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  • : Ce blog est consacré au fétichisme des tabliers de cuisine de femme, des blouses de femme et des torchons de cuisine. Il s'adresse aux adultes seulement, ayant atteint l'âge de la majorité légale dans le pays. Et tenez les enfants à l'écart, bien sûr.
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Dimanche 10 novembre 2013 7 10 /11 /Nov /2013 09:00

Mille mercis à mon ami Molenbeek pour cette merveilleuse pièce.

 


L'ARTIFICIER

 

Drame en 3 actes de Jean-François Molenbeek

 

 

PERSONNAGES :

 

CÉCILE : 36 ans. Grande, plutôt forte – plus grande et surtout plus imposante que son mari. Type de la « maîtresse femme ». Elle est vêtue d’une blouse de ménage à fleurs sur laquelle elle a noué un tablier à bavette.

 

GEORGES : mari de Cécile. 33 ans. Ventripotent. Petite moustache noire taillée en brosse. Allure de sous-chef dans une administration (Courteline !)

 

HENRI : la cinquantaine. Cheveux poivre et sel ondulés, visiblement coiffés par un artiste du métier. Distingué, à la limite du « vieux beau ». Vêtu d’un ensemble sport italien de grande marque ; chaussures anglaises cirées à un brillant de miroir.

 

 

 

ACTE 1

 

 

Le rideau se lève sur le salon, d’un faux rustique assez tape-à-l’œil, d’une résidence secondaire. Deux fenêtres, au fond, laissent apercevoir un paysage de montagnes et d’alpages. Entre ces deux fenêtres se trouve la porte d’entrée. Côté jardin, deux portes fermées mènent l’une à la cuisine, l’autre aux W.C. Côté cour un rudimentaire escalier, imitant une échelle de meunier, donne accès aux chambres à l’étage.

 

Cécile et Henri sont assis côté jardin, côte à côte sur deux chaises, étroitement ligotés. Leurs bras sont liés derrière le dossier ; leurs chevilles attachées aux pieds des chaises ; des cordes passant sous les aisselles, autour de la taille, encerclant les cuisses et les mollets, achèvent de les réduire à la plus complète impuissance.

 

Georges leur fait face côté cour, assis dans un fauteuil, jouant avec un revolver qu’il tient dans sa main droite. Il ne menace pas directement le couple attaché, mais semble se passionner pour tel ou tel détail du revolver – de temps en temps un haussement de sourcils, une moue de la bouche, un hochement de tête comme s’il venait de comprendre quelque chose d’important concernant l’arme. Puis il lève enfin les yeux et contemple pensivement Cécile et Henri sans prononcer une parole.

 

Entre Georges et ses victimes, une valise de taille moyenne est posée sur une table basse. De cette valise s’échappe un TIC-TAC –– TIC-TAC –– TIC-TAC –– régulier et lancinant. Cette scène figée et muette dure 4 bonnes minutes.

 

TIC-TAC  ––  TIC-TAC  ––  TIC-TAC  ––  TIC-TAC  ––

 

Côté jardin, le couple ligoté, immobile, regarde intensément la valise.

 

Côté cour, Georges continue ses petites mimiques, comme absorbé dans ses pensées et se parlant à lui-même, marmonnant des mots inintelligibles. Par moments il observe d’un air passionné et amusé l’arme dans sa main. Puis il dirige des regards appuyés, pensifs sur le couple en face de lui…

 

Pendant ce temps la valise :

 

TIC-TAC   –––   TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––

 

Enfin Georges se lève. Veston ouvert, il glisse le revolver sous la ceinture de son pantalon, marche sans se presser vers sa femme. Il contourne la chaise où est attachée Cécile, se baisse pour défaire les nœuds derrière le dossier   nœuds qu’il s’empresse de renouer une fois qu’il lui a libéré, non pas son bras entier, mais juste l’avant bras pour qu’elle puisse le ramener par devant et se servir de sa main.

 

Il lui place le revolver entre les doigts de Cécile, l’index sur la gâchette.

 

Il recule pour se tenir debout derrière la valise qui continue son TIC-TAC.

 

GEORGES (l’air content de lui)  – Vas-y, tire.

 

Cécile ne réagit pas. Elle se borne à regarder intensément son mari.

 

GEORGES (provocateur)  – Eh bien, qu’est-ce que tu attends ? Tue-moi donc, ça avancera ma mort de quelques minutes… (Il soulève le couvercle de la valise, se penche pour examiner le mécanisme d’horlogerie qui contrôle le détonateur)… de très exactement quatorze minutes et vingt-huit secondes.

 

Nouvelle scène figée et muette de 4 minutes. Rien ne bouge, personne ne souffle mot. Cécile tient le revolver pointé sur son mari, mais elle ne tire pas. Georges regarde sa femme en souriant.

 

TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––

 

Cécile ouvre sa main, relâche ses doigts et laisse tomber le revolver par terre.

 

CÉCILE :  – Bien joué, Georges. Mais ta perversité ne m’étonne pas… Tu es bien le vilain garnement, retors et malfaisant, que j’ai toujours connu.

 

GEORGES (tout fier et exalté)  – Ce sont les paroles exactes de ma mère quand j’avais dix ans.

 

CÉCILE :  – Je tire mon chapeau à ton coup de maître.

 

GEORGES (brusquement assombri) :  – Ne m’appelle pas « maître ».

 

CÉCILE :  – Je ne vois pas d’autre mot pour qualifier ton coup d’éclat.

 

HENRI (sarcastique)  – Je joins mon admiration à celle de votre épouse… Quelle audace !  Quelle maîtrise ! !

 

CÉCILE :  – Avoir monté ce piège, être parvenu à nous attirer, Henri et moi, dans notre maison de campagne isolée, à l’écart de tout, sans voisins… Si cela ne s’appelle pas un coup de maître, alors je suis la reine des cruches.

 

GEORGES (au bord des larmes)  – Non ! !  (voix de bébé coléreux)  – Zé ne veux pas ! ! !

 

CÉCILE (grosse voix, sourcils froncés) Môôôssieu ne veut pas ?

 

GEORGES (tapant du pied)  – Non ! ! !

 

 

 

TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––

 

 

 

CÉCILE (se tournant vers Henri en soupirant)  – Dire que ce malheureux va mourir dans la peau d’un maître… Ça lui va comme un tablier de soie à une fille de cuisine.

 

HENRI :  – Ou comme une grosse pine bien bandante à un petit branleur de pissotière.

 

CÉCILE :  – C’est risible.

 

HENRI :  – Lamentable.

 

Le visage empourpré, Georges se tortille, pétrit nerveusement ses mains et renifle comme un mioche grondé.

 

 

 

TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––

 

 

 

CÉCILE:  – Georges?

 

GEORGES (petite voix)  – Oui.

 

CÉCILE (affectueuse mais ferme)  – Tu n’as encore jamais commis une sottise… (de sa main libre elle désigne la valise)… aussi grosse et lourde de conséquences que celle-ci.

 

GEORGES (fondant en larmes, le visage dans ses mains)  – Je le sais… Oh ! Je le sais bien ! ! !

 

CÉCILE (dangereusement doucereuse)  – Veux-tu vraiment mourir sans avoir expié ton énorme faute, Georges ?

 

GEORGES (pleurnichant)  – Non, Maîtresse.

 

CÉCILE :  – Combien de temps nous reste-t-il à vivre ?

 

Georges soulève le couvercle, regarde dans la valise.

 

GEORGES :  – Huit minutes et dix-sept secondes.

 

Cécile hausse les épaules dans ses liens et écarte ses deux mains en signe d’impuissance.

 

CÉCILE :  – Alors tant pis…

 

GEORGES :  – Que veux-tu dire, Maîtresse ?

 

CÉCILE (voix dure)  – Tu sais très bien ce que je veux dire… TU LE SAIS PERTINEMMENT, MON PETIT GEORGES… À savoir que pour t’administrer la sévère correction que tu mérites, il me faut beaucoup plus de huit minutes.

 

GEORGES :  – C’est vrai, Maîtresse.

 

CÉCILE :  – Je dois d’abord me mettre en tenue.

 

GEORGES (salivant, les yeux brillants)  – Oui… Oh oui, Maîtresse ! ! !

 

CÉCILE :  – Rien que pour préparer ton lavement, ça va me demander dix bonnes minutes.

 

GEORGES :  – Peut-être même un quart d’heure, Maîtresse.

 

CÉCILE :  – Mettre mon grand tablier de caoutchouc par-dessus ma blouse et mon tablier de ménage.

 

GEORGES (apoplectique)  – Le bleu ou le blanc, Maîtresse ?

 

CÉCILE (ton de tragédienne dans Hamlet)  – Ni l’un ni l’autre.

 

GEORGES (voix mourante)  – Alors… ? ?

 

CÉCILE :  – Oui.

 

GEORGES :  – Pitié, Maîtresse ! ! !

 

CÉCILE :  – Je le mettrai pour te châtier.

 

GEORGES :  – Non ! ! !

 

CÉCILE :  – Si.

 

GEORGES :  – Avec les tentures ?

 

CÉCILE :  – Oui… Le cérémonial funèbre.

 

GEORGES :  – Et après la cérémonie funèbre, Maîtresse ?

 

CÉCILE :  – Le fouet.

 

GEORGES :  – Tout nu sur le lit de harem… Me tordant dans mon linceul sur tes beaux coussins en soie de Samarcande ?

 

CÉCILE :  – Rien de tout ça. Le martinet à la cuisine. Administré devant la bonne. Môôôssieu Georges dansant au milieu des casseroles et des marmites, frottant furieusement ses fesses fouettées entre les pans écartés de son grand tablier bleu de souillon.

 

GEORGES :  – Tu as raison, Maîtresse.

 

CÉCILE :  – J’ai toujours raison.

 

GEORGES :  – C’est vrai, Maîtresse.

 

CÉCILE :  – Au revoir, Georges… Peut-être nous retrouverons-nous dans une autre vie ?

 

GEORGES :  – Pas avant ma punition ! !

 

CÉCILE :  – Peux-tu retarder l’explosion de ta bombe ?

 

GEORGES :  – C’est facile (il soulève le couvercle de la valise, débranche un fil, vérifie le mécanisme)  Voilà ! ! (il consulte sa montre)  Je l’ai réglée sur midi. Ça nous fait gagner presque une heure.

 

CÉCILE :  – C’est parfait. Comme tu es au pain et à l’eau pour déjeuner, je n’ai pas de cuisine à faire (soupir). Dommage… J’avais prévu ton dessert préféré : des fraises à la crème.

 

HENRI (sur le ton détaché d’une conversation mondaine)  – De toute façon Georges ne perd rien. Ce n’est pas quand son corps sera désintégré qu’il mangera des fraises à la crème.

 

Georges lui lance un regard homicide.

 

CÉCILE :  – Fini le péché de gourmandise.

 

HENRI :  – Il n’aura plus jamais la merde au cul.

 

CÉCILE :  – Je n’aurai plus besoin de le torcher comme un môme foireux.

 

HENRI :  – Ni de le coucher sur ton grand tablier pour lui donner la fessée.

 

 

 

TIC-TAC  –––  TIC –TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––

 

 

 

CÉCILE (ton cassant)  – Assez plaisanté !  Maintenant ôte-moi ces ridicules ficelles pour que j’aille me mettre en tenue.

 

Georges défait l’un après l’autre les liens qui entravent sa femme.

 

Quand Cécile est libérée elle se lève, fait jouer ses membres engourdis, administre une retentissante paire de claques à son mari, va ouvrir la seconde porte côté jardin et disparaît dans la cuisine.

 

 

 

Le rideau tombe

 

 

 

L’ARTIFICIER

 

ACTE II

 

 

Le décor est identique à celui du premier acte. Henri est toujours ligoté sur sa chaise. Cécile est dans la cuisine dont la porte est restée entrouverte. Georges, en costume marin à culottes courtes, joue avec le revolver comme le ferait un gosse de 10 ans : il vise des ennemis imaginaires ... Fait semblant de tirer, PAN, PAN, PAN ... Change de position pour tirer dans une autre direction ...

 

La porte de la cuisine s’ouvre, Cécile en sort ceinte d’un immense tablier en pvc noir brillant, la large bavette montant haut sous le menton, la jupe, raide et luisante, tombant aux chevilles. Ce grand tablier imperméable est noué par-dessus le tablier de ménage et la blouse à fleurs qu’elle portait déjà à l’acte précédent. Ses mains sont derrière son dos.

 

CÉCILE (observant d’un air narquois la joujoute guerrière de Georges)  – Arrivez ici, monsieur le cow-boy… C’est l’heure de baisser culotte pour recevoir la fessée.

 

Georges cesse immédiatement de jouer. Il se fige, comme pétrifié.

 

GEORGES (bas, en s’étranglant)  – Oui…

 

CÉCILE :  – Oui qui ?

 

GEORGES :  – Oui, Maîtresse.

 

CÉCILE :  – Bas la culotte. Ton caleçon aussi… TOUT DE SUITE ! ! !

 

Par gestes saccadés, fébriles, Georges s’empresse de déboutonner les boutons de côté de sa culotte à pont. Elle glisse en bas de ses cuisses. Le caleçon de percale blanche suit le même chemin.

 

Cécile lui montre le martinet qu’elle dissimulait derrière son dos, en fait claquer les lanières.

 

CÉCILE : PLUS VITE QUE ÇA ! ! !

 

Semblant pris d’une crise d’épilepsie, Georges se contorsionne, sautille, trémousse des hanches et de la croupe pour faire tomber sa culotte bleu marine et son caleçon sur ses chaussettes blanches.

 

Cécile se dirige vers lui sans se presser, à pas comptés, digne et imposante. Un jeu de spots fait étinceler le tablier noir qui renvoie mille feux comme un panneau de laque. Arrivée devant lui, elle le courbe sous son bras gauche, le cale solidement contre sa hanche et le fouette à tour de bras. La sono amplifie les bruits du châtiment. Des effets d’écho et de réverbération font que les claquements des lanières, les hurlements et les suppliques du puni tournent autour de la salle dans ce que l’on appelle du son surround.

 

Quand Cécile repose Georges sur ses pieds, il sanglote bruyamment, danse d’un pied sur l’autre en frottant furieusement son derrière gaufré de rayures pourpres.

 

CÉCILE (sévère)  – Maintenant tu vas me faire le plaisir de désamorcer IM-MÉ-DIA-TE-MENT ce grotesque feu d’artifice.

 

Georges sanglotant, toujours entravé par sa culotte et son caleçon baissés, ouvre le couvercle de la valise, débranche des fils, arrête le mécanisme d’horlogerie. Le TIC-TAC s’arrête.

 

HENRI (stupéfait)  – Ce n’était pas une bombe ?

 

CÉCILE (rire de dérision)  – Bien sûr que non !  Il faut des couilles pour être un terroriste. Il m’a déjà fait le coup deux fois. D’abord un feu de Bengale artisanal dans notre chambre, réglé pour partir au milieu de la nuit… Puis, une autre année, des pétards en série, des soleils, des fusées retombantes, des chandelles magiques qui ont bien failli mettre le feu à la maison… Après avoir été fouetté jusqu’au sang, il est resté enchaîné à la cave, dans le noir, au pain et à l’eau pendant cinq jours. La pyrotechnique c’est sa passion, son vice. Il passe des heures sur des sites Internet où l’on apprend comment fabriquer.

 

HENRI :  – Alors nous n’avons jamais été réellement en danger ?

 

CÉCILE :  – Jamais. Regarde-le… Rien qu’à voir une vraie bombe il tomberait dans les pommes, le petit chéri. Ai-je raison, Georges ?

 

GEORGES (tête basse, toujours déculotté, frottant encore ses fesses douloureuses)  – Oui, Maîtresse.

 

HENRI :  – Mais le revolver dont il nous menaçait ?

 

CÉCILE (à Georges)  – Dis-lui.

 

GEORGES :  – C’est de l’Airsoft… Une réplique qui tire des billes propulsées au CO2.

 

CÉCILE :  – Tu mériterais que j’en tire quelques unes dans ton trou de balle, de ces billes.

 

GEORGES :  – Oui, Maîtresse.

 

CÉCILE :  – Tu connais la deuxième partie du châtiment, n’est-ce pas ?

 

GEORGES :  – Oui, Maîtresse.

 

CÉCILE :  – C’est quoi ?

 

GEORGES (la voix saccadée, excité)  – Un lavement de deux litres à l’eau savonneuse… Puis faire honteusement et bruyamment ma dégoûtante vidange sur le pot, sous le regard sévère de ma dominatrice adorée.

 

HENRI :  – C’est bien gentil vos histoires de chiasse et de pot. Mais si on me détachait dans tout ça ?

 

Cécile dénoue les liens d’Henri qui se met péniblement debout et esquisse, lui aussi, quelques mouvements de gymnastique pour dégourdir ses membres.

 

CÉCILE (à Henri)  – Veux-tu assister au lavement que je vais administrer à ce chenapan ?

 

HENRI (haussant les épaules après un court silence)  – Non. Ce sont vos affaires à vous… Je n’ai pas à m’en mêler.

 

CÉCILE :  – Tu n’es pas d’accord ?

 

HENRI :  – Je ne suis ni pour ni contre. Tu me connais suffisamment pour savoir ce que je ferais si j’étais à la place de ton mari.

 

CÉCILE :  – Certes oui ! ! !

 

HENRI :  – Qui pleurerait à chaudes larmes en frottant son cul tout rouge ?

 

CÉCILE (très troublée, voix rauque)  – Moi…

 

HENRI :  – Où serais-tu fessée ?

 

CÉCILE (excitée)  – Dans ma cuisine… Troussée en tablier au milieu de mes casseroles.

 

HENRI :  – Approuves-tu cette méthode pour discipliner les femmes ?

 

CÉCILE :  – Oui et non.

 

HENRI :  – Explique-toi. Je suis sûr que ton avis sur cette question intéressera beaucoup ton mari.

 

Georges achève de se reculotter en examinant la valise dont le couvercle est resté ouvert. Intrigué par la phrase d’Henri, il le regarde.

 

CÉCILE :  – Non, dans le sens d’une tyrannie masculine réduisant la femme en esclavage, comme cela a existé en Europe autrefois, comme cela existe encore dans certaines sociétés orientales ou africaines… C’est de la barbarie. La femme privée de tout droit humain ou civique. La femme considérée comme une bête de somme qu’on fait marcher à coups de trique.

 

HENRI (souriant d’un air malin)  – Voilà pour ton « NON ». Nous aimerions maintenant entendre ton « OUI ».

 

CÉCILE :  – Je suis censée être une dominatrice.

 

HENRI :  – Raison de plus…

 

CÉCILE :  – Le mouvement pendulaire.

 

HENRI :  – Je suis d’accord avec toi.

 

CÉCILE :  – Après quelques millénaires de patriarcat, le féminisme prend aujourd’hui sa revanche.

 

HENRI :  – Exact.

 

CÉCILE :  – Le balancier s’est emballé, il est parti plein pot dans la direction opposée. Les femmes veulent être des hommes. La féminité   je dis bien FÉMINITÉ   c'est-à-dire la sensibilité, la douceur, le charme, la séduction   décorer son intérieur, tenir sa maison propre et agréable à vivre, cuisiner de bons petits plats, se monter coquette et même aguicheuse   est tournée en dérision. Vieux jeu. Kitsch. Alors que physiologiquement, émotionnellement, affectivement, qu’elles le veuillent ou non elles sont bel et bien des femmes.

 

HENRI :  – Je suis tout à fait de ton avis.

 

CÉCILE :  – Toi non plus tu ne veux pas contraindre une femme à faire des choses qu’elle ne désire pas.

 

HENRI :  – Certes pas !  Dans une relation de domination/soumission, le consentement mutuel est une règle d’or que je n’ai jamais enfreinte. Tu le sais d’ailleurs.

 

CÉCILE :  – Oui.

 

HENRI :  – Tu sais aussi pourquoi certaines femmes aiment être fessées.

 

CÉCILE (sourire pervers)  – Parce qu’une bonne fessée, bien appliquée sur leur cul tout nu, par la main vigoureuse et vengeresse d’un homme autoritaire, leur rappelle leur condition de femme… Leur condition de femme dont, malgré les apparences, inconsciemment ou semi-consciemment, ELLES GARDENT LA NOSTALGIE AU PLUS PROFOND D’ELLES-MÊMES.

 

HENRI :  – La nostalgie du tablier.

 

CÉCILE :  – Exactement.

 

HENRI :  – Que devient ton mari dans tout ça ?

 

CÉCILE :  – C’est mon affaire.

 

HENRI :  – Et pas la mienne.

 

CÉCILE :  – Non.

 

HENRI :  – C’est pourquoi je vous laisse régler vos comptes à votre façon.

 

Il s’apprête à sortir quand Cécile s’approche de lui et le retient.

 

CÉCILE (à voix basse)  – Tu ne vas pas porter plainte ?

 

HENRI :  – Tu es bête…

 

CÉCILE :  – On ne sait jamais.

 

HENRI (haussant les épaules)  – Pas mon genre. (il sort, se retourne alors qu’il est déjà dehors) Jouissez bien tous les deux.

 

Cécile referme lentement la porte. Pas complètement : elle la laisse légèrement entrebâillée et, par l’étroite ouverture, elle regarde s’éloigner Henri.

 

On entend démarrer une auto dehors.

 

 

 

Le rideau tombe

 

 

 

L'ARTIFICIER

 

Acte III

 

 

Même décor.

 

Cécile est assise, jambes croisées, dans le fauteuil occupé précédemment par Georges dans le premier acte. Elle porte son grand tablier de pvc noir, tient le martinet dans sa main droite, en balance négligemment la chevelure de cuir. Un nécessaire à lavement « vintage »   broc émaillé ; tuyau de caoutchouc rouge ; canule en bakélite noire ; cuvette en tôle galvanisée ; grosse éponge naturelle ; serpillière ; serviette de toilette   est posé sur la table basse, à côté de la valise contenant le mécanisme d’horlogerie censé déclencher une bruyante autant que spectaculaire apothéose pyrotechnique : pétards ; fusées parachute ; fusées sifflantes ; fusées panache ; soleils ; feux de Bengale ; gerbes d’or ; chandelles magiques ; serpentins crépitants…

 

Georges se tient debout, côté jardin, non loin de la porte des W.C. Il comprime son ventre des deux mains, se tortille, grimace. Sa culotte courte de costume marin et son caleçon de percale blanche sont de nouveau tombés autour de ses chevilles. Seul un bout de sa chemise cache ses parties génitales.

 

GEORGES (larmoyant)  – Je… Hou-ou… Je ne tiens plus ! ! !

 

CÉCILE (consultant sa montre bracelet)  – Encore trente secondes.

 

Elle agite les lanières du martinet. Georges danse d’un pied sur l’autre en poussant des vagissements de bébé.

 

CÉCILE :  – Tu peux y aller.

 

Georges remonte vivement son caleçon et sa culotte à hauteur des genoux, juste suffisamment pour pouvoir marcher en crapaud. Il se précipite dans les W.C. dont, dans sa hâte, il laisse la porte ouverte. On entend le bruit de sa débâcle intestinale, amplifié par la sono.

 

CÉCILE :  – Encore une fois… Pousse ! !

 

Nouvelle vidange, moins longue que la précédente.

 

CÉCILE :  – Maintenant viens te faire torcher.

 

Georges sort des W.C., traverse le salon en tenant toujours sa culotte aux genoux. Il va se placer en position, à plat ventre sur le grand tablier imperméable et luisant de sa femme. Cécile pose son martinet, fait glisser la cuvette de façon à l’avoir à portée de main. Elle nettoie Georges à l’éponge mouillée, plusieurs fois de suite, lui écarte la raie pour laver le trou, lui lave l’intérieur des cuisses…

 

Ce toilettage terminé, elle laisse tomber l’éponge dans la cuvette, prend la serviette et le sèche, le frotte, l’étrille pendant qu’il se tortille sur le tablier, agité de soubresauts comiques.

 

Elle finit cette séance de torchage en lui appliquant une tape, pas très forte mais néanmoins sonore, sur chaque globe fessier. Elle le remet debout.

 

CÉCILE :  – Allez !… File te changer.

 

Georges remonte son caleçon et sa culotte, plus haut cette fois, les maintenant des deux mains au niveau de sa bite. Il grimpe vivement le raide escalier, côté cour, et disparaît à l’étage.

 

Restée seule, Cécile prend la serpillière, se met à genoux pour éponger le peu d’eau qui avait coulé sur le carrelage pendant l’humiliante toilette rectale de l’artificier amateur. Puis elle rassemble le broc, le tuyau avec sa canule, les cale dans sa main gauche, pose la serviette éponge et la serpillière sur son avant bras. De sa main droite elle prend la cuvette encore pleine d’eau souillée de particules brunâtres, de filaments marron, au milieu desquels flotte la grosse éponge beige, la maintient horizontale en la calant sur sa hanche. Elle traverse ainsi le salon, ouvre la porte de la cuisine en la poussant du pied et disparaît à son tour. Seul le martinet reste posé sur la table basse, à côté de la fameuse valise, désormais muette.

 

Cécile revient, débarrassée de son matériel. Elle a ôté son grand tablier de lavementeuse et se retrouve telle que nous l’avions vue au premier acte : en blouse démodée en cretonne à petites fleurs, un tablier à carreaux gris et jaunes noué par-dessus   un très ordinaire et classique tablier à bavette, ni court ni long, noué au creux des reins par un simple cordon, la jupe juste soulignée par un petit volant froncé. Un tablier comme on en trouvait autrefois des dizaines sur le catalogue des « Trois Suisses ».

 

Elle va ouvrir l’une des fenêtres, regarde un moment dehors, immobile, mains derrière le dos. On entend des chants d’oiseaux. Elle referme la fenêtre.

 

Elle va à la table basse, examine la valise dont le couvercle est resté ouvert. Elle secoue plusieurs fois sa tête latéralement de gauche à droite, de droite à gauche, en une mimique qui veut dire : « C’est pas vrai ! !… Il a vraiment le diable au corps, ce sale gosse. »

 

Elle prend le martinet, dirige son regard vers l’escalier qui conduit à l’étage. Elle fait siffler trois fois les lanières, de plus en plus fort.

 

CÉCILE (pensant tout haut)  – Au fond, c’est la meilleure solution…

 

Georges redescend. Il ne porte plus son costume marin de petit garçon. Il a remis le complet terne et un peu défraîchi d’employé de bureau qu’il portait au premier acte. Cécile s’approche de lui. Elle a toujours son martinet à la main, mais le laisse pendre au bout de ses doigts, inerte, plus du tout menaçant.

 

CÉCILE (souriante, aimable, presque enjoleuse)  – Mon chéri…

 

GEORGES :  – Oui ?

 

CÉCILE :  – C’est toi que j’aime, tu le sais bien.

 

GEORGES :  – Alors pourquoi Henri ?

 

CÉCILE (gênée)  – Parce que j’ai voulu faire une expérience… Ça m’a pris comme ça… Comment pourrais-je t’expliquer quand je ne me comprends pas moi-même.

 

GEORGES :  – Tu l’as rencontré sur Internet ?

 

CÉCILE :  – Oui (Elle désigne le fauteuil du manche de son martinet) Assied-toi. Veux-tu un whisky ?

 

GEORGES :  – Non, merci.

 

CÉCILE :  – Une bière ?

 

GEORGES :  – Non.

 

CÉCILE :  – Eh bien moi oui, après toutes ces émotions…

 

Elle va à un meuble bar, se verse une dose de Chivas dans un grand verre qu’elle lui montre.

 

CÉCILE :  – Pas de regret ? (Il fait « non » de ta tête sans répondre)  – Je vais me chercher des glaçons, je reviens.

 

Elle entre dans la cuisine. Pendant l’absence de sa femme, Georges va se poster devant la valise. Il ne touche à rien. Il se contente d’en observer le contenu d’un air sombre et songeur. Il en rabat le couvercle avant le retour de Cécile. Elle revient, son verre rempli de glaçons et d’eau gazeuse. Elle s’assied de biais sur l’un des accoudoirs du divan, non loin de lui.

 

CÉCILE (levant son verre)  – À nous deux (Il hausse les épaules, toujours aussi sinistre. Elle répète en accentuant)  – À NOUS DEUX, GEORGES.

 

GEORGES :  – Je voudrais bien.

 

CÉCILE :  – Tu m’aimes et je t’aime.

 

GEORGES :  – Admettons.

 

CÉCILE (le buste penché en avant, concentrée, persuasive)  – Alors efface l’ardoise… Je saurai te faire oublier ma faute.

 

GEORGES (rire amer)  – Oh ça je n’en doute pas ! ! !

 

CÉCILE :  – Regardons l’aspect positif de cette aventure : je me sens plus dominatrice que jamais.

 

GEORGES :  – Tu viens de m’en faire une démonstration particulièrement convaincante.

 

CÉCILE :  – Et j’ai envie de continuer dans ce sens. La soumission n’est pas mon truc. Je me sens profondément, foncièrement dominatrice.

 

GEORGES :  – Auquel cas je renouvelle ma question : qu’est-ce que tu es allée chercher auprès d’Henri ?

 

CÉCILE :  – Découvrir la face opposée de mon érotisme. Son contraire. Henri écrit des contes, des nouvelles   parfois des scénarii de films   sur un forum de fessées. Leur sujet est toujours une jolie vaniteuse, une pimbêche, une « petite peste » qui tombe amoureuse d’un mâle dominateur et se fait dresser au fouet, à la cravache, à la tawse écossaise et j’en passe… Alors qu’elle était frigide auparavant, ce régime de discipline stricte et de châtiments corporels lui fait découvrir le plaisir sexuel. Henri écrit bien. Ses personnages ont une réelle densité psychologique. Les situations qu’il met en scènes sont bien observées et réalistes. J’ai été intéressée, je ne m’en cache pas.

 

GEORGES :  – Tu lui as écrit ?

 

CÉCILE :  – Nous avons échangé une correspondance.

 

GEORGES :  – Et bien entendu il t’a proposé un rendez-vous…

 

CÉCILE :  – Je m’étais toujours demandée ce que pouvait ressentir une soumise. J’ai voulu en faire l’expérience.

 

GEORGES :  – A-t-elle été concluante ?

 

Cécile ne répond pas tout de suite. Elle change de position sur l’accoudoir du divan. Elle reste un moment à contempler le verre qu’elle fait tourner dans sa main, comme fascinée par la danse miroitante des glaçons dans le liquide ambré. Enfin elle lève la tête et fixe son mari.

 

CÉCILE :  – Oui. Dans le sens qu’elle n’a fait que renforcer ma vraie nature. J’avais déjà de fortes tendances à la domination à 15 ans, en pension… J’ai souvent fessé ma meilleure camarade, d’abord par jeu puis plus sérieusement… Ce goût n’a fait que se renforcer en grandissant. Quand je t’ai connu, c’est ce côté-là qui m’a plu chez toi. J’éprouve d’intenses jouissances en te dominant. Je te le jure.

 

GEORGES :  – Je te crois. Ou plus exactement je te crois à moitié.

 

CÉCILE (haussant les sourcils, intriguée)  – Pourquoi à moitié ?

 

GEORGES :  – Parce que, si tu me disais toute la vérité, tu n’aurais pas recommencé. Une seule expérience t’aurait suffi. Or tu as rencontré Henri dix-huit fois. Neuf fois dans un charmant petit hôtel discret dans la vieille ville, derrière les thermes romains… L’Hôtel des Cigognes, 53 rue Saint-Jean-Baptiste… Puis tu l’as reçu ici, dans notre maison de campagne. Les quatre dernières fois pour un week-end complet, alors que tu me faisais croire que tu étais à un séminaire de cuisine à Paris, à l’école des « Goûts Doux ». Le détective que j’ai embauché m’a donné un rapport détaillé sur tes activités extra-conjugales.

 

CÉCILE :  – Bravo.

 

GEORGES :  – Tu es ma dominatrice, soit. Mais tu es AUSSI MA FEMME. Permets-moi de te le rappeler.

 

CÉCILE :  – Si tu étais un dominateur comme Henri, tu punirais sévèrement ma mauvaise conduite.

 

GEORGES :  – Il t’a fessée ?

 

CÉCILE :  – À chacune de nos rencontres.

 

GEORGES :  – Fouettée ?

 

CÉCILE :  – Bien sûr.

 

GEORGES :  – Lavementée ?

 

CÉCILE :  – Non , il n’est pas là dedans.

 

GEORGES :  – Mise au coin cul nu, le nez au mur, exhibant tes fesses zébrées par le martinet ?

 

CÉCILE :  – Oui.

 

GEORGES :  – Il t’a enculée en tablier, pendant que tu épluchais les légumes pour le pot-au-feu ?

 

CÉCILE :  – Oui.

 

GEORGES :  – Il te demandait de porter des blouses et des tabliers quand vous vous rencontriez ?

 

CÉCILE :  – Il me disait à l’avance, au téléphone, quelle blouse et quel tablier je devais porter quand il arriverait. Si par défi j’en mettais d’autres, j’étais fessée pour ma désobéissance. Un jour je lui ai ouvert la porte dans mon tailleur de ville, sans blouse ni tablier. J’ai été fouettée toute nue sur ma table de cuisine, les chevilles et les poignets attachés aux quatre pieds de la table. Après la correction, il m’a frotté les bourrelets violets au gros sel.

 

GEORGES :  – Il a donc, lui aussi, ce goût érotique pour les blouses, les tabliers, les torchons… Enfin tout ce qui tourne autour de la cuisine, du ménage, de la propreté.

 

CÉCILE :  – C’est en partie ce qui m’a attirée vers lui. Dans ses récits, l’héroïne   une pimbêche vaniteuse et orgueilleuse, comme je te l’ai dit   est souvent fessée en blouse et tablier, soit pour avoir laissé brûler le rôti, soit pour n’avoir pas fait son ménage à fond… Ou pour avoir sa lessive en retard… Ou parce que les chemises de son mari mal repassées… L’éducation ménagère fait partie intégrante de son dressage. Une de ses nouvelles a pour titre Souvenirs d’un vieux tablier. Tout un programme ! !

 

GEORGES :  – C’est précisément le sujet sur lequel je me pose un certain nombre de questions. Toi aussi tu aimes porter des blouses et des tabliers.

 

CÉCILE :  – Oui. Mais mon fantasme est plus proche du tien que du sien.

 

GEORGES :  – C'est-à-dire ?

 

CÉCILE :  – Le fantasme d’Henri, c’est d’humilier, de réduire à l’impuissance une coquette, une séductrice… Dans plusieurs de ses récits il compare son héroïne aux portraits de Jean-Gabriel Domergue, ce peintre mondain du « Tout Paris » vers la fin des années ’40… Domergue a une facture inimitable, toutes ses femmes se ressemblent : des élégantes, des fofolles, des évaporées qui ne pensent qu’à épouser des hommes riches qui leur donneront le train de vie auquel elles croient avoir droit… Hôtel particulier donnant sur le bois de Boulogne ; chauffeur en uniforme ; domestiques en livrée ; robes de haute couture ; courses à Longchamp ; week-ends à Deauville ; Cadillac, Delage ou Facel-Véga… C’est ce type de bonne femme qu’Henri ne supporte pas. Allez hop ! ! … À la cuisine, la belle… En tablier jusqu’aux pieds, à larges bretelles croisées dans le dos… Et une fessée à lui peler la peau du cul si le repas n’est pas servi à l’heure.

 

GEORGES :  – C’est assez ce que tu penses, non ?

 

CÉCILE :  – Je ne le nie pas. C’est vrai que ce type de nanas me tape singulièrement sur les nerfs. Seulement, dans mon fantasme à moi, les blouses, tabliers, torchons, appareils ménagers… toute cette panoplie de la maîtresse de maison… symbolisent, justement, le règne de la femme sur son foyer et sur les siens. Je n’ai pas besoin d’être dressée, puisque je le suis déjà. Je ne fais pas partie de cette classe de séductrices mondaines qu’on appelait autrefois des cocottes de luxe. Je n’aurai jamais de Mercedes de ma vie, et je m’en fous. Je ne veux pas de bonne, puisque de toutes façons je ferai le ménage mieux qu’elle. Les grands couturiers n’habillent plus des Françaises mais des femmes des Émirats. Les ravissantes putes de Jean-Gabriel Domergue pourrissent sous terre depuis plusieurs dizaines d’années. Mon fantasme, c’est la Mère de Famille en Tablier menant sa maisonnée tambour battant… Efficace ; courageuse ; dévouée à ceux qu’elle aime… Les bons petits plats mijotés ; le linge propre et repassé rangé avec des sachets de lavande dans de grandes armoires en chêne ciré… Le « jour de lessive »   en général un mardi ou un mercredi   où toutes les femmes, mères, sœurs, belles-sœurs, tantes, cousines, emplissent la buanderie et papotent, cancanent, médisent dans une vapeur de hammam en savonnant le linge, le tapant au battoir, le rinçant à grande eau… La « Ménagère Modèle »… La « Fée du Logis »… Et une nécessaire et salutaire fouettée au martinet quand son petit monde ne lui obéit pas au doigt et à l’œil.

 

GEORGES :  – Accepterais-tu de me prouver ce que tu viens de dire ?

 

CÉCILE :  – Quand tu voudras.

 

Georges se lève, va à une commode faussement « normande » dont il ouvre le tiroir du bas. Il en sort une paire de menottes qu’il laisse pendre au bout de son index.

 

CÉCILE (souriante et mutine)  – Tu as envie que je t’enchaîne ?

 

GEORGES :  – Je veux t’enchaîner toi.

 

Cécile se redresse, interloquée. Elle vide son verre, regarde les glaçons au fond, se lève pour le poser sur la table basse. Elle retourne s’asseoir, mais cette fois sur le divan.

 

CÉCILE :  – M’enchaîner ?

 

GEORGES :  – Oui.

 

CÉCILE :  – Moi ?

 

GEORGES :  – Toi.

 

CÉCILE :  – Mais pourquoi ?

 

GEORGES :  – Pour me prouver ta sincérité. Tu m’as trompé. Tu as honteusement joui avec un autre homme. Je veux t’empêcher de recommencer. Jamais. Je veux t’enchaîner à ta maison, à ton foyer… Symboliquement.

 

CÉCILE (intéressée et sérieuse)  – Je vois. Te prouver que je suis profondément attachée à ma maison… Attachée à tout ce que mon foyer représente… Attachée à notre amour (sur un ton lourd de sous-entendus)  – Attachée à notre passion commune.

 

GEORGES :  – C’est très exactement cela.

 

CÉCILE :  – M’enchaîner pour que mon vice ne me fasse plus fauter… Pour que je n’ai plus de rapports avec d’autres hommes…Pour que je ne te sois plus jamais infidèle.

 

GEORGES :  – Tu as tout compris.

 

CÉCILE :  – J’aime ta proposition. Je la trouve très érotique.

 

GEORGES :  – Donne-moi ton poignet.

 

Elle obéit. Il lui passe un bracelet des menottes.

 

CÉCILE :  – Où veux-tu m’attacher ?

 

GEORGES :  – Dans ta cuisine. (il hoche gravement la tête)  – Le royaume d’une femme.

 

CÉCILE :  – C’est en effet très symbolique. (mutine)  – Enchaînée au robinet de mon évier ?  Au tuyau d’eau chaude ?  À la rampe de cuivre de mon fourneau ?

 

GEORGES :  – Viens.

 

Il la conduit à la cuisine en la tirant par les menottes. Par la porte restée ouverte, nous les entendons se déplacer, se parler, sans comprendre leurs paroles.

 

Tout à coup une exclamation de la femme :

 

CÉCILE :  – Oh ! !  Je te tire mon chapeau, mon chéri. Je ne savais pas que tu avais autant d’imagination.

 

Georges sort de la cuisine. Il va regarder par la fenêtre, à travers les vitres. Il prend le martinet sur la table basse, le serre contre sa poitrine, sur son cœur, amoureusement… Puis, comme désabusé, il le lance sur le divan et retourne vers la cuisine où il n’entre pas complètement, restant sur le seuil où nous le voyons de dos.

 

GEORGES :  – Dominatrice ! !

 

CÉCILE (voix off)  – Absolument. Dominatrice attachée dans ma cuisine. À ma place de femme au foyer d’où je ne tenterai plus jamais de m’évader.

 

GEORGES :  – Je voudrais te croire.

 

CÉCILE (off)  – TU PEUX ME FAIRE CONFIANCE, GEORGES.

 

GEORGES :  – Hélas non.

 

CÉCILE (off)  – Comment non ?

 

GEORGES :  – Je ne suis pas sourd.

 

CÉCILE (off)  – Où est le rapport ?

 

GEORGES :  – Tu crois que je ne vous ai pas entendus quand Henri a évoqué les punitions qu’il t’infligeait quand tu n’étais pas assez soumise à son goût ? Tu crois que je t’ai pas vue mouiller dans ta culotte ?

 

CÉCILE (off)  – J’ai eu un moment de folie. J’ai été momentanément subjuguée par la fantastique autorité qui émane d’Henri, je l’avoue.

 

GEORGES :  – Tu crois que je n’ai pas vu ta tête quand tu lui as répondu d’une voix que l’émotion faisait trembler : « Oui, la fessée dans ma cuisine, troussée en tablier au milieu de mes casseroles. » Tes yeux brillaient. Tes seins étaient durs comme deux melons sous la bavette de ton tablier. Tu remuais du cul sous ta blouse pour arriver plus vite à l’orgasme.

 

CÉCILE (off)  – J’étais folle…

 

GEORGES :  – Sans doute. Aussi folle de soumission avec lui que tu l’es en ce moment de domination avec moi. La Discipline Domestique a deux faces, Cécile. Et ton ambivalence fait que tu oscilles continuellement d’une face à l’autre.

 

CÉCILE (off)  – Je serai toujours ta dominatrice adorée, mon chéri. Toujours. Je le jure sur la tête de ma mère.

 

GEORGES :  – J’entends bien. Je sais que tu es sincère en ce moment. Jusqu’à ce que le désir de soumission te démange à nouveau la moule. Tu enverras alors un p’tit courriel bien troussé à notre ami Henri… Et nous serons repartis pour un tour.

 

CÉCILE (off)  – Je te jure…

 

GEORGES : Matée par le fouet, de Johanna Lindsay.

 

Silence dans la cuisine.  Cécile ne souffle mot.

 

GEORGES (même pas sarcastique, plutôt triste et désenchanté)  – J’ai trouvé ce livre dans le troisième tiroir de ta commode, caché sous tes culottes. Juste à côté il y avait ton vibromasseur à piles.

 

CÉCILE :  – C’est Henri qui m’a donné ce bouquin .

 

GEORGES :  – Tu mens.

 

CÉCILE (off – voix furieuse)  – Comment oses-tu ! !

 

GEORGES :  – Je n’ose rien du tout. Je sais. Ma source d’informations m’a coûté assez cher. Tu as acheté ce roman le vendredi 19 septembre, entre 16 heures quinze et 16 heures trente, chez un bouquiniste du passage des Verrières… Au Temps Passé, c’est le nom de la boutique… Ce même jour, à la même heure, tu as aussi demandé à ce bouquiniste deux autres romans épuisés et difficiles à trouver dans les circuits d’occasion : Sévère Education, de René-Michel Désergy, dans la collection des « Orties Blanches » de l’éditeur parisien Jean Fort. Et Humiliations Désirées, de Gabriella Van Dykes, dans la collection « Rêves et Passions » chez Georges Ventillard.

 

CÉCILE (off – voix de plus en plus hystérique)   – Qu’est-ce que ça prouve ?

 

GEORGES :  – Prouve… rien. Disons seulement que, de déduction en déduction, on peut en tirer certaines présomptions.

 

CÉCILE (off)  – J’attends avec impatience vos « présomptions », mon cher docteur Watson.

 

GEORGES :  – J’ai lu Matée par le fouet. J’ai trouvé des renseignements sur Internet concernant les deux autres livres. Aucun ne traite de la domination féminine. En fait c’est l’opposé. Ces trois auteurs   Johanna Lindsay ; René-Michel Désergy ; Gabriella Van Dykes   sont axés sur la domination masculine. Il s’agit toujours de femmes amoureuses d’hommes très autoritaires et « macho », qui jouissent et trouvent leur bonheur en se faisant dominer, fesser, fouetter, humilier chaque fois qu’elles manifestent ne serait-ce qu’une velléité de se rebeller contre le joug masculin. Si Henri t’avait donné ces bouquins pour t’influencer, je comprendrais. Mais ce n’est pas lui. C’est toi, de ton propre chef, qui a voulu te procurer ces livres   des récits qui, en principe, ne devraient guère intéresser une dominatrice.

 

Silence dans la cuisine.

 

Georges quitte l’embrasure de la porte. Nous le voyons désormais de face. Il traverse le salon. Il ouvre le couvercle de la valise, remet en marche le mécanisme d’horlogerie :

 

 

 

TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––

 

 

 

CÉCILE (off – voix alarmée)  – Qu’est-ce que tu fais ?

 

GEORGES :  – Je sais que tu me tromperas à nouveau dès que l’occasion se représentera. Je refuse de prendre ce risque.

 

CÉCILE (off)  – C’est quoi ce bruit que j’entends ?  Tu as remis ta saloperie de machine en route ?

 

GEORGES :  – Oui.

 

CÉCILE (off - criant)  – Tu es fou ! !… Tu vas mettre le feu à la maison.

 

Georges s’assied dans le fauteuil, la valise ouverte devant lui.

 

 

 

 

TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––

 

 

 

 

GEORGES :   Ça flambera probablement. Mais nous ne serons plus là pour le voir.

 

CÉCILE (off)  – GEORGES ! ! !

 

GEORGES :   J’ai trop souffert de ton ambivalence. Je ne prends plus le risque de te perdre. Nous partirons ensemble.

 

CÉCILE (off)  – Comment ensemble ?

 

GEORGES :  – Comme Tristan et Iseult.

 

 

 

 

TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  ––

 

 

 

 

CÉCILE (off)  – Qu’est-ce que tu fais, Georges?

 

GEORGES :  – Il nous reste exactement quatre minutes et vingt-et-une secondes à vivre ?

 

CÉCILE (off)  – Ah non hein ! !… Tu ne vas pas nous la rejouer avec ta bombe de merde. Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures.

 

GEORGES :  – Il n’y a pas que des rencontres de cul sur Internet. Les révolutionnaires ont leurs sites. Et les islamistes. Et Al-Quaida. En cherchant un peu, on trouve des instructions, très précises et détaillées, pour fabriquer une bombe artisanale. Ça a été d’autant plus facile pour moi que j’étais déjà un peu du métier.

 

 

 

Le rideau tombe lentement pendant que continue :

 

 

 

 

TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––  TIC-TAC  –––

 

 

 

 

Une fois le rideau baissé, une minute s’écoule pendant que l’on entend encore et toujours le TIC-TAC de la valise de Georges.

 

 

Une forte explosion retentit. Des volutes d’épaisse fumée noire, illuminées par endroits de flammèches incandescentes, de lueurs rouges d’incendie, sortent des côtés et de dessous le rideau. 

 


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