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  • : Ce blog est consacré au fétichisme des tabliers de cuisine de femme, des blouses de femme et des torchons de cuisine. Il s'adresse aux adultes seulement, ayant atteint l'âge de la majorité légale dans le pays. Et tenez les enfants à l'écart, bien sûr.
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Dimanche 13 mars 2011 7 13 /03 /Mars /2011 09:01

Un récit de J-F Molenbeek, qui nous a déjà donné des souvenirs de jeunesse (Adieu Belleville) et une première fiction (Abattage clandestin). Avec mes remerciements à l'auteur.


Takeuchi alluma la chaîne hi-fi, sélectionna un minyō du XVIIème siècle racontant les amours tragiques d’un moine pour une vicieuse et rouée courtisane de la cour de l'ère shôgunale …

Elle annonça, souriante :

–  Musique traditionnelle japonaise.
 
Elle posa au milieu de la table une bouteille de Nigorizaké, non filtré à l’ancienne, l’un des sakés les plus appréciés par les connaisseurs.

–  Boisson traditionnelle japonaise.

Suivit un Yamazaki single malt, vieilli 18 ans en fûts de sherry.

–  Whisky japonais.

Elle saisit entre le pouce et l’index les deux coins de son tablier rose framboise, les écarta pour en déployer la jupe dans toute sa largeur. Elle se tourna de côté, de dos, pivota, fit deux pas en avant, trois en arrière, montrant le tablier sous toutes ses faces, prenant les poses d’un mannequin dans un défilé de prêt à porter.

–  Tablier japonais.

Elle tira une chaise, s’assit. Elle prit une bouteille dans chaque main et interrogea les trois hommes qui l’observaient avec une attention à la fois méfiante et soutenue.

–  Qui veut du saké? Qui veut du whisky ?

Les deux japonais vêtus en marins pêcheurs demandèrent du whisky. Le troisième, qu’ils appelaient Monsieur Hô, voulut un saké. Pendant que Takeuchi le lui préparait dans les règles, il ne perdait aucun de ses gestes et pétrissait machinalement un cigare entre des doigts boudinés. Takeuchi remarqua un gros diamant bleu sur l’une de ses bagues. Elle remarqua aussi ses ongles soigneusement manucurés. Monsieur Hô ne devait pas avoir remonté beaucoup de casiers dans sa vie.

Une fois le saké chauffé au bain marie jusqu’à température du corps, soit 37°C, Takeuchi en versa précautionneusement deux décilitres dans une coupe en porcelaine translucide guère plus épaisse qu’une coquille d’œuf : le guinomi.

–  Oui, messieurs, je suis Japonaise. De l’île d’Hokkaido, pour être précise. Ce qui fait de moi une de vos compatriotes. Jusque là nous sommes entièrement d’accord. La différence commence quand vous vous imaginez que, parce que nous sommes compatriotes, je vais me faire complice de vos magouilles et entraîner mon mari dans une aventure qui, à mon avis, ne peut que mal finir.

Elle regarda Monsieur Hô en face.

–  Est-ce que vous vous rendez compte de ce que vous me demandez là ?

L’homme au diamant bleu était un obèse adipeux, vêtu d’un ensemble de golf en Harris tweed. Ses chaussures anglaises brillaient comme un miroir. Dans l’archipel, les hommes portaient plutôt des bottes de caoutchouc, ou de lourds rangers à semelle crantée.

–  Vous avez certainement mal interprété ma proposition, madame Kowalski. Non seulement je ne vous demande pas de trahir votre mari, mais bien au contraire de ….

La corne de brume lui coupa la parole. La vitrine du Crabs Inn  –  « l’Auberge du Crabe »  –  était d’un gris crépusculaire, opaque. Dehors il y avait un brouillard à couper au couteau. La corne gémit, par longs hululements espacés de six secondes. Quand on put à nouveau s’entendre, Monsieur Hô suça son cigare et l’alluma :

–   … mais bien au contraire d’être sa compagne efficace et intelligente. Sa partenaire dans la vie. DANS LA VIE, madame Kowalski. Or qu’est-ce que la vie ? Qu’y faisons nous, tous autant que nous sommes ? Je vous pose la question. Le rafiot de votre mari vaut à peine quatre cent mille dollars. Je dis bien à peine … Récapitulons si vous le permettez, madame Kowalski. Votre mari a acheté le Ice Queen en septembre  2007. C’est un bon bateau, je vous le concède, construit pour supporter les rudes conditions de service dans le détroit de Béring. Mais ce n’en est pas moins un chalutier qui n’est plus dans sa prime jeunesse. Je ne pense pas que vous contesterez ce point, madame ? Plus du tout dans sa prime jeunesse. Et puis il y a eu cette collision dans le brouillard avec le Marylin 4, en novembre il y a deux ans …

Takeuchi leva son verre de whisky  –  de whisky japonais.

Elle regardait Hô droit dans les yeux. L’affrontement visuel dura longtemps. Aucun des deux ne lâcha prise.

–  Vous avez embauché le D1H pour obtenir des renseignements sur nous ?

Les services secrets, la CIA japonaise.

–  Je n’ai aucun besoin du D1H pour obtenir les renseignements dont j’ai besoin, madame Kowalski. J’ai mes propres services. Aussi efficaces et précis que ceux du gouvernement, vous pouvez m’en croire. Reprenons depuis le début, si vous le voulez bien. Le 17 octobre 2009, monsieur Vincent Kowalski … connu dans les Aléoutiennes comme « Vinnie » Kowalski … a acheté un chalutier caseyeur de 18,50 mètres, jaugeant 20 tonnes, filant 12 nœuds, armé en 2ème catégorie, construit en 2001 par les chantiers Pacific Fishermen de Seattle. Ce bateau a été acheté où, madame Kowalski ?

–  À Anchorage.

–  Combien ?

–  Dites-le vous-même, puisque vous êtes si savant ?

Le japonais obèse consulta un calepin.

–  Le Ice Queen  vous a été vendu par les courtiers maritimes Rodney, Harps & Abrahamson, pour la somme de 575 000 dollars. Vous avez alors rebaptisé le bateau Lady Alaska et pris un crédit sur huit ans. Ce qui fait qu’il vous reste encore six ans à payer.

Takeuchi acquiesça d’un signe de tête. Elle aspira entre ses lèvres une toute petite gorgée de whisky.

–  Et alors ?

L’obèse se pencha sur ses coudes. Il se voulait persuasif.

–  … et alors je vous offre de racheter ces six années de crédit. Terminé. Plus de traites en fin de mois. Plus d’hypothèque. Le Lady Alaska entièrement et totalement à vous. Quand vous avez pris ce bar, c’était une misérable gargote où les esquimaux venaient se soûler au gin frelaté. Vous en avez fait le meilleur bar-restaurant de tout l’archipel. Le meilleur et le plus branché. Vous l’avez décoré avec beaucoup de goût et d’imagination.

Il montra du doigt le narval naturalisé suspendu au plafond. Son bras embrassa les murs tapissés de photos jaunies, d’agrandissements de cartes postales anciennes , de billets de banque à l’effigie du tsar Alexandre III, de titres d’actions en bourse rédigés en écriture cyrillique et décorés, dans le style des almanachs du XIXème siècle, de gravures représentant des phoques sur la banquise, des icebergs hauts comme des cathédrales, des trois mâts goélettes pris dans les glaces, des canots dressés sur la crête d’une énorme vague, des baleines attaquées par les harponneurs, des élégantes se pavanant en manteau de loutre à l’opéra de Saint-Petersbourg …

–  La décoration de votre bar est à la fois superbe, très originale et instructive sur l’histoire de ces îles. Des guides touristiques citent votre Crab’s Inn jusqu'à New York et San Francisco. Vous avez la réputation d’être un cordon bleu en cuisine. Mais vous êtes aussi une femme d’affaires, madame Kowalski. Faites le calcul. Vous verrez vite de quel côté est votre intérêt.

L’un des comparses de Monsieur Hô se mit à siffloter. Takeuchi le regarda. C’était une vieille berceuse japonaise que sa mère lui chantait autrefois. Elle s’appelait Le vide dans le cercle d’une corde à sauter.

–  Monsieur Hô …

–  Je vous écoute, madame.

–  Vous parlez affaires … calcul … intérêt. Je parle sentiments, loyauté, amour. Oui, monsieur, oui … ce sont des choses qui existent aussi. Qui existaient même très fort dans notre Japon d’autrefois. L’honneur … ! !  Je peux vous citer deux raisons pour lesquelles votre plan ne peut pas fonctionner.

–  Dites.

–  Accepter cet argent signifie ruiner Derek MacGovern.

L’obèse esquissa un geste agacé.

–  L’associé de votre mari est déjà ruiné. C’est un joueur compulsif, un malade. Dès qu’il a encaissé sa campagne de pêche, il saute dans le premier avion pour Vegas et va tout flamber à la roulette. Il en a ramené une petite traînée, plus ou moins strip teaseuse, vaguement hôtesse, qui ne fiche rien de ses dix doigts, se lève à midi, passe l’après-midi à se maquiller devant la glace, se commande des toilettes extravagantes à Londres et à Paris, le trompe outrageusement et aux yeux de tous avec les équipages des garde-côtes, et achève à grande vitesse de le mettre sur la paille. Vous ne ruinerez absolument pas monsieur MacGovern. Vous ne ferez, tout au plus, qu’avancer d’un an ou deux une déchéance qui est déjà bien en route …

–  Ce que fait Derek ne me regarde pas. Même s’il y a une part de vérité dans ce que vous dites, même si Derek a, effectivement hélas, des comportements auto-destructeurs, mon devoir, étant la femme de son meilleur ami, serait d’essayer de l’aider, de lui montrer le chemin pour s’en sortir … Certainement pas de l’enfoncer un peu plus.

–  Si vous per ….

Takeuchi l’interrompit d’un signe.

–  Laissez moi finir, je vous prie. Mon mari et Derek se sont connus pendant la guerre du Golfe. Ils servaient tous les deux sur une vedette lance-torpilles. Vincent comme enseigne de vaisseau, Derek comme marin de première classe. Quand leur vedette a sauté sur une mine, Derek a plongé pour remonter mon mari à la surface, il l’a accroché à une bouée de sauvetage, l’a ranimé. Ils ont dérivé deux jours et deux nuits. Pendant ces deux jours et ces deux nuits Derek a donné à Vincent le peu de vivres qu’ils avaient, ne faisait que s’humecter les lèvres pour faire durer le peu d’eau qu’ils possédaient. Que maintenant, pour une poignée de dollars, pour payer plus vite le Lady Alaska que nous arriverons à payer de toute façon, mon mari trahisse Derek MacGovern, c’est purement et simplement impensable.

–  L’autre raison ?

–  Elle s’appelle, pour parler poliment, les rondeurs callipyges de mon anatomie.

–  Pardon ?

–  Préférez-vous que je dise mon cul ?

–  Heu …

–  Vous me demandez l’autre raison pour laquelle je ne peux pas entrer dans votre combine. La voici. Admettons que j’accepte votre offre. Admettons que je sois assez garce pour jouer votre jeu. Je fais du charme à Vincent. Je le fais bien bander. Quand il est à point, je le supplie avant de me donner à lui … je l’implore … et je te lui mets mes seins sous le nez, et je te tortille du pétassier, et je te fais frotti-frotta contre sa braguette … Pour moi, mon chéri, pour ta petite femme qui t’adore … Pour notre avenir à tous les deux … Le Lady Alaska payé, nous rachetons la part de Derek, la société d’armement sera entièrement à nous, la campagne de pêche totalement dans notre poche … À nous, mon amour, tu te rends compte, rien que pour nous … Nous serons riches … J’imagine facilement la scène. Mon mari se lève, il me colle deux gifles magistrales. Il me saisit par le poignet, me tire dans l’escalier, me fait monter, pleurant et trépignant, jusqu’à notre chambre … Notre chambre conjugale. Dans le tiroir du bas de la commode il y a un martinet.

La corne de brume retentit à nouveau, recouvrant la conversation de ses longs meuglements. Deux minutes de corne. Deux minutes de silence. Six minutes de corne. A Hoet Harbor, c’était une sirène achetée aux surplus militaires par les marins pêcheurs eux-mêmes, sur leurs propres deniers. Le gouvernement savait ce qu’il faisait en appauvrissant délibérément et systématiquement les établissements de pêche de cette partie de la chaîne des Aléoutiennes proche du Kamtchatka et de la mer du Japon. Le lobby de la toute puissante Alaskan Fishing and Canning Co. travaillait pour éliminer peu à peu les armateurs indépendants. Découragés, harcelés de tracasseries administratives, leurs quotas de pêche réduits d’année en année, ils déposeront leur bilan et plieront bagage. Laissant les meilleures zones de pêche à la Alaskan Fishing, qui étendra alors son monopole à toute la mer de Béring …

–  … dans le tiroir du bas de la commode, donc, il y a un martinet. MON martinet.

Takeuchi but une gorgée de whisky. Ses lèvres s’ourlèrent en un sourire mi amusé, mi ironique.

–  Un martinet qui a toute une histoire, Monsieur. Voulez-vous que je vous la raconte ?

–  Je grille d’envie de l’entendre, madame Kowalski.

Takeuchi remonta la bavette de son tablier en tirant sur les pattes d’épaules.

–  C’était visiblement un martinet déja ancien, au manche en chêne contourné, aux lanières patinées par l’usage. Nous l’avions trouvé dans une brocante à Sapporo. Nous nous étions regardés, Vinnie et moi. Nous avions souri. J’avais enfoui mon visage cramoisi dans le creux de son épaule. Oui, chéri, achète le donc … Un martinet à la maison, ça peut toujours être utile. Dès son achat il nous avait intrigué. Il est nettement plus gros que les martinets en usage dans les ménages. Ses lanières carrées, en épais cuir de vache, sont au nombre de neuf et assez longues : elles mesurent 62cm. De toute évidence, ce n’était pas le classique et vulgaire martinet dont se servent les mères de famille pour corriger leurs mioches quand ils font des sottises. Pendant plusieurs années nous n’avons rien su de ses origines. Jusqu’à ce que passe à la télé un reportage sur les prisons de femmes. La personne interviewée était la directrice du pénitencier féminin de haute sécurité de Nagano.  C’est là que sont incarcérées les criminelles endurcies, ainsi que celles qui se sont évadées d’autres prisons au régime moins contraignant. Interrogée sur les châtiments corporels dans le système pénitentiaire japonais, elle ne fut nullement gênée pour reconnaître que, effectivement, pour certaines infractions  –  cacher une arme ou des outils dans sa paillasse ; frapper une gardienne ; communiquer avec des complices à l’extérieur ; inciter les autres détenues à la révolte  –  les coupables sont fouettées. On les conduit dans une salle de punition située au sous-sol, où on les fait mettre nues avant de les revêtir d’un grand tablier-blouse lacé sur la nuque et au creux des reins, mais restant ouvert par derrière. Elles sont alors attachées sur un chevalet, la tête basse et la croupe haute. On leur écarte largement les pans du tablier, et la gardienne-chef leur administre, sur les fesses, le nombre de coups de fouet qu’elles ont été condamnées à recevoir. En général entre vingt-cinq et trente. Très rarement cinquante. La directrice a montré, pendant l’émission, l’instrument qui est employé, qu’elle appelait le Chat à Neuf Queues. Vinnie et moi avons poussé la même exclamation ensemble : « Mais c’est le nôtre ! ! » Là voilà donc l’explication !  C’était bien un de ces martinets réglementaires, fabriqués, selon un cahier des charges défini par l’administration, pour être employés dans les prisons et les maisons de correction, qui s’était retrouvé, pour des raisons que nous ne saurons jamais, dans cette brocante de Sapporo, entre des assiettes ébréchées, quelques outils de jardin, un cheval à bascule, un poste de radio rétro en bakélite et cinq ou six kimonos délavés.

Ce récit était loin de laisser Monsieur Hô indifférent. Il mit une main devant sa bouche pour tousser. Le diamant bleu lança un éclair. La voix de l’obèse, mal assurée, dérapait sur les fins de syllabes quand il réussit à articuler :

–  Ce que vous dites là m’intéresse au plus haut point, madame. L’une de mes tantes paternelles a fait carrière dans l’armée, elle a pris sa retraite avec le grade de colonel. Durant ses années de service, elle a dirigé une section disciplinaire féminine. Ce qu’elle nous a raconté de son expérience avec ces délinquantes corrobore en tous points ce reportage à la télévision dont vous parlez. Le règlement dans ces unités disciplinaires est d’une sévérité draconienne. Pour la moindre infraction, les butaï  –  soldates envoyées aux compagnies disciplinaires  –  sont punies du fouet. Ma tante nous a décrit l’instrument de correction que l’on utilisait. C’est très exactement le martinet que vous avez, le même : un manche droit en chêne contourné, prolongé par neuf lanières carrées de 62cm. Après avoir subi leur châtiment, pour une durée pouvant varier de quinze jours à deux mois, les soldates fouettées doivent servir comme filles de cuisine. Sous les ordres d’une cuisinière-chef qui a la main particulièrement leste pour se faire obéir. Si une punie regimbe, ou accomplit trop mollement son travail, ou n’a pas récuré suffisamment à fond les marmites, ou s’enferme au cabinet pour fumer en cachette, allez hop ! ! … Hop !  Hop ! !  HOP ! ! ! … La blouse retroussée jusqu’au milieu du dos ; la culotte descendue en bas des cuisses ; les pans du tablier bien repoussés de chaque côté, loin sur les hanches pour dégager au maximum la croupe … Et la fessée … La fessée devant tout le monde, administrée au milieu de la cuisine avec une écumoire ou une cuillère en bois.

Il approcha son visage lunaire de celui de la patronne pour répéter, en levant sa main droite et faisant le geste de claquer :

–  Hop !  Hop ! !  HOP ! ! !

–  Autorité et Discipline, approuva sentencieusement Takeuchi. C’est à l’aune de ces valeurs que l’on mesure la grandeur d’un peuple. Lorsqu’il n’y a plus ni autorité ni discipline, la civilisation régresse et l’on entre automatiquement dans une phase de décadence.

–  Je suis absolument de votre avis, madame Kowalski. Puis-je me permettre de vous poser une question … que vous jugerez sans doute indiscrète ?

–  Posez là toujours.

–  Ce … Chat à Neuf Queues de la brocante de Sapporo … Votre mari s’en sert-il  pour vous punir ?

–  Je l’ai reçu six fois depuis notre mariage. Autrement dit six fois en quatre ans. En général, pour des petites désobéissances, ou des accès de mauvaise humeur les jours où je me suis « levée du pied gauche », je suis fessée à main plate, couchée en travers des genoux de mon … ben oui, quoi … de mon « Seigneur et Maître » ! Je reçois entre trente et soixante claques, selon la faute commise. Toujours déculottée, sur mon derrière nu. Toujours en tablier, pour me rappeler ma condition d’épouse et de bonne ménagère. Seulement en cas de récidive, c’est là que je suis fouettée. Il considère que la leçon n’a pas été suffisante et qu’il me faut un châtiment plus sévère encore, plus « frappant » pourrait-on dire, pour m’améliorer et me guérir de mes vilains défauts. J’ai récidivé six fois au cours de notre vie commune. Par conséquent j’ai reçu six fois le fouet. Mais revenons à la situation présente. Celle pour laquelle nous sommes assis tous les quatre à cette table du Crab’s Inn, autour d’un whisky Yamazaki et d’un Nigorizaké. Nous en étions restés à l’endroit où, ayant accepté la proposition de Monsieur Hô, je fais du charme à mon mari, je me conduis en parfaite allumeuse, j’essaie, comme une petite grue sans fierté ni pudeur, de le séduire par le sexe pour arriver à mes fins. Mon mari ne me laisse même pas finir ma comédie ridicule. Il se lève, me domine de ses 1m92. Il me colle deux gifles magistrales. Il me saisit par le poignet, me tire dans l’escalier, me fait monter, pleurant et trépignant, jusqu’à notre chambre.

Elle montre du doigt l’escalier qui mène à l’étage. Il venait d’un couvent de Sibérie orientale.

–  Comme je vous l’ai dit, le Chat à Neuf Queues se trouve dans le tiroir du bas de la commode.

Elle se tait un instant et contemple ses ongles. Ils sont propres, bien taillés en ovale. Elle n’y met jamais de vernis.

–  Mon mari m’ordonne de me déshabiller. Il fait siffler les lanières pour m’activer. Quand je suis nue, il me commande de remettre mon tablier. Il sait l’effet que ça me fait … Pour être totalement honnête, je suis obligée de reconnaître que l’idée venait de moi. Quand une femme n’a pas été sage, mon chéri, il faut la fesser en tablier … Dans son tablier de cuisine. Rien ne marque davantage une petite épouse, au moral comme au physique, qu’une sévère et nécessaire fessée en tablier. C’est souverain pour la remettre à sa place. Je remets par conséquent mon tablier et je m’allonge à plat ventre sur le lit, après avoir placé deux oreillers sous mon triangle de fourrure  pour faire bomber ma croupe. Je reçois le martinet. Je suis fouettée  –  « Passée par le Fouet », c’est notre expression  –  jusqu’à ce que mon cul, strié de zébrures entrecroisées, ressemble à une grosse gaufre bien cuite, tartinée de gelée de groseille. Pour être totalement honnête, je suis obligée de reconnaître que la suggestion de la pénitence suivante vient aussi de moi. Après la fessée, mon chéri,  la fessée administrée en tablier, il est bon de mettre la punie au coin, tu sais, le nez au mur et les fesses à l’air, tenant elle-même les pans de son tablier largement écartés pour exhiber aux yeux de tous son gros cul écarlate. Comprenez vous, Monsieur Hô, les raisons qui m’empêchent de collaborer à votre projet ?

L’un des comparses de l’obèse avait les yeux exorbités, les oreilles cramoisies, la lèvre inférieure baveuse et pendante. Prétextant de relacer ses bottines, Takeuchi se pencha vers le sol. Elle ne s’était pas trompée : le marin japonais s’était masturbé sous la table, pendant qu’elle racontait comment Vinnie la corrigeait avec le gros martinet pénitentiaire. Sa verge pendait encore hors de la braguette, rouge et gluante. Des jets de sperme maculaient le carrelage. Comme si de la sauce béchamel s’était répandue par terre.

Monsieur Hô vida son guinomi encore tiède, fit claquer sa langue.

–  C’est votre dernier mot, madame Kowalski ?

–  Oui

–  Dommage …

Il la regarda, pensif, grave. Pour la première fois il ne lui fut pas antipathique. Il y avait sur le visage de l’obèse une expression indéfinissable … Pas de la bonté ni de la gentillesse, non, certes pas … Autre chose … Peut-être Takeuchi l’avait-elle frappé en en un endroit caché de lui-même, ravivant une plaie secrète ? L’ancien Japon d’autrefois … L’Honneur !

–  Je vais bien sûr intéresser une autre personne, et mon projet va aboutir. Je ne reste jamais sur un échec. J’aurais simplement préféré en faire profiter une compatriote. Tout particulièrement une Japonaise de la vieille école, qui reste attachée à nos valeurs ancestrales et ne s’est pas laissée contaminer par les mœurs dépravées de notre époque décadente.

Ils se levèrent.

Monsieur Hô se raidit. Les doigts sur la couture du pantalon, il inclina son buste, cassé en avant, son ventre un gros pneu autour de la taille, sa tête inclinée en signe de respect.

–  Mon grand-oncle était un kamikaze. Il s’est écrasé sur le porte-avions Essex pendant la bataille du golfe de Leyte.

Takeuchi lui tendit la main. On le vit hésiter, son bras tremblait. Sa main avança de quelques centimètres en direction de la femme. Elle voulait avancer mais ne le pouvait pas.

Takeuchi ne retira pas sa main. Elle le regardait dans les yeux et souriait  –  un bon sourire franc, ouvert.

–  Je crois que nous nous comprenons très bien, Monsieur Hô.

Le visage de l’obèse était d’un blanc crayeux. Il parvint à serrer la main de la patronne du Crab’s Inn. Non seulement il la lui serra, mais il la garda un long moment dans la sienne.

–  Oui. D’un côté j’aurais préféré vous acheter vous, plutôt que quelqu’un d’autre. Mais d’un autre côté votre refus me fait plaisir. Je méprise les personnes que j’achète, obligatoirement. Quand je penserai à vous, ce sera à une femme que je peux respecter et admirer, à une Japonaise vertueuse et digne qui fait honneur à notre patrie. Cela devient, hélas, de plus en plus rare de nos jours.

Il lui lâcha la main.

–  Adieu, madame Kowalski.

–  … adieu, Monsieur Hô.

La voix de Takeuchi vacillait. Et ce n’était pas à cause du peu de whisky qu’elle avait bu.

Les trois hommes sortirent dans la purée de pois. Le petit port, les barques de pêche, les filets étendus disparaissaient, noyés dans une masse indistincte de coton bleuâtre, grisâtre, noirâtre. Odeur d’iode et de goudron.

C’était l’époque de la nuit polaire : le soleil reste derrière l’horizon, affleurant la mer mais ne se levant jamais vraiment.

La corne de brume reprit ses mugissements lugubres. Takeuchi ramassa les verres, les bouteilles, le nécessaire à saké ; elle nettoya la table d’un coup de chiffon humide et retourna derrière son comptoir où, en écoutant de la musique de son pays, elle fit l’inventaire des caisses récemment livrées par la navette de Dutch Harbor . Elle était impressionnante dans son tablier si typiquement japonais : une bande transversale, de la même étoffe rose framboise que le tablier, barrait son dos à l’horizontale, juste sous les omoplates, reliant entre elles les bretelles des épaules et les maintenant en place. La jupe descendait, bien droite et sans plis, jusqu’à mi-mollets. Les pans chaloupaient au rythme du balancement de sa croupe dure et ferme, rebondie comme un ballon de football. La bavette fixée aux pattes de poitrine par deux gros boutons de nacre. Le nœud noué très serré au dessus de la raie fessière. Cet imposant et enveloppant vêtement protecteur faisait autant penser à un carcan qu’à un tablier.

Dans le cendrier, il restait le cigare de Monsieur Hô.

 

.../... à suivre


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