient truqué leur balance sur les marchés du moyen-âge? Les jolies marquises trop bavardes qui avaient commis des indiscrétions sur la famille impériale, au milieu des flon-flons et des valses de la Cour des Habsbourg? Le fouet en Chine, dans la Cité Interdite. Chez les pionniers américains, dans les Montagnes Rocheuses ou dans le bureau du shériff des villes champignon? Dans les prisons de femmes en Australie où, selon plusieurs informations parues dans les faits divers d’avril 1929, les deux principales meneuses d’une mutinerie avaient été condamnées à recevoir soixante coups du chat-à-neuf-queues, administrés en deux fois. Ces tableaux, brossés au gré de notre fantaisie du moment, avaient procuré à Leni quelques fabuleux orgasmes. Que savait au juste cet homme sur nous?  S’agissait-il seulement d’une étrange coïncidence, où était-il au courant de nos goûts érotiques?


–  La fessée? repris-je sur un ton que j’espérais rendre le plus neutre possible.
–  Absolument, monsieur. LA FESSÉE. Et c’est précisément une femme qui recommande ce mode de correction! Ilse Söderbaum. Une journaliste nazie qui a fait un reportage sensationnel sur les mœurs viennoises et compare les Autrichiennes aux Allemandes, l’avantage revenant naturellement à ces dernières. Dans ses articles fielleux, vindicatifs à l’égard de notre pays, elle qualifie nos femmes de « parisiennes des Alpes », les juge frivoles, coquettes, dépensières, portées sur le sexe, négligeant leur foyer pour courir les magasins et séduire les hommes. Pour mettre les Autrichiennes au pas, une seule méthode: l’application régulière et systématique de la schlague, administrée sur les fesses nues par la main sévère et justicière du mari pour les épouses, du pater familias pour les jeunes demoiselles indisciplinées, du magister pour les écolières.

Je bus une gorgée de bière. Lentement. Mâchant la mousse avant de l’avaler.

Le cafard, rassasié ou soûl, quitta la table en titubant sur ses courtes pattes.

Je haussai les épaules d’un air faussement détaché.

– Vous ne m’étonnez pas. La mère Söderbaum est très populaire en Allemagne. Elle y anime une émission à la radio où elle fait venir des jeunes filles pour les interroger sur la manière dont elles sont disciplinées par leurs parents. Elle ne se sent plus quand elle parle des châtiments corporels. Son ton monte, sa voix se met à chevroter, je suis sûr qu’elle mouille dans sa culotte… J’ai aussi lu plusieurs articles d’elle dans des revues féminines, où elle préconise, effectivement, la fessée pour punir les femmes volages ou paresseuses.
–  On devrait lui appliquer son propre remède, ne trouvez-vous pas?
– Bah, ça la ferait probablement jouir! J’ai remarqué que beaucoup d’Allemandes aiment se faire dominer par un homme viril et fort… un homme qui n’hésite pas à les déculotter et à les fesser d’importance, à la cuisine, en tablier devant leur fourneau, pour les remettre à leur place et leur montrer qui commande à la maison. Si l’homme porte un uniforme c’est encore mieux. J’en ai connues deux avec qui ça marchait très fort. L’une à Berlin, l’autre à Nuremberg. Après la fessée elles étaient bien soumises, câlines, toutes minaudantes, merveilleusement prêtes à baiser.
–  Vous avez vécu longtemps en Allemagne?
– Six mois en 1933, quand Hitler a été élu chancelier… Puis j’y suis retourné pour couvrir le congrès du parti nazi à Nuremberg. Là j’ai compris que nous allions tout droit à la guerre. Rien n’arrêtera Hitler dans son rêve fou de conquêtes.
– Excusez-moi d’être indiscret, monsieur… Comment avez-vous connu mademoiselle Erfürth?
– Mes reportages ont déplu aux nazis. Pour arranger les choses, j’ai voulu faire une enquête sur le soutien qu’apportaient les dirigeants allemands au général Franco. La police m’a trouvé nettement trop curieux. Un matin deux hommes de la Gestapo sont venus frapper à la porte de ma chambre d’hôtel pour me remettre un arrêté d’expulsion: j’avais douze heures pour quitter le territoire du Reich. J’ai pris un avion pour Tanger où j’ai continué mon reportage sur le soulèvement militaire au Maroc Espagnol. Puis je suis venu à Vienne pour tâter le pouls de l’Autriche, sans me douter que les hitlériens allaient s’en emparer si vite. J’ai pris contact avec les journalistes de Volksblatt, alors le principal journal de gauche. Toute l’équipe était composée de farouches anti-nazis. Leni Erfürth y vendait souvent ses dessins, que j’admirais sincèrement. Non seulement elle a un joli coup de crayon, mais ses caricatures politiques ne manquaient pas d’humour. Quand j’ai eu l’occasion de la rencontrer dans le bureau du rédacteur en chef, je l’ai complimentée sur son talent. Je l’ai invitée à dîner. Je l’ai trouvée charmante. De son côté, je pense avoir eu l’honneur de lui plaire. Et voilà!
–  Voilà, murmura mon interlocuteur en me regardant d’un air bizarre.   

Il tira de sa poche une feuille de papier blanc, pliée an quatre. Il la déplia pour la poser à plat sur la table, face à moi. Je ne connaissais pas ce dessin, mais la facture, le coup de crayon ne laissait aucun doute. Cette façon de laisser les détails dans une pénombre hachurée afin de mettre en valeur le personnage principal, les yeux immenses et la bouche grande ouverte de la femme corrigée, j’aurais reconnu cette illustration entre mille: c’était le style de Leni tout craché !

Et même si je n’avais pas reconnu du premier coup d’œil la technique graphique, un infime détail aurait dissipé mes doutes: une petite fée ailée, minuscule, haute de même pas un centimètre, servait de signature, en bas et à droite du dessin  –  la Trade Mark de Leni… Son « logo » qui figurait sur toutes ses illustrations.

Le dessin représentait Frau Leimmer étalée cul nu en travers des genoux de l’homme assis en face de moi. La seule différence étant qu’il était en manche de chemise  –  une chemise d’ouvrier sans col  –  et portait un gilet noir. La logeuse se tortillait dans un tablier rayé, à bretelles, dont les pans bien écartés semblaient servir d’écrin à sa croupe cramoisie. C’était une reproduction fidèle de la réalité, car j’avais souvent vu Frau Leimmer porter ce tablier quand elle venait m’ouvrir la porte. Ronde et bien en chair, la blonde quadragénaire se faisait administrer une fessée qui, à en juger par son expression horrifiée, par le moulinet affolé de ses jambes, souligné par des cercles au crayon et quelques étoiles voltigeant au dessus de ses globes enflammés, devait effectivement être aussi cuisante que magistrale. La motif de la correction se trouvait par terre, juste sous son nez: plusieurs factures éparpillés à côté d’un carnet de chèques.

L’homme en velours côtelé posa un doigt épais au milieu du dessin et répéta:
–  Voilà ! !

Cette fois c’était lui qui se fendait la pipe d’une oreille à l’autre.

Je fis signe à la patronne de m’apporter l’addition. D’un léger signe de tête, je  montrai les chemises brunes à mon interlocuteur. Deux ronflaient sur la table, tandis que les autres devenaient de plus en plus bruyants et agressifs.

–  Si nous allions continuer cette conversation ailleurs? proposai-je.

Il hocha la tête en signe d’approbation.

–  J’allais justement vous le proposer.

Il consulta sa montre.

– Ce soir il est un peu tard. Venez donc déjeuner chez nous demain. Je vous présenterai Gertrud.
–  Quelle heure?
– Entre midi et midi et demie. 40 Honningerstrasse, troisième étage, porte 32R-bis. La « bis » parce que ce qui était initialement un seul appartement a été coupé en deux logements. Coupé, monsieur… Coupé… En deux… Comme l’Autriche-Hongrie. Nos noms sont sur la sonnette: Gertrud et Bernhardt Pichler. Le concierge ressemble à un bouledogue mais il ne mord pas.   

Je dormis mal cette nuit là.

 

.../... à suivre


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