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  • : Ce blog est consacré au fétichisme des tabliers de cuisine de femme, des blouses de femme et des torchons de cuisine. Il s'adresse aux adultes seulement, ayant atteint l'âge de la majorité légale dans le pays. Et tenez les enfants à l'écart, bien sûr.
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Dimanche 13 mars 2011 7 13 /03 /Mars /2011 09:03

Un récit de J-F Molenbeek, qui nous a déjà donné des souvenirs de jeunesse (Adieu Belleville) et une première fiction (Abattage clandestin). Avec mes remerciements à l'auteur.


Quand les chalutiers sont sur les bancs de pêche, il reste très peu de monde à Hoet Harbor  –  quinze maisons de bois et un quai de planches, encaissés entre trois montagnes enneigées toute l’année.

Il reste évidemment « Leg » O’Riley puisqu’il ne navigue plus, ayant eu une jambe sectionnée par un câble qui s’était dévidé à toute vitesse d’un treuil emballé. Et comme il ne navigue plus, il vient souvent rôder à l’Auberge du Crabe, clopinant sur sa prothèse en plastique, clob, clob, clob, un bonnet de matelot en laine bleue tricotée enfoncé jusqu’aux oreilles sur une abondante chevelure blonde qui flotte en désordre sur ses épaules massives. Il fait penser à un Buffalo Bill marin.

–  Salut, Tak.

–  … Salut, Pâd. Je te sers quelque chose ?

–  Comme tu sais quoi, j’ai pas b’soin de te le dire.

Son prénom est Pâdraig  –  pour les irréductibles qui refusent de l’angliciser en Patrick …

Takeuchi se dirige vers le monumental poêle sibérien en faïence rouge et jaune qui ronfle gaiement face au comptoir. Elle glisse le tisonnier au milieu des braises incandescentes, le laisse rougir. Elle enduit de beurre l’intérieur d’une chope en grès. Moitié rhum, moitié eau de source, le jus d’un citron vert, une branche d’algue. Quand le tisonnier est chauffé à blanc, elle le plonge dans le grog qui bouillonne, fume, mousse, siffle, pétille, grésille.

–  Tiens, Pâd.

–  Aah !  Ça c’est bon …

Hot buttered rhum  –  un grog beurré servi brûlant  –  la boisson préférée des vieux loups de mer.

–  Perds surtout pas la r’cette, Tak. T’es une des rares aujourd’hui à savoir beurrer un mug comme il faut.

L’unijambiste semble très intéressé par un insecte vert qui fait des acrobaties sur une poutre au plafond. Il chuchote :

–  Selma …

–  Quoi, Selma ?

–  Selma MacGovern …

–  Pas besoin de me faire un dessin. Y a pas trente six Selmas sur Little Sitkin. Qu’est-ce que tu lui veux encore, à Selma MacGovern ?

–  Elle a un nouveau jules.

–  Si tu n’as que ça comme nouvelles, je ne suis pas fascinée.

–  C’est un de tes compatriotes.

–  Un Japonais ! !

Takeuchi semble brusquement se réveiller.

–  Tu es en train de me dire que Selma MacGovern a pris un Japonais comme nouvel amant ?

–  C’est très exactement le message que j’essaie de te faire passer depuis une heure.

–  Tu les a vus ensemble ?

–  Moi non. Mais elle l’a invité à déjeuner. Ils ont passé l’après-midi ensemble. Et ils ont fait quelques belles galipettes sur le divan.

–  Comment le sais-tu ?

–  Par Ozaleea.

–  Comment le sait-elle ?

–  Elle regardait par le trou de la serrure. Selma a commencé par lui faire une fellation. Puis elle s’est agenouillée sur le divan, la tête dans ses mains, ses fesses dressées bien haut vers le plafond. Elle lui a demandé de la sodomiser.

–  Je vois mal Ozaleea utiliser ce langage. C’est une métisse d’Inuit et d’indien Nisga’a. Intelligente. Même très intelligente.  Mais complètement inculte. Travaillait à treize ans à la conserverie de Dutch Harbor. Ne savait ni lire ni écrire quand elle est arrivée ici. J’ai eu beaucoup de patience avec elle, je la faisais venir le soir pour lui donner des leçons d’anglais. A part vider les poissons, frotter les parquets, à la rigueur écarter les cuisses, elle ne sait malheureusement pas faire grand-chose d’autre. J’avais essayé de la prendre comme fille de cuisine, c’est impossible : elle casse tout ce qu’elle touche, fait le contraire de ce qu’on lui dit, répond grossièrement, se mouche dans ses doigts, se torche le cul avec son tablier. Tu parles ! Même si Ozaleea se fait sodomiser au plumard, elle ne sait sûrement pas ce que ce mot veut dire.

–  Je disais ça pour ménager tes oreilles, Tak.

–  Je veux savoir quelles ont été les paroles réellement prononcées ? Ne te fais aucun souci pour mes oreilles. Entre les GI’s au Japon et les marins en Alaska, elles sont blindées depuis longtemps.

–  Ozaleea a entendu distinctement : Enfonce moi ta grosse bite bien profond dans le cul.

–  Tu baises Ozaleea ?

Pâdraig O’Riley prend un air modeste.

–  Ça peut m’arriver… Quand elle a fini de laver sa cuisine.

–  En tablier ?

–  On peut rien te cacher …

–  Son grand tablier bleu en toile de jeans ?

–  Copieusement délavé et assoupli par quelques centaines de lessives … Des vraies lessives à l’ancienne. Faites sur une planche cannelée, tu sais, avec un pain de savon à la soude et une brosse en chiendent. Ça j’adore. J’ai toujours aimé baiser une nana pendant qu’elle lave. Je lui trousse sa blouse par derrière et je lui glisse Popaul par la fente du tablier.

–  En levrette ?

–  Dès fois en levrette ? Dès fois dans son trou-trou.

–  Son trou à caca ?

–  Un bouchon.

–  Quoi un bouchon ?

–  C’est ce que Ozaleea me dit. Ma queue bouche son trou, ça l’empêche de me péter en pleine figure.

–  Ça c’est une réflexion très insolente de la part d’une femme, ne trouves-tu pas ?

–  À moi de lui apprendre le respect …

–  Si elle m’avait fait cette réflexion à moi, c’était le nez dans son eau savonneuse, la blouse en l’air, le tablier écarté … et une magistrale fessée, courbée sur son bac à lessive.

–  Je vois que tu connais la bonne méthode, Tak.

–  Tu fesses Ozaleea ?

–  Quand elle fait sa tête de cochon, je lui tanne la couenne. Il le faut. C’est le langage qu’elle comprend le mieux.

–  La fessée manuelle ?

–  Le plus souvent à pogne nue, oui. Mais elle a tâté quelques fois du battoir à linge. Elle en a une trouille bleue. Il suffit que je lui montre le battoir pour qu’elle se roule au seul panard qui me reste et me nettoie entre les orteils avec sa langue.

–  J’espère que tu as lavé ton pied avant !

–  Pas toujours, Tak, pas toujours … Lui faire lécher mon pied bien crasspek et qui schlingue le maquereau pourri, ça fait aussi partie de son dressage.

–  Pâd, tu n’es rien d’autre qu’un vieux dégueulasse.

–  Je suis assez d’accord avec toi.

–  Il ressemble à quoi, ce Japonais qui encule la Selma ?

–  Plus petit que toi et énorme … Un vrai tonneau !  Seulement, Tak …

Le vieux marin fait un clin d’œil. Il se penche, confidentiel, et fait avec ses doigts crevassés, couverts de callosités et de durillons, le geste de palper amoureusement une liasse de billets de banque.

–  Il a du flouss, le mec, j’aime autant te l’dire …

–  Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

–  D’abord il est sapé comme un milord … Un vrai milord angliche. Il porte une bague avec un diam bleu gros comme une putain de cacahuète. Et il a offert à la Selma un collier de perles fines.

–  Un collier de perles fines … À Selma ?

–  C’est comme je te l’dis, Tak. Ozaleea me l’a montré. Des perles de Sumatra . Nous en faisions la contrebande quand j’étais premier-maître sur le Buddha Bitch.

Il boit une longue lampée de son grog beurré, ourlant ses lèvres d’un large halo huileux. Il souffle bruyamment et se racle la gorge.

–  C’est pas bon, tout ça. Pas bon pour Derek, pas bon pour Vinnie, pas bon pour personne sur nos îles. Si tu m’en crois, cette gonzesse va nous apporter davantage d’emmerdes qu’il y a de phoques derrière un banc de harengs.

–  T’emballe pas, Pâd, merde … Des nanas qui ont le feu au cul, il en existe partout.  C’est pas pour ça que le monde s’arrête de tourner.

–  Le feu au cul est une chose. Ça se guérit très bien par quelques déculottées. Mais le feu au cul plus une absence complète de sens moral plus une ambition dévorante et une soif démesurée de richesses, tout ça ensemble ça fait de la dynamite. Et quelque chose me dit que cette dynamite qui se fabrique en ce moment va nous péter en pleine poire d’ici peu.

Les paroles de l’unijambiste hantèrent le cerveau de Takeuchi pour le restant de la matinée. Il est vrai qu’il y avait de quoi s’inquiéter. Ses avances ayant échoué au Crab’s Inn, Monsieur Hô était évidemment allé faire ses propositions à Selma MacGovern, la femme de l’associé de Kowalski. Et si Takeuchi s’était barricadée derrière les valeurs refuges qui lui tenaient à cœur  –  la loyauté, le sens du devoir, la fidélité conjugale  –  il n’était pas du tout certain que la Selma ait fait de même …

Après déjeuner Takeuchi monta au grenier, sous l’antenne qui dominait l’île. Elle s’assit devant l’émetteur-récepteur.

– Four, Three, Two, One, Zero …. 0I5 Shoreline appelle Lady Alaska … 015 Shoreline appelle Lady Alaska … M’entendez-vous, Lady Alaska ?

Grésillements. Fading. La météo n’était pas bonne.

Enfin :

–  Ici Lady Alaska … Ici Lady Alaska … Je vous écoute, 015 Shoreline.

–  Vinnie !

–  C’est toi, Tak ?

–  Oui mon chéri, c’est moi. Où es-tu ?

–  A huit milles de Bay James. Je n’ai plus qu’à visiter les casiers de Crowitzen et je rentre.

–  Retourne tout de suite à Oglala, Vinnie. Va vérifier nos bouées là bas.

–  Qu’est-ce que tu me racontes là ? Je les ai visitées ce matin. Tout est impec.

–  Vinnie, je t’en conjure … Je n’ai pas l’habitude d’être sur ton dos, tu le sais … Il se passe quelque chose de grave en ce moment. Si je te demande d’aller vérifier nos bouées, c’est que j’ai de bonnes raisons.

Un silence.

Grésillements.

–  M’entendez-vous, Lady Alaska ?

–  Oui, Tak, je t’entends. Bon, d’accord, tu as sûrement de bonnes raisons. Je retourne à Oglala. Ça va ma prendre quatre heures et me faire rentrer en plein cirage. Ne m’attends pas avant onze heures ou minuit.

–  Enregistré, Lady Alaska. Rodger and Out.

–  Rodger and Out.

Quatre heures plus tard:

–  Lady Alaska appelle 015 Shoreline … Lady Alaska à 015 Shoreline … Est-ce que tu m’entends, Tak ?

–  Je t’entends 5 sur 5, Vinnie.

 –  Tout est impec à Oglala. Pas une seule bouée ne manque. Tu peux préparer tes fesses pour mon retour.

Takeuchi respira mieux. O’Riley détestait Selma et ne ratait aucune occasion de dire du mal d’elle. Il aimait les filles simples, nature et sans chichis. Celles qui lui rappelaient les vachères du comté de Kilkenny, qu’il culbutait sur la lande quand il avait seize ans. Un jour il en avait sauté une par derrière, dans une étable près de son village natal de Knockamullin. Quand il eût fini de baiser elle s’était retournée. C’était la mère du curé, soixante piges bien sonnées. Il en riait encore. Selma était le type même de la ravissante chipie que la main démange de fesser : une poupée maniérée, séductrice, rouée, faux jeton comme c’est pas permis, les cheveux décolorés en un rose pâle vaguement nacré, sortant sur le quai en planches de Hoet Harbor chaussée de chaussures à talon aiguille en lamé or et faisant décrire des loopings à son arrière train devant les équipages des garde-côtes. Pour parfaire le tableau, Selma MacGovern n’était pas un modèle de vertu, tant s’en faut. Une « Marie-couche-toi-là », disait Horace D. Clayborne, le seul médecin à jamais venir, défiant l’Alaskan Fishing, jusqu’à cette queue perdue de l’archipel, touchant aux eaux russes et japonaises. Bon, d’accord. Mais entre avoir « le feu au cul », selon l’expression de l’unijambiste irlandais, et vendre les casiers des pêcheurs locaux à des pirates japs opérant depuis la mer d’Okhotsk, il y avait une marge.

Préférant de beaucoup recevoir une fessée plutôt que de perdre une campagne de pêche, Takeuchi se sentit toute ragaillardie. Elle se prépara une clam chowder  –  une soupe épicée à base de clams et d’ormeaux mijotés dans une sauce aux algues. Elle s’en voulait d’avoir pensé du mal de Sally.

Ozaleea l’avait vue se faire tamponner la rondelle par Monsieur Hô, d’accord. Et le Japonais lui avait fait cadeau d’un collier de perles  –  des perles fines de Sumatra, d’après le vieux forban qui semblait s’y connaître.

Bon, bon …

Tromper son mari pendant qu’il est en mer, ce n’est ni bien propre ni très joli. Ça mérite le fouet, suivi d’un mois aux tâches ménagères les plus pénibles, les plus sales et rebutantes, en blouse bleue et grand tablier de toile épaisse, à larges bretelles croisées dans le dos, les mains dans le détergent avec interdiction de mettre des gants. Et des lavements disciplinaires au plus infime signe d’insubordination. Ça c’est sûr !

Mais, comme elle l’avait fait remarquer à l’unijambiste, ce n’est pas parce qu’une pétasse est une coureuse et une salope qu’elle est pour autant une voleuse.

Pour se punir d’avoir été soupçonneuse jusqu’à la médisance, Takeuchi va se trousser devant le miroir de la salle de bains. Elle présente son dos à la glace, baisse à mi-cuisses sa petite culotte mauve, ourlée d’un feston de dentelle blanche. Elle écarte des deux mains les pans de son tablier rose et se regarde par-dessus l’épaule gauche.

–  Qu’est-ce que tu vois, Tak ? demande-t-elle à son image.

Le miroir répond :

–  Une petite sotte, cul nu en tablier, qui va se prendre une bonne fessée.

–  Qu’a-t-elle donc fait pour mériter la fessée ?

–  Elle a été méchante. Elle a eu de très vilaines pensées. Elle a injustement et fielleusement calomnié Selma MacGovern. Alors qu’elle n’avait aucune preuve valable, elle a écouté, comme l’idiote qu’elle est, les radotages de ce vieux poivrot  d’O’Riley. Et comme, disons le, elle n’aime guère Selma, elle a pris beaucoup de plaisir à dire plein de mal d’elle.

–  Tu aimerais fesser Selma, n’est ce pas, Tak ?

–  Ah ! Ça oui alors ! ! !

–  Simplement c’est toi qui a été vilaine aujourd’hui. Par conséquent c’est toi qui a besoin de te faire fesser. Vrai ou faux ?

–  Vrai, murmure piteusement Takeuchi.

–  Regarde sur ta coiffeuse, dit le miroir.

Elle obéit.

–  Qu’y vois-tu ?

–  Des pots de crème, des peignes, une lime à ongles, ma pince à épiler, plusieurs tubes de pommade, du rimmel, de la poudre de riz …

–  Continue, ma jolie … Moi j’ai tout mon temps.

–  Ben oui, quoi ! ! … Mon poudrier, ma trousse de toilette, un flacon d’huile de massage, la mousse pour le bain …

–  Si j’étais toi, Tak, j’en inventerai encore … Oui, tu vois … J’en inventerai tout plein d’autres !  Pour surtout ne pas mentionner l’essentiel.

La patronne du Crab’s Inn devient rouge jusqu’au pourtour des oreilles.

–  Tu veux dire la …. ??

–  Ma foi, il me semble que ça pourrait en effet être LA ….

–  LA ??

–  Oui, Tak.

–  LA B …. ! ! !

–  Oui, Tak.

–  Ma brosse à cheveux ! !

–  Va la prendre.

–  Mais je vais être fessée quand mon mari va rentrer ! proteste Takeuchi sur le ton d’une gamine pleurnicharde et pleutre.

–  Naturellement tu vas être fessée au retour de Vinnie. Fessée de main de maître, oserai-je ajouter, et tu ne l’auras pas volé. Néanmoins un petit avant goût de ta punition te sera à mon avis bénéfique. Va chercher ta brosse à cheveux.

Elle obéit.

–  Maintenant donne toi une fessée devant la glace.

Takeuchi se claque le derrière avec le dos de la brosse.

–  Ecarte plus largement ton tablier sur les côtés et penche toi en avant. Je veux voir ton cul devenir rouge vif.

Pif, Paf … Pif, Paf … Pif, Paf …

–  Plus fort. Je veux entendre de vraies claques.

PIF, PAF …. PIF, PAF …. PIF, PAF ….

Takeuchi accélère le mouvement, claque de plus en plus fort. Elle ouvre la bouche. Elle se trémousse tout en se fessant. Elle salive. Ses seins durcis tendent à craquer la bavette de son tablier. Elle écarquille ses yeux, les ferme, les rouvre … ferme, ouvre … bouche … salive … regard … chaleur …

Elle se met à haleter, à gémir. Elle articule des mots sans suite :

–  Vilaine Tak … La Fessée ! !  …. Oh ! Aaah …. Ouiiiiiiiiiiiiiii …. On fesse la vilaine Tak …. On la fesse cul nu …. Rôôôôôh … ON LA FESSE ! ! …. LA FESSE ! ! ! ….. LA FESSE ! ! !

PIF, PAF …. PIF, PAF …. PIF, PAF ….

Elle râle.

Se cabre.

Les mouvements désordonnés de ses jambes déchirent sa culotte qui se fend en deux.

PIF, PAF …. PIF, PAF …. PIF, PAF ….

Elle empoigne fébrilement la jupe de son tablier et la tend, droite et raide, étalée comme un écran opaque devant ses cuisses humides, secouées d’un tremblement incontrôlable.

Le miroir montre la patronne du Crab’s Inn se tordant dans son tablier, en train de se payer un fantastique orgasme sous son auto-fessée à la brosse à cheveux.

Six heures plus tard :

–  Ici 015 Shoreline, je vous écoute Lady Alaska.

–   ……………………

–  015 Shoreline écoute … Four, Three, Two, One, Zero … Venez Lady Alaska.

La communication est bourrée de parasites.

–  Venez Lady Alaska.

–  …………………….

–  Tak ! !

–    … Oui, Vinnie.

–  Je t’entends mal.

Elle règle quelques boutons. Monte un curseur, en abaisse un autre.

–  Est-ce que c’est mieux ?

–  Oui, maintenant je t’entends.

–  Tu rentres ?

–  Non, pas du tout !

Elle comprend à son ton que ça ne va pas.

–  Où es-tu ?

–  Je sors d’Oglala. Nos bouées ont été changées sur les lignes de l’île aux Rats. Douze rangées ne sont déjà plus repérables. Je suis retourné à Bay James … Même chose là bas !  Tu avais raison, des pirates attaquent nos lignes.

–  Qu’est-ce que tu comptes faire ?

–  De toute façon, je ne peux plus rentrer. Ces salauds sont en train de nous voler nos casiers. Je ne sais pas par où ils se sont introduits dans notre zone de pêche, mais il faut absolument que je reste sur place. Les Russes ne viennent plus chez nous depuis qu’ils ont introduit le King Crab sur les côtes de Sibérie. Je pense que ce sont plutôt des Japonais. La mer d’Okhotsk n’est pas loin. S’ils tirent nos casiers jusque là, nous sommes cuits. Ils seront dans leurs eaux territoriales et nous ne pourrons pas les poursuivre.

Takeuchi fit un rapide calcul. Sur le marché de Yokohama  –  le plus grand marché de poissons au monde  –  le crabe royal d’Alaska, plus coté que le sibérien, se vend entre 60 et 80 dollars le kilo. Au moment des fêtes, les prix peuvent grimper jusqu’à $100. La capture de deux mille casiers représentait un bénéfice net de plus de trois millions de dollars. Effectivement, Monsieur Hô pouvait se montrer généreux. Le raid des pirates visait les lignes des trois pêcheurs opérant dans cette zone extrême des îles Aléoutiennes. La zone la plus éloignée des États-Unis, et la plus proche du Japon, par conséquent le plus vulnérable. Entre Kowalski, MacGovern et les pêcheries d’Andersen sur Segula, les Japs raflaient au moins cinq cents tonnes de crabe royal. Une fortune !

–  Sais-tu où est le Who Cares en ce moment ?

–  Non. Mes appels restent sans réponse.

–  Qui a changé les bouées ?

–  Qu’est-ce que tu veux dire ?

–  Si, comme tu le penses, des pirates japonais opèrent dans nos eaux et nous volent nos casiers, quelqu’un leur a obligatoirement donné l’emplacement de nos bouées. Sinon ils peuvent se promener jusqu’à Noël dans le détroit de Béring. La cordillère des Aléoutiennes fait deux mille kilomètres d’est en ouest.  Autant chercher une aiguille dans une meule de foin …

–  Tak …

–    … Oui, Vinnie ?

–  Vas y. Allez. Tu en as trop dit ou pas assez. Donne moi le fond de ta pensée. Tu sais à quel point  tes conseils m’ont été précieux par le passé.

–  Le fond de ma pensée, mon chéri, même si ça doit te faire mal, c’est que cette salope de Selma a embobiné Derek … Derek qui est financièrement aux abois … Qui en est à descendre sa bouteille de rye par jour … Qui n’est plus que l’ombre de lui-même … Et qui, dans un coup de folie  –  quitte à se flinguer après pour s’en punir  –   Pourrait très bien avoir accepté le pognon des pirates.

–  Non.

La voix étranglée, rauque et rageuse de Kowalski hurla une seconde fois :

–  NON ! ! !

La communication fut coupée net. Lady Alaska ne souhaitait plus parler avec 015 Shoreline.

Derek MacGovern et sa bonne femme étaient des sujets trop brûlants. Vinnie Kowalski avait beau assister quotidiennement à la déchéance de son ami et associé, il s’obstinait à nier l’évidence.  Ou plutôt il ne voulait pas la voir.

Deux marins naufragés accrochés à une bouée de sauvetage, dérivant deux jours et deux nuits dans le golfe du Koweit … Ce sont des choses qui ne s’oublient pas.

Takeuchi descend du grenier où se trouve, sous l’antenne de toit, l’émetteur-récepteur. Elle va dans son petit bureau : un réduit vitré situé à droite de la cuisine. C’est elle qui tient la comptabilité et s’occupe des fonctions administratives liées à son bar-restaurant. La société de pêche Vindek a sa comptabilité à part, confiée à un cabinet d’experts-comptables spécialisé dans les affaires maritimes, ayant ses bureaux à Dutch Harbor.

Takeuchi ouvre un tiroir de sa table de travail, prend un lecteur-enregistreur MP3 Sony, vérifie l’état de charge des piles. Elles sont usées à un peu plus de la moitié, laissant environ une heure de fonctionnement.

Takeuchi programme l’appareil sur la fonction record (enregistrer), le met en marche, le glisse dans la poche ventrale de son tablier et récite à haute voix les vers d’un haiku que tous les enfants japonais apprennent au lycée : Le voleur qui entre est mon propre fils/ A cache-cache, compte à trois/ saute par la fenêtre et puis s’en va.

Test négatif. Le fait de cacher l’appareil dans la poche a empêché l’enregistrement correct de la voix. Le petit Sony est essentiellement conçu pour une utilisation en dictaphone, l’utilisateur se tenant tout près et parlant en face. Son micro incorporé est trop faible pour avoir pu capter le son à travers l’étoffe du tablier. Il faudrait brancher un micro externe sur l’entrée line in. Mais Takeuchi n’en a pas. Elle connaît Lars Heyerdahl qui est passionné d’ornithologie et fait des CDs de cris d’oiseaux. Il a du matériel d’enregistrement professionnel qu’elle pourrait lui emprunter. Mais le temps presse. D’une part Lars habite sur l’île de Tanaga, à six heures de navigation. D’autre part son magnétophone sophistiqué, enfermé dans une coque résistant à l’eau de mer, a la dimension d’une grosse valise. Or pour ce qu’elle veut en faire il est impératif de pouvoir le dissimuler.

Takeuchi fait un deuxième essai, entrouvrant cette fois la porte, laissant le dictaphone tourner dans l’entrebâillement et s’en éloignant de trois à quatre mètres : Le voleur qui entre … 

C’est loin d’être fameux, mais en montant le volume au maximum on parvient à comprendre les mots. Alors qu’avec l’enregistrement fait dans le tablier on entendait qu’un ronflement continu, inintelligible. Il faut faire avec ce qu’on a.

Allons y, c’est parti …

Elle appuie sur la touche programmée de son téléphone, correspondant au  numéro des Wilbur.

–  Charlotte ?

 –   … oui, Tak. J’ai reconnu ta voix.

–  Es-tu occupée en ce moment ?

–  Je suis en train de décaper un vieux buffet. Mais plus longtemps on laisse agir le produit, moins j’aurai de mal à gratter la vieille peinture. Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?

–  Peux-tu être au sémaphore dans un quart d’heure ?

–  J’y serai, Tak.

Du bureau, la patronne du Crab’s Inn va dans la chambre. Ouvre le dernier tiroir au bas de la commode. S’empare du Chat à Neuf Queues. Sort, ferme le bar à clé.

Dans le petit port aménagé au fond de l’anse abritée de Hoet Harbor, le seul chalutier à quai est le Eye of Providence, patron Anthony Guttierez : son treuil est en panne. Un matelot chante dans le poste de pilotage, s’accompagnant de l’accordéon. Les accents d’une vieille balade du Grand Nord, datant de la ruée vers l’or sur le Yukon, parviennent aux oreilles de Takeuchi :

George turned to Sam
With his gold in his hand
Said Sam, you’re lookin’ at a lonely, lonely man
I’d trade all the gold that’s buried in this land
For one small band of gold to place
On sweet little Ginnie’s hand

George se tourna vers Sam
Avec son or dans sa main
Lui dit Sam, tu vois un homme qui est seul, terriblement seul
J’échangerais tout l’or qui est enterré dans ce pays
Pour pouvoir glisser un mince anneau d’or
Au doigt de la douce petite Ginnie
 
Le martinet à la main et l’enregistreur numérique dans sa poche, sanglée, on devrait plutôt dire cuirassée dans son grand tablier à bretelles enveloppant et protecteur, les cheveux en bataille, le regard dur et la mâchoire serrée, Takeuchi prend à droite sur le quai et se dirige, rongée d’inquiétude mais déterminée à tirer cette affaire au clair, vers le sémaphore où elle a donné rendez-vous à Charlotte Wilbur.

Where the river is windin’
Big nuggets they’re findin’
North to Alaska ! !
They go north  –  the rush is on
North to Alaska ! !
They go north  –  the rush is on

Là où la rivière fait une boucle
Ils trouvent de grosses pépites
Nord vers l’Alaska ! !
Ils vont au nord  –  la ruée a commencé
Nord vers l’Alaska ! !
Ils vont au nord  –  la ruée a commencé

 

.../... à suivre


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